Guantanamo : dix ans après, toujours là, avec 171 détenus illégaux

Publié le par dan29000

Guantanamo a 10 ans

Par René Backmann

 


Il y a dix ans exactement, le président américain George Bush ordonnait l'aménagement sur la base navale de Guantanamo d'un centre de détention de haute sécurité pour les suspects capturés dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme".

Pourquoi à Guantanamo ? Parce que les juristes qui conseillaient la Maison-Blanche estimaient que cette installation militaire, située dans l’enclave que conservent les États-Unis au sud-est de Cuba, permettrait à l'armée et à la CIA de soustraire les détenus à la justice fédérale et au droit international. Mission accomplie.

Encore 171 détenus

Le rapport que publie cette semaine Amnesty international confirme, témoignages à l'appui, ce que dénoncent inlassablement les organisations de défense des droits de l'homme : depuis dix ans, les administrations américaines successives ont transféré, détenu, soumis à des interrogatoires "renforcés" ou non près de 800 suspects dans le mépris absolu du droit fédéral et des règles humanitaires universelles.

Selon l'inventaire établi par le Groupe spécial d’enquête sur la situation des prisonniers mis en place en janvier 2009, après l'élection de Barack Obama, 779 terroristes présumés sont passés par le "Camp Delta" et ses annexes secrètes. Huit y sont morts. Six y ont été jugés par des tribunaux militaires. La majeure partie ont été transférés à l'étranger ou remis en liberté, faute de preuves. Et 171 sont encore détenus aujourd'hui.

Mépris cynique

En janvier 2009, deux jours après son entrée en fonction, Barack Obama s’était pourtant engagé à fermer le centre de détention avant un an. Trois ans plus tard, les transferts à Guantanamo ont cessé mais la fermeture n’est plus d'actualité. Confronté au refus du Congrès, le président américain a renoncé à tenir sa promesse.

Ce que souligne le rapport d'Amnesty, c'est q'’il ne suffira pas à l'administration américaine de fermer Guantanamo pour être quitte envers le droit et la morale. D'abord parce que la justice exige l'identification et le jugement des responsables des crimes commis à Camp Delta. Ensuite parce que Guantanamo – "expérience malencontreuse" selon Obama – est un simple rouage d’une stratégie de lutte contre le terrorisme au nom de laquelle tout est possible, même la torture.

Parce qu'ils sont la nation la plus puissante de la planète, parce qu'ils invoquent volontiers l'exemplarité de leur démocratie, les Etats-Unis, en méprisant aussi cyniquement les droits de l'homme et le droit international, ont gravement manqué à leurs devoirs au regard du monde.


(Cet article a été publié dans le "Nouvel Observateur" du 12 janvier 2012.)

Par René Backmann

Publié dans actualités

Commenter cet article