Hindi Zahra, un premier album étonnant chez Blue Note

Publié le par dan29000

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Courtisée par de nombreux labels, Hindi Zahra a beaucoup hésité avant de signer sur Blue Note France. En ces temps de crise de la filière disque, la jeune femme aura pris le temps et le soin nécessaires, avant de s’engager. "Je veux tout contrôler. C’est quand même ma musique, non ?!" Celle dont le prénom signifie en arabe tout à la fois "fleur" et "chance" n’est pas du genre facile, entendez malléable à souhait. Pop star ? Pas franchement son style.

Berbère née en 1979 à Khouribga, une ville minière du Sud marocain, débarquée à Paris en 1993, suite au regroupement familial, Hindi Zahra a de la suite dans les idées, et une indépendance d’esprit revendiquée. Un sacré caractère qui lui a permis de bâtir un univers à la seule force de ses convictions et intuitions. "La musique a toujours nourri mon imaginaire." C’est ainsi qu’après avoir obtenu le bac, elle a enchaîné avec des petits boulots sans autre intérêt que de peaufiner son écriture, sans rien devoir à qui que ce soit.

De multiples influences

"Pour la musique, je peux travailler très dur et très longtemps." Mais de préférence la nuit… Influencée par les grandes voix du Maghreb et les divas égyptiennes, biberonnée par la musique traditