Groupe La Poste : comment la Poste va brader le courrier

Publié le par dan29000

Dans l’indifférence générale et par décision n° 2012-0951 en date du 24 juillet 2012, rendue par l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), la société Mediapost est autorisée à offrir sur une durée de quinze ans renouvelable, des prestations de services postaux relatives aux envois de correspondances incluant la distribution. 

Cette autorisation parue au journal officiel du 26 septembre 2012 faite suite à celle déjà attribuée à Neopress il y a quelques semaines.

 


 

Ainsi donc, la Poste a fait la demande auprès de L’ARCEP de permettre à ses deux filiales que sont Neopress et Mediapost d’exercer des services postaux relatifs aux envois et à la distribution de correspondances adressées.

 

Comme le disait il y a quelques semaines à peine le Ministre du Redressement productif, «l’ARCEP continue donc à faire des choix politiques en lieu et place du politique et s’intéresse exclusivement à la concurrence sans limite».  

 

Cette décision est lourde de conséquences car elle donne la possibilité juridique au Groupe La Poste de transférer le volume du courrier adressé hors de la maison mère vers ses filiales avec toutes les incertitudes sur la pérennité des filiales au sein du groupe et sur les garanties sociales du personnel.

 

Par cette décision, les dirigeants de La Poste se donnent donc les mains libres pour un éventuel mouvement stratégique de la distribution du courrier vers ses filiales, ce qui viderait la sacoche des facteurs.

 

Depuis la libéralisation totale du marché du courrier et en particulier, celui des lettres de moins de 50g, La Poste reste en France l'opérateur très largement majoritaire dans ce secteur, mais 29 entreprises qui exercent essentiellement sur des marchés locaux ont déjà reçu une autorisation pour la distribution de correspondances.

 

Désormais, on peut donc rajouter 2 filiales de La Poste : NEOPRESS et MEDIAPOST.

 

DANS LE DROIT FIL DE LA LIBERALISATION

 

Cette situation lourde de sens est la suite logique de la politique de libéralisation du courrier, qui permet de transférer le volume du courrier des opérateurs historiques vers des entreprises privées ou des filiales dans le seul but de rechercher des gains de productivité sur la masse salariale et les conditions de travail.

 

Dumping salarial :

 

Dans le secteur postal en général, le processus de libéralisation a non seulement conduit à la détérioration des conditions de travail mais aussi à la dégradation des niveaux de salaires et dans certains cas, au dumping salarial.

 

Le secteur postal est un secteur dans lequel les coûts salariaux représentent une part importante des coûts totaux, ce qui fait de lui une activité à forte intensité de main-d’œuvre.

 

Les nouveaux concurrents peuvent recourir au dumping salarial pour gagner des parts de marché mais au prix de la souffrance des salariés et de la qualité du service, laquelle a des répercussions sur les usagers et en retour, sur l'entreprise elle même.

 

Ce qui est grave également, c'est que ces bas salaires et ces médiocres conditions de travail créent une spirale à la baisse pour l'ensemble du secteur postal et plongent les travailleurs postaux dans la catégorie des travailleurs à bas salaires.

 

En Europe :

 

En Europe, non seulement les conditions d'emploi offertes par les entreprises postales concurrentes et parfois même par l'opérateur historique au travers de filiales, sont inférieures mais on constate aussi une précarisation du travail.

 

On peut faire le constat d’une évolution générale vers le travail à temps partiel, l'augmentation des formes de travail atypiques ainsi qu'une tendance à l'externalisation de certaines tâches et fonctions.

 

C’est un modèle général d'abandon du travail à plein temps en faveur du travail à temps partiel, plus flexible qui s’installe progressivement.

 

De plus, la palette des formes de travail atypique s'est également élargie.

 

Elle inclut désormais les travailleurs sous contrat, les travailleurs payés à l'heure, les travailleurs payés à la pièce, les travailleurs temporaires, les travailleurs en contrat de durée déterminée, le réemploi de travailleurs retraités, les travailleurs exerçant des “mini-jobs” etc.

 

C’est le cas des Pays-Bas, où l'opérateur TNT a créé une entreprise indépendante, VSP, qui pratique des conditions de travail inférieures à celle de la société-mère.

 

Les différences de conditions de travail entre les nouveaux concurrents et l'opérateur historique ainsi qu'au sein même de ce dernier, sont par exemple illustrées dans ce pays, par le fait que Sandd et Selekt Mail sont en concurrence avec TNT.

 

Sandd et Selekt Mail (qui fait partie de Deutsche Post) et VSP (qui fait partie de TNT) emploient près de 27.000 facteurs et factrices sur la base d'un contrat de services professionnels.

 

Ils n'ont aucune protection de l'emploi, ne sont pas payés lorsqu'ils sont malades ou prennent des vacances, n'ont pas droit aux indemnités de chômage et n'ont aucune assurance invalidité.

 

Les emplois à plein temps sont massivement convertis en "emplois d'appoint".

 

C'est également le cas en Allemagne où entreprises privées et filiales emploient près de 30 000 personnes dans des emplois dits marginaux (ou emplois d'appoint qui ne sont pas assujettis à des cotisations de sécurité sociale).

 

Ainsi, les salariés qui travaillent pour les nouveaux opérateurs postaux gagnent en moyenne 40% de moins que leurs collègues employés à la Deutsche Post dans l'Ouest de l'Allemagne et 50% de moins à l'Est.”

 

Ils utilisent régulièrement le dumping salarial comme stratégie pour accroître leur compétitivité face à la Deutsche Post.

 

Autrement dit, plus de 24% de ces salariés en Allemagne ont des contrats à temps partiel et 58% exercent des "mini emplois" précaires (la rémunération de ces mini emplois est inférieure à la moyenne de 400 € par mois).

 

Ainsi, 80% des emplois créés hors opérateur historique ne procurent pas un salaire suffisant pour vivre.

 

Lors du dernier Conseil d’Administration, les administrateurs CGT ont demandé que les demandes de licences faites par La Poste et acceptées par l’Arcep pour la distribution du courrier par les filiales du Groupe soient mises à l’ordre du jour avec vote.

 

Le Directeur du Courrier chargé par le PDG d’apporter une réponse à cette demande « enrichissait » la qualité du dialogue social en expliquant : « qu’il faudrait être masochiste ou faire preuve de débilité insensé pour ne pas accepter ces licences. Oui, je l’ai décidé tout seul et j’ai bien fait ! ».


 

Parallèlement à sa logorrhée verbale sur le dialogue social, les dirigeants de La Poste continuent donc leur marche en avant vers toujours plus de libéralisation.


 

Plus que jamais, l’intervention des postiers, des usagers et des élus est nécessaire pour que ça change rapidement et durablement à la Poste.


SOURCE / LE BLOG DE BERNARD DUPIN, administrateur CGT GROUPE LA POSTE

Publié dans actualités

Commenter cet article