Grenoble, vidéoflicage et comité "d'éthique"

Publié le par dan29000

Vidéoflicage à Grenoble : une dissection du comité "d’éthique"



De source officieuse, Michel Destot participera jeudi 22 juillet 2010, à 19h20, à l’émission "Le téléphone sonne" de France Inter, sur le thème "La France en 2020". Vous connaissez le principe, dès 17h vous appelez le 01 45 24 7000 et vous confiez tout le bien que vous pensez du "laboratoire grenoblois" promu sempiternel modèle de la France à venir. [1]


Ces temps-ci, le syndic du techno-gratin bouillonne d’initiatives d’auto-valorisation - voir par exemple les "Etats généraux du Renouveau" en co-production avec Libération et le Nouvel Observateur [2]. Le fond de la pensée Destot n’est pas sorcier à saisir : beaucoup d’innovation technologique, un peu de développement durable, et une pointe de démocratie participative. Touillez, et consommez. C’est de la soupe ? Oui, c’est de la soupe. Mais quelle importance. Il s’agit juste d’un discours pour habiller la tyrannie technologique et la course à la croissance (pour parler du "fond") ; et pour étoffer le programme électoral du PS, de préférence Strauss-Kahn, en vue de la présidentielle de 2012.


Le "modèle grenoblois", en fait, c’est Singapour, que Destot déclare observer de près pour l’imiter. Singapour, vous savez ? Cette cité-Etat machine, sous dictature électronique, dont Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley constitue le plagiat par anticipation.


De l’observation à la pratique, Michel Destot implante à Grenoble ces jours-ci des caméras de vidéosurveillance par dizaines, évidemment sans la connaissance ni la permission des Grenoblois. Pièces et Main d’œuvre a révélé le plan détaillé et secret de ce système d’espionnage. C’était la moindre des choses.


Pour parer à ces révélations et à la campagne menée depuis des mois par le collectif Stop Caméras 38, Michel Destot a recours au vieux truc du comité d’éthique – dont on sait que plus on en parle, moins il y en a. Le comité grenoblois désigné juste avant les vacances est censé veiller à l’usage réglementaire du vidéoflicage en toute "indépendance". Bien entendu le vidéoflicage n’empêchera pas les meurtres et les braquages de casinos, mais il nous vaudra peut-être d’excellents documents pour le journal télévisé de 20 heures. Et hop, revoilà le ministre Hortefeux qui débarque en hélicoptère.


Ce préambule pour introduire l’article de Pierrette Rigoux - publié sur Indymédia Grenoble - parfaitement éclairant quant à la composition du fameux comité d’éthique et à son indépendance hélas sinistrée. De quoi décider la Ligue des Droits de l’Homme à rayer enfin Michel Destot de la liste de ses adhérents.


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Composition du comité "d’éthique" de la vidéosurveillance

Au conseil municipal du 17 mai 2010, la mairie de Grenoble a institué le comité dit « d’éthique », destiné à légitimer l’installation de caméras de surveillance dans nos rues, et à faire accepter plus largement toute sa politique sécuritaire. Quelques jours auparavant, les machines en question avait déjà commencé d’être démontées. Vu son rôle de faire-valoir, il serait inutile que je m’étende longuement sur sa légitimité politique ou éthique : il n’en a aucune. Je me borne ici à montrer grossièrement, et d’après les éléments connus, le degré de dépendance des personnes qui y siègeront.


1. Collège d’élus : un représentant par intergroupe politique siégeant au conseil :


PS, MDC, PRG, société civile : Jean-Michel DETROYAT.
Opposition de droite : Pascal MODELSKI.
Grenoble Démocrates : Camille PLET.
Go Citoyenneté : Paul BRON.
Modem : Stéphane GEMMANI.
PC : Patrice VOIR. Notons que le Parti Communiste, qui diffusait un tract contre la vidéosurveillance le jour même, s’est abstenu lors du vote du comité d’éthique, tout en y prenant un siège. Et qu’il installe des caméras à Échirolles. Allez comprendre.


