Habiter la frontière, un recueil de conférences de Léonora Miano, L'Arche éditeur

Publié le par dan29000

 

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  Il y a des mots qui évoquent des images, des images de continents, des images d'espaces, des espaces infinis, des espaces parfois contraints, via barbelés, murs et chiens. Le mot frontière est parmi eux. Des frontières souvent arbitraires, issues du colonialisme, des frontières à franchir, des frontières passages ou impasses comme pour les migrants vivant à Calais. Des frontières où l'on meurt ou revit. Toujours une relation entre peuples. Les frontières sont mouvantes, comme les peuples, comme les situations engendrées.


  Léonora Miano, née à Douala, au Cameroun, nous parle de frontières, nous parle des écrivains subsahariens, nous parle des noires réalités de la France, et encore de plein de choses, de son premier roman "L'intérieur de la nuit" paru en 2005, elle nous parle aussi du blues.


  Peut-être le plus beau de ses textes issus de conférences.

 

  Ce recueil s'ouvre sur cette quinzaine de pages lumineuses issue d'une conférence donnée à l'université de Rochester aux États-Unis. L'auteur de cet article connait un peu le blues, pour l'avoir parfois étudié, et aussi l'avoir beaucoup écouté. Pourtant Léonora Miano nous en dit plus que bien des bouquins spécialisés en une seule phrase :


  "Le blues est une atmosphère" (page 20).


  Que dire de plus ?


  Elle nous parle aussi de jazz, et de James Baldwin, et de Césaire avec "Cahier d'un retour au pays natal".


  "Être noir, c'est, bien entendu, être perçu comme tel. Même quand on vit dans un pays comme la France qui se prétend aveugle à la couleur."


  Sans détailler les six conférences, une mention spéciale aussi pour celle qui fut prononcée lors de la Foire littéraire internationale du Tocantins au Brésil, intitulée "Afrodescendants en France : représentants et projections". Installée dans l'hexagone depuis 1991, une grande partie de son travail d'écrivain porte sur la représentation des Noirs dans la France d'aujourd'hui. Lire son roman "Blues pour Élise". Difficile de ne pas être en accord profond avec elle quand elle nous parle d'obsolescence de la nation comme référent identitaire.

Si un parti politique nouveau venu n'avait déjà confisqué la formule, on pourrait parler de "l'humain d'abord" avec Miano. Une œuvre récente déjà couverte de prix qui nous parle d'humanité, et aussi une invitation à l'Europe pour se confronter à son passé. Les frontières ne sont pas que géographiques, elles existent aussi dans les têtes, surtout en cette période de crise où xénophobie et racisme sont de retour en Europe.


  Un livre au carrefour de la littérature et de la politique. Ce qui ne peut que nous enchanter...

  Ces conférences furent données entre 2009 et 2011, du Danemark au Brésil, en passant par le Michigan ou la France.

 

 

Dan29000

 

 

 

 

Habiter la frontière

Léonora Miano

Conférences

Collection Tête à tête

L'Arche éditeur

2012 / 144 p / 16 euros


 

Site de l'Arche

 

Site de Léonora Miano

 

 

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« La littérature parle avant tout d'humanité. C'est donc le monde que j'écris, à partir de mes lieux de référence, à partir de mes personnages subsahariens ou afrodescendants.»

 


 

ces-ames-chagrines-plonNous avions bien aimé cet article sur SLATE AFRIQUE, en avril dernier

 

"Léonora Miano, un auteur qui dérange"

 

Extrait :

 


«Depuis 2007, la France n’est plus le pays que j’ai connu en arrivant en 1991, ni celui que je peux me représenter. Un pays imparfait, certes, mais où l’on est curieux de l’autre, où la culture importe, de même qu’une certaine forme d’élégance. On a réussi à presque tout saccager en très peu de temps. On ne pourra pas faire comme si rien ne s’était passé, comme si on n’était pas descendus aussi bas dans la vulgarité, dans l’agressivité à l’égard de l’étranger ou de ceux qui représentent l’étranger.»

 

 

 

 

Nous aimons aussi TONI MORRISON, à lire ici un article de Léonora Miano publié dans le Magazine littéraire en avril 2008

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