Grenoble : solidarité avec les Rroms face à l'Etat-chasseur, témoignage

Publié le par dan29000

camp_rom_saint_martin_0.jpgAu camp Saint-Martin de Grenoble, les soutiens aux Roms s'organisent
Par caro | délinquante avérée




(De Grenoble) Dimanche, 9 heures du matin, appel téléphonique : « Est-ce que tu peux venir à midi ? On se réunit au camp de Roms de Saint-Martin. » Fini ma grasse mat » ! Jusqu'à maintenant, je ne m'occupe pas des Roms, mais beaucoup de personnes sont encore en vacances et je n'habite pas bien loin du camp…

J'arrive avec une habituée, j'y trouve des connaissances, des « à connaître » et une quarantaine de Roms dont une quinzaine d'enfants. Ils se sont installés sur un petit terrain privé, invisible de la route derrière une haie, après avoir été violemment chassés, au mois de juin, d'un squat dans une ville voisine.

Ils ont construit des cabanes sur deux rangs, avec tout ce qu'ils ont pu récupérer. Une par famille, comprenant une « pièce » commune avec cuisine et une ou deux « chambres ».

Respectons d'abord les règles de l'hospitalité : les femmes apportent les tasses de café, les hommes installent tables et chaises. Je reconnais plusieurs adultes que j'ai vu faire la manche dans le centre-ville, ils me reconnaissent aussi : plusieurs fois nous avions échangé des sourires, il m'était arrivé de leur donner une pièce quand j'avais de la monnaie sur moi.
« Nous interdisons à nos enfants de faire la manche »

Comme je suis LA nouvelle, celui qui parait être le « modérateur » (ce n'est pas un « chef ») du groupe me dit tout de suite :

« Madame, nous voulons rester en France. En Roumanie, nous n'avons rien, pas de maison, pas de travail, pas d'école pour les enfants. Ici, nous voulons que les enfants aillent à l'école, ils ne font pas la manche, nous l'interdisons. »


Un jeune de 13 ans traduit et confirme les dires de son père. Plusieurs fois au cours de la journée le père répètera que les enfants sont ici pour aller à l'école.

Une famille veut repartir en Roumanie. Elle sait qu'une somme de 300 euros (plus 100 euros par enfant) est donnée à ceux qui choisissent de rentrer, mais ne sait pas quand exactement.
Des policiers sont passés et ont copié les cartes d'identité

Pourquoi cette réunion en urgence ? Des policiers en civil sont passés (ils ont montré leurs cartes), ils ont pris toutes les cartes d'identité et les ont rapportées après les avoir photocopiées. Ils ont dit qu'ils repasseraient lundi pour expulser les occupants.

J'apprends que des négociations sont en cours depuis deux mois avec la « Métro » [la communauté d'agglomération Grenoble Alpes-Métropole, ndlr] pour l'occupation d'une maison vide. Chaque semaine, une décision doit être prise, et puis elle est reportée à la semaine suivante… :

« Nous aimerions pourvoir habiter dans une maison avant la rentrée des classes. Les enfants sont réinscrits dans les mêmes écoles que l'an dernier. Il faut qu'ils aient une situation stable pour bien étudier. »


Oui, mais voilà, il n'y a toujours pas de maison et la police menace le camp. Discussion avec les occupants, car c'est à eux à décider : squatter une maison vide ? Chercher un autre terrain ? Aller voir s'il y a de la place sur l'aire des gens du voyage de la Métro ?

Deux groupes de recherche partent en chasse d'un lieu où s'installer… Deux heures plus tard, ils rentrent après avoir repéré des squats possibles.
Ils décident de rester, et d'alerter les soutiens si la police arrive

Sur l'aire des gens du voyage campe déjà une centaine de Roms, ils ont tous reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF), et personne ne leur a dit qu'ils pouvaient faire appel s'ils ne voulaient pas partir…

La très grande majorité n'est pas délinquante, elle est inconnue des services de police. Bon, il faudra que nous nous en occupions.

Décision prise par les occupants du terrain : rester au camp, si la police vient, téléphoner à une personne qui avertira les autres. Décision des soutiens : prévoir d'être là à 6 heures du matin et réunion à 12h30.

Lundi matin : je m'étais fait portée pâle pour 6 heures, j'arrive à 9 heures. La police n'est pas venue. Le représentant de la Métro vient de partir, il ne peut toujours rien proposer. Du monde s'est mobilisé, au moins une vingtaine de personnes, beaucoup de jeunes solidaires des Roms. Une voisine est venue dire que le camp ne gênait pas.

J'appelle un avocat spécialisé. Il me confirme ce que j'avais lu dans un jugement du tribunal de Lille : pour expulser les occupants d'un terrain, il faut :
un constat d'huissier
une plainte du propriétaire
un jugement du tribunal
généralement, un délai de deux mois avant de faire évacuer les lieux
Le propriétaire du terrain ne veut apparemment pas porter plainte

Si ce processus n'est pas respecté, la police et les autorités sont dans l'illégalité. C'est très long, ça prend plusieurs mois. Si la police est envoyée dans les camps avant, c'est pour faire pression, faire peur aux habitants pour qu'ils dégagent d'eux-mêmes, et parfois elle se met dans l'illégalité en expulsant sans respecter les règles.

Le propriétaire du terrain n'a pas appelé d'huissier et ne veut apparemment pas porter plainte.

Ceux qui étaient venus pour un éventuel débarquement de la police repartent… A 12h30 une dizaine de personnes arrive en plus, dont des membres d'une association spécialisée dans le soutien aux Roms. Ils connaissent bien les habitants de ce camp, une jeune femme rentre de Roumanie et confirme que ces occupants n'ont strictement rien dans le village dont ils sont originaires et qu'ils y sont considérés comme des parias.

Elle va se mettre en rapport avec l'avocat qui a accepté de s'occuper des appels des OQTF.

Théoriquement on dispose d'un peu de temps. La décision est prise d'essayer d'accélérer les négociations. La Métro, le conseil général de l'Isère (qui dispose aussi de maisons murées) sont de gauche ? Il va falloir qu'ils le montrent, en permettant à ces familles roms d'envoyer dignement leurs enfants à l'école, pour permettre aux parents de vivre et travailler ici.

Car faire la manche n'est pas leur objectif : les hommes sont menuisiers, agriculteurs… tandis que les femmes sont prêtes à faire des ménages ou toute autre tâche que l'on pourrait leur confier.

Ils espèrent encore en la France. Seront-ils déçus ?

Photo : le camp de Roms de Saint-Martin, près de Grenoble (Caro)

Source : RUE 89

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