Guardian : loi sur la burqa en France ou le racisme à visage découvert

Publié le par dan29000

Le racisme à visage découvert

En adoptant la loi sur le voile intégral, l'Assemblée nationale a voulu "libérer" les femmes. Mais la libération ne se décrète pas et, surtout, l'Etat n'a pas à se mêler de ce que doivent porter les femmes.

19.07.2010 | Madeleine Bunting | The Guardian


“Les Catalans veulent que la burqa soit interdite, comme en France”, titre La Vanguardia le 19 juillet. Selon un sondage, 83 % des Catalans voudraient que le voile intégral soit interdit dans les bâtiments administratifs, et 64 % qu’il le soit dans la rue. Le voile intégral a déjà été proscrit dans plusieurs villes, mais début juillet le Parlement régional a refusé d’étendre l’interdiction à toute la Catalogne.


Cela fait froid dans le dos. Les députés français ont voté, le 13 juillet, une loi qui interdit le port du voile intégral dans l’espace public. Il faut espérer que ce texte extraordinaire [qui sera soumis au Sénat en septembre] finira par être censuré [par le Conseil constitutionnel ou la Cour européenne des droits de l’homme]. Après tout, même le Conseil d’Etat avait signalé en mai qu’une interdiction totale irait à l’encontre de la Constitution.

Le débat sur le voile permet en toute légitimité de mettre au pilori un tout petit nombre de femmes en raison de ce qu’elles portent. Des hommes politiques français ont décrit le voile intégral comme un “cercueil ambulant” ; des commentaires diffusés sur Internet décrivent des femmes “qui se cachent sous une couverture” et “sortent avec un sac sur la tête”. En France, le nombre de celles qui dissimulent leur visage sous une burqa ou un niqab est estimé [par le gouvernement] à 2 000, sur un total de 5 millions de musulmans. La réaction [des politiques] est donc totalement disproportionnée. Soyons clairs : le niqab et la burqa sont des interprétations extrêmes de la tenue modeste prescrite aux femmes par l’islam. Peu d’islamologues préconisent leur port et beaucoup le déconseillent. Le voile intégral est aussi étranger à nombre de cultures musulmanes qu’il l’est à l’Occident. Et même s’il existe des patriarcats où des femmes pourraient être encouragées, voire contraintes à le porter, ces cas ne doivent en aucun cas être généralisés.

Minijupe, sari, niqab ou burqa : même combat

Aujourd’hui, un nombre croissant de jeunes femmes choisissent de porter le voile intégral parce qu’elles y voient un moyen d’affirmer leur identité. En invoquant l’autorité de l’Etat pour réglementer les codes vestimentaires dans les lieux publics, on étend considérablement les pouvoirs de ce dernier sur un aspect du comportement des citoyens qui relève largement du privé. Du moment qu’on est habillé, l’espace public occidental est entièrement libre : c’est une évidence dans toutes les capitales européennes. Les femmes qui portent les minijupes les plus courtes s’assoient dans le bus à côté d’autres femmes habillées en sari, en tenue de ville ou en salwar kameez [tenue indienne composée d’un pantalon et d’une tunique]. Aucun des codes culturels exprimés par ces vêtements n’est considéré comme relevant de l’Etat. Et ils ne doivent pas l’être. En Occident, les lieux publics ont joué un rôle crucial dans l’apparition d’une culture de la tolérance ; c’est dans cet espace que des étrangers se côtoient même s’ils ne partagent parfois rien d’autre qu’un lieu géographique pendant un temps limité – cinq minutes de queue à un arrêt de bus, par exemple. Nous avons surmonté et toléré des différences de classe, de culture, de nationalité et de race dans nos rues et sur nos places.

Il n’est pas difficile de voir que le débat français est imprégné de racisme. Il s’agit d’affirmer son identité – sous prétexte de protéger son “mode de vie” – et, pour cela, on vous impose un choix : être pour ou contre. Signez ou dégagez. Mais il est bien connu que ce genre de choix est dangereux. Le député conservateur Philip Hollobone, qui a présenté une proposition de loi visant à interdire le voile au Royaume-Uni, a expliqué que le mode de vie des Britanniques consistait, entre autres choses, à “marcher dans la rue, sourire aux gens et leur dire bonjour”. Combien de rues britanniques ont-elles jamais présenté un tableau aussi idyllique ? On voit là l’absurdité des politiques qui cherchent à légiférer sur un passé idéalisé pour l’ériger en norme. Le paradoxe est que ces interdictions révèlent une obsession de l’identité et du visage à une époque où les gens passent plus de temps que jamais à dialoguer en ligne dans un anonymat total. De même, la plupart des gens qui évoluent dans l’espace public urbain évitent soigneusement de croiser le regard des autres. Pourtant, la plupart de ceux qui prônent l’interdiction du voile mettent l’accent sur l’importance de montrer son visage pour communiquer.

Une douteuse obsession du visage et de l’identité

Il n’est pas difficile de comprendre que certaines femmes – une petite minorité – peuvent être choquées par la sexualisation généralisée de la culture occidentale et cherchent à s’en distancier par leur tenue vestimentaire. Or c’est un choix dont des parlementaires français majoritairement mâles ont décidé de les priver (les femmes représentent moins de 20 % des membres de l’Assemblée nationale). Ils ont soutenu, le 13 juillet, que les femmes devaient être libérées du voile intégral. Forcer les gens à être libres est une pratique déplorable qui a un long passé derrière elle. Beaucoup ont écrit à son sujet, dont George Orwell, mais les époques sont trop souvent aveuglées par leurs préjugés pour se souvenir que la libération ne peut en aucun cas être imposée. Madeleine Bunting tale irait à l'encontre de la Constitution.

Le débat sur le voile permet en toute légitimité de clouer au pilori et de tourner en ridicule un tout petit nombre de femmes en raison de ce qu'elles portent. Des hommes politiques français ont décrit le voile intégral comme un "cercueil ambulant" ; des commentaires diffusés sur Internet n'expriment que mépris et dérision à l'égard de celles qui le portent - ils décrivent des femmes "qui se cachent sous une couverture" et "sortent avec un sac sur la tête". En France, le nombre de celles qui dissimulent leur visage sous une burqa ou un niqab est estimé [par le gouvernement] à 2 000, sur un total de 5 millions de musulmans. La réaction [des politiques] est donc totalement disproportionnée. Soyons clairs : le niqab et la burqa sont des interprétations extrêmes de l'obligation islamique d'arborer pour les femmes une tenue modeste. Peu d'islamologues préconisent leur port et beaucoup, comme [l'intellectuel islamiste helvético-égyptien] Tariq Ramadan, le déconseillent. Le voile intégral est aussi étranger à nombre de cultures musulmanes qu'il l'est à l'Occident. Et même s'il existe des patriarcats où des femmes pourraient être encouragées, voire contraintes par leur mari ou leur père à le porter, ces cas ne doivent en aucun cas être généralisés.

Aujourd'hui, un nombre croissant de jeunes femmes choisissent de porter le voile intégral parce qu'elles y voient un moyen d'affirmer leur identité. En invoquant l'autorité de l'Etat pour réglementer les codes vestimentaires dans les lieux publics, on étend considérablement les pouvoirs de ce dernier sur un aspect du comportement des citoyens qui relève largement du privé. Du moment qu'on est habillés, l'espace public occidental est entièrement libre : c'est une évidence dans toutes les capitales européennes. Les femmes qui portent les minijupes les plus courtes s'assoient dans le bus à côté d'autres femmes habillées en sari, en tenue de ville ou en salwar kameez [tenue indienne composée d'un pantalon et d'une tunique]. Aucun des codes culturels exprimés dans ces vêtements n'est considéré comme relevant de l'Etat. Et ils ne doivent pas l'être. En Occident, les lieux publics ont joué un rôle crucial dans l'apparition d'une culture de la tolérance ; c'est dans cet espace que des étrangers se côtoient même s'ils ne partagent parfois rien d'autre qu'un lieu géographique pendant un temps limité - cinq minutes de queue à un arrêt de bus, par exemple. Nous avons surmonté et toléré des différences de classe, de culture, de nationalité et de race dans nos rues et sur nos places.

 

 

 

Source : Courrier international / Guardian 

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