Hank Skinner, compte à rebours : entretien avec sa femme, Sandrine

Publié le par dan29000

hankSix jours pour sauver son mari condamné à mort

03 novembre 2011

 

 

 

Les jours sont comptés pour  Henry "Hank" Skinner dont l’exécution est prévue au Texas le 9 novembre prochain. Sandrine Ageorges-Skinner, sa femme, continue de se battre pour prouver l’innocence de son époux. Entretien.

Ce qui est remarquable chez Sandrine Ageorges-Skinner n’est pas tant son statut d’épouse de condamné, que sa détermination, sa connaissance du terrain judiciaire et de la politique américaine. A moins d’une semaine de l’exécution programmée par l’Etat du Texas de son mari, condamné à mort pour meurtre le 9 novembre prochain, c’est l’attente interminable. Une ultime décision du juge concernant la révision des tests ADN pourrait encore innocenter  son mari.

France-Amérique : Sandrine, comment allez-vous?

S. A-S. : On fait aller. Nous n’avons pas trop le choix.  Nous n’avons aucune nouvelle des tribunaux.  On se dit que plus le calendrier avance, meilleures sont nos chances, car il est clair qu’il s’agit d’un jeu politique. Ils sont en train d’essayer de protéger Perry au maximum pour les primaires. Plus le juge attend pour rejeter la demande de tests ADN, plus la cour d’appel  sera obligée d’accorder un report de date. Ce qui va protéger Perry pendant plusieurs mois pendant qu’il fait campagne. Perry a fait la promotion de tous les nouveaux textes de loi pour améliorer la justice et il n’a pas du tout envie d’être confronté à cette question-là maintenant.

Légalement, quelle est la situation aujourd’hui ?

S. A-S. : Cela fait deux mois aujourd’hui que les avocats ont déposé une demande de tests ADN, comme l'autorise le nouveau texte de loi,  voté au printemps dernier et signé par Rick Perry en juin. Nous avons déposé la demande le 2 septembre. Depuis, nous n’avons aucune nouvelle. Le dossier est sur le bureau du juge Emmert, qui l’a condamné à mort et a déjà signé quatre mandats d’exécution. Nous n’avons aucune indication de la date à laquelle il va statuer, même si l’on s’attend à ce qu’il rejette notre proposition. Nous souhaiterions que cela aille vite en cour d’appel, car c’est là que le vrai débat va avoir lieu, puisque c’est un texte de loi tout neuf, qui n’a jamais été interprété. Il n’existe pas de jurisprudence, donc il n’y a pas de points de repères. L’avocate générale, Lynn Switzer, a récupéré le dossier quand son prédécesseur a été arrêté sur une liste de chefs d’inculpations longue comme le bras. Elle était assistante, a fait l’intérim, puis a été élue. Elle a tout le pouvoir et n’a pas besoin d’une décision du juge pour ordonner les tests ADN. Cela fait plusieurs années qu’on la tanne, mais elle ne bouge pas. Lors de la plainte au civil qui a été accordée par la Cour Suprême, elle a été obligée de témoigner sous serment et a commencé à dire des choses que l’on soupçonnait, mais qui sont quand même tombées du placard : à savoir qu’il lui manque la moitié des scellés, qu’elle n’est même pas sûre de l’endroit où sont stockés les scellés en sa possession, qu’elle ne sait pas dans quel état ils sont, s’ils sont exploitables ou non, et que le reste se trouve peut-être chez le shérif, mais qu’elle n’en est pas sûre et qu’il n’y a pas moyen de savoir !  Et comme par hasard, elle fait cette déclaration sous serment le 21 juillet et un nouveau mandat d’exécution est signé le 27 juillet !