Les écolos eux, contrairement à Lyon, ont choisi in extremis de ne pas faire partie du comité. Attendent-ils la création d’un hypothétique comité d’éthique de la police municipale, eux qui demandent plus de flics ? Allez savoir.


2. Collège de personnalités « qualifiées » :


Michel DESTOT est bien le président du comité, et délègue son pouvoir à Charles CATTEAUX, premier président honoraire de la cour d’appel de Grenoble.
Michèle JOLY, ex-présidente du tribunal administratif. Dans le sérail, on la dit très proche de Destot.
Denis DREYFUS, ex-bâtonnier : c’est une tradition chez les ex-bâtonniers que d’être liés au pouvoir politique. Detroyat (élu), Modelski (élue), et Benichou (avocat de la ville) étaient également bâtonniers.
Luc GWIAZDZINSKI, chercheur à l’UJF, serait un proche du Directeur Général des Services de la ville, Gilles Du Chaffaut (également ancien DGS au Conseil Général).
Sebastian ROCHE, chercheur à l’UPMF appartenant au labo de l’IEP qui a mené une enquête commandée par la ville, sur le sentiment d’insécurité à Grenoble. Le labo a donc été financé par la mairie de Grenoble depuis 2004.
Pierre GERMAIN BONNE, du syndicat CGT des territoriaux d’Échirolles, et secrétaire général de l’Union Locale Grenoble. On ne doute pas une seconde que lorsque ce monsieur apprendra que les deux premières victimes de ces caméras ont été deux syndicalistes, l’une arrêtée et l’autre assommé le 1er mai, il démissionnera immédiatement.


3. Collège associations :


SOS Racisme : association créée par le Parti Socialiste, et subventionnée par la mairie de Grenoble à hauteur de 9000 € en 2008. Son ancienne présidente est Linda El Haddad, actuellement Conseillère Municipale Déléguée à la lutte contre les discriminations. Son actuel président est Jacque Savine, ancien adjoint PS et président de l’union des habitants des Eaux-Claires.
AIV : association d’aide aux victimes. Luc Barret, le président de l’AIV et le maire se croisent au conseil d’administration du CHU (dont Destot est Président), et l’association est subventionnée par la mairie à hauteur de 16 200 € en 2008
ADATE : association subventionnée par la mairie de Grenoble à hauteur de 52 122 € en 2008. La présidente, Gisèle Perez, est ancienne élue municipale PS, actuellement conseillère générale PS. Une autre Conseillère Municipale Déléguée PS (à l’aide aux victimes), Bity Dieng, est aussi salariée de l’ADATE. (NDR : A noter : l’ADATE a auparavant été dirigée par Paul Bron, actuel adjoint au maire de Grenoble, en charge de l’éducation. Lequel, plutôt réservé à l’égard des caméras de vidéosurveillance sans toutefois s’y opposer formellement, retrouvera ses anciens collègues au sein du comité "d’éthique".)


Il est bon de rappeler que la LDH manque à l’appel : le responsable national des questions de libertés à la Ligue des Droits de l’Homme, Jean-Claude Vitran, contacté par téléphone, a confirmé la position officielle de la LDH vis-à-vis de la vidéosurveillance : refus systématique de siéger dans les comités d’éthique. L’association EVE (pour « espace vie étudiante », sur le campus) a également refusé le siège qui lui était proposé


Pierrette Rigaux, Présidente de rien du tout.


Grenoble, le 15 juillet 2010

[1] voir "Le laboratoire grenoblois", sur http://www.piecesetmaindoeuvre.com/...

[2] cf "Ce week-end à la foire participative de Grenoble" sur http://www.piecesetmaindoeuvre.com/...

 

 

Source : PMO / Pièces et main d'oeuvre 

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