Hadopi : bilan pas vraiment brillant et décès annoncé en 2012

Publié le par dan29000

Hadopi : le petit musée des erreurs

Serveur non sécurisé, messages cryptiques, pub ridicule… Rapport annuel alternatif de la Haute Autorité.

par Erwan Cario

 

 

 

Dessin Lucas Racasse

 

 

 

 

Dans une soirée entre amis un peu tristoune, pour relancer l’ambiance, il est toujours possible d’évoquer toutes les embûches et les couacs qui ont rythmé les différentes étapes de la création de l’Hadopi. « Tu te rappelles les députés socialistes sortis de nulle part qui ont renversé le vote à l’Assemblée, ah !ah ! ah ! » ; « Et le Conseil constitutionnel qui invalide la première version de la loi Création et Internet, mprfff » ; « Et Christine Albanel, tu te rappelles de Christine Albanel ? » « -Arrête, j’en peux plus ! » Ça marche à tous les coups. On aurait pu craindre que l’installation définitive de l’Hadopi dans ses locaux rue du Texel, à Paris, début 2010, mettrait fin à cette réjouissante mascarade. Que nenni ! La présentation du premier rapport d’activité, jeudi, est l’occasion de faire un bilan, un poil différent, des dix-huit premiers mois de la Haute Autorité.

Attention, péage !

Avant de se lancer dans l’envoi massif de mails d’avertissement aux internautes, il faut expliquer ce qu’est Hadopi. Pour ce faire, un dépliant est imprimé à 260 000 exemplaires et distribué aux vacanciers sur les péages d’autoroute, fin août 2010. A l’intérieur, un schéma censé clarifier le processus. Bonne idée ! Problème, il y a quatorze flèches dessinées et le résultat est plutôt cryptique. Heureusement, il y a du texte :« La sécurisation de la connexion à Internet a pour but d’éviter les utilisations non autorisées d’œuvres protégées par un droit d’auteur. » On a vu plus clair. La mission pédagogique commence bien.

Free fait de la résistance

Le 4 octobre 2010, à 10 h 30 pétante, c’est parti, les premiers mails sont envoyés. En tout cas pour les abonnés d’Orange et de SFR, qui ont appliqué à lettre les consignes. Mais rien du côté de Free. L’opérateur, qui se distingue depuis déjà quelque temps par son opposition au principe même de la riposte graduée, utilise toutes les failles possibles et imaginables pour gripper les rouages de la machine Hadopi. Il s’amuse, par exemple, à transmettre les informations concernant ses abonnés sur papier plutôt que par voie électronique… Free s’appuie sur l’absence de convention signée entre les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) et la Haute Autorité devant fixer les « modalités assurant la sécurité, l’intégrité et le suivi des données et informations conservées » sur les internautes. Jusqu’au 18 octobre, où un décret est publié en urgence pour imposer la collaboration des FAI. Free finit donc par envoyer les mails, avec deux semaines de retard.


Dessin Lucas Racasse

Vive le téléchargement direct

En décembre 2010, l’institut Comscore publie une étude présentant les premiers résultats chiffrés de l’impact de l’Hadopi : l’explosion de la fréquentation du site de téléchargement direct et de streaming vidéo MegaUpload. En un an, le site d’hébergement a progressé de 35% en France. En novembre 2010, il a été visité par 7,4 millions d’internautes français (contre 350 000 en août 2008). Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver une explication logique : seuls les réseaux peer-to-peer sont surveillés, les utilisateurs des sites de direct download sont donc tranquilles.

Une maladresse ?

« Est-ce qu’on peut faire mieux ? Sans doute, mais là n’est pas la question. » C’est un peu étrange comme défense d’Hadopi, surtout de la part de Nicolas Sarkozy, mais c’est le discours qu’il a tenu en avril devant un parterre d’entrepreneurs du Net, lors de la présentation du Conseil national du numérique. Le président de la République ajoute : « Peut-être que la maladresse a été de donner le sentiment que vous étiez attaqués. » Le « volet pédagogique » a dû avoir des ratés…

Problème de sécurisation

Il faut sécuriser sa connexion à Internet, que diable ! C’est le discours répété encore et encore par la Haute Autorité. Du coup, lorsque le blogueur Olivier Laurelli raconte qu’il s’est introduit sur un des serveurs de Trident Media Guard (TMG), la société chargée de surveiller les réseaux peer-to-peer pour les ayants droit, et qu’il a récolté plein d’informations sur les internautes pris en flagrant délit de téléchargement, ça fait un peu tache. Surtout lorsqu’il précise qu’il n’a rien eu à bidouiller, puisque le serveur en question n’était pas du tout sécurisé.

Naze campagne

Début juin, ça y est, le grand public a le droit de savoir à quoi sert Hadopi ! Une campagne de pub à grande échelle est lancée (télé, radio, presse, Internet, affichages, etc.). Elle présente les futures révélations des années 2020 dans la musique, le cinéma, la littérature ou les séries télé. Mais, voulant jouer la carte de l’humour (on l’espère !), Hadopi présente des œuvres fictives désolantes (dont le désormais célèbre Je préfère ton clone, d’Emma Leprince). On en viendrait presque à espérer la fin de l’industrie musicale dans les plus brefs délais !

Hadopi, c’est fini (bientôt ?)

François Hollande a dégainé le premier, début juin, avant que cela soit officialisé lors de la parution du programme numérique du Parti socialiste : en cas de victoire en 2012, l’Hadopi sera purement et simplement abrogée. Eva Joly, la candidate d’Europe Ecologie - les Verts, a annoncé de son côté vouloir annuler la loi « dès la première semaine ». La présidente de l’Hadopi, Marie-Françoise Marais, commence l’éditorial du rapport d’activité par « Rendez-vous en juin 2012 ». Cette fois, on est sûr, c’est de l’humour.

 

Paru dans Libération vendredi 30 septembre 2011.

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