Il paraît aberrant que la date d’exécution tienne toujours, alors qu’aucune décision n’a été prononcée quant aux tests ADN…

S. A-S. : C’est cela qui est extrêmement intéressant, et malheureusement les journalistes ne se penchent pas dessus : lorsque la Cour Suprême nous a donné raison, elle a renvoyé le dossier sur une cour inférieure le 7 avril, et à partir de ce moment-là, le sursis de la Cour Suprême n’existait plus. Il y avait un risque que le Texas fixe à nouveau une date d’exécution. Entre temps, les deux chambres ont voté en faveur du nouveau texte de loi, que le gouverneur Perry a signé le 17 juin. A partir de ce moment, on pensait qu’ils ne demanderaient pas de nouvelle date. Mais ce qui est très révélateur de ce dossier, c'est que l’avocate générale a déposé sous serment dans la plainte au civil le 21 juillet, et 6 jours plus tard, un nouveau mandat d’exécution était signé. Alors qu’ils savaient parfaitement que nous allions nous pourvoir au pénal. L’avocate générale se cache derrière ce qu’on lui dit de faire, comme l’ont fait ses prédécesseurs. Ils sont tous tellement mouillés jusqu’au cou depuis 16 ans et demi, qu’ils ne veulent pas lâcher et veulent tout faire pour que Hank soit exécuté. Mais heureusement pour lui, il a la chance d’avoir des avocats compétents, expérimentés et brillants !

Pensez-vous que la campagne médiatique pour sauver Hank puisse vraiment avoir un poids dans l’obtention d’un sursis ?

S. A-S. : Je vais récupérer demain toutes les signatures pour les envoyer à l'avocate générale, Lynn Switzer : il y a plus de 16 000 signatures dont plus de la moitié viennent du Texas. Cela ne va pas la faire changer d’avis, mais il est important que les médias se rendent compte de la pression.  Nous allons également lancer une autre pétition avec un message à Rick Perry.  Celui-ci se targue dans sa campagne des nouveaux textes de loi qu’il a signés au Texas pour améliorer la justice, et nous n’allons pas lui laisser l’opportunité de se cacher derrière qui que ce soit. D’ailleurs, nous n’allons déposer aucun recours en grâce, car nous ne voulons pas qu’il se serve de cela comme paravent. Nous allons aller directement vers lui pour l’exposer publiquement  en disant : vous avez pris ces engagements sur ces textes de loi, vous en faites la publicité, alors maintenant, que faites-vous ? C’est un coup de poker.  Mais il est vrai que, plus les jours passent, plus nous pensons qu’ils vont être obligés d’accorder un report de date ou un sursis.  Nous avons envie d’y croire, mais restons très méfiants, car ils ont des raisons de vouloir enterrer le dossier.  C’est affligeant. On parle de justice, et on est dans une espèce de manigance politique, un jeu de stratégie de bas étage.

Mentalement, dans quel état êtes-vous, actuellement, tous les deux ?

S. A-S. : Nous ne sommes ni confiants, ni pessimistes. On se prépare au pire, on se prépare au meilleur. Mais on ne spécule pas, car c’est impossible au Texas. C’est cela le plus dur pour les avocats, car il n’y a pas moyen de savoir sur quoi se reposer. Tout dépend de l’humeur politique du moment, et on ne sait franchement pas de quel côté ils vont faire pencher la balance. Evidemment, je me dis qu’il n’est pas possible qu’il parte comme ça, mais je reste extrêmement prudente quant à l’issue.

Avez-vous pensé aux différents scénarios, au lendemain du 9 novembre ?

S. A-S. : Je suis en train. Il va falloir envisager le pire, demander un devis aux pompes funèbres, appeler la famille en Virginie, voir s’il faut envisager un enterrement. Je n’ai pas envie de penser à cela, mais je ne peux pas ne pas m’en occuper.

Avez-vous pensé à ce que vous ferez sur le plan légal, s’il n’obtient pas de sursis ? Continuerez-vous la bataille ?

S. A-S. : Oui. S’il est exécuté mercredi prochain, je vais déposer une requête pour que les scellés ne soient pas détruits. Il nous faudra peut-être 10 ans pour prendre possession des scellés, mais nous allons les protéger, car sinon cela reviendrait à le tuer deux fois.

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Mitsuko 05/11/2011 16:24



Pourquoi ne font-ils pas les tests ADN, ce serait règlé ...


Il ne reste que 6 jours pour sauver Hank Skinner ...


J'espère encore qu'il sera sauvé, je sais que ce n'est que de l'utopie ... mais si il était sauvé ... ce serait merveilleux ...



dan29000 06/11/2011 10:32



Espérons effectivement, il a déjà été sauvé au dernier moment par le passé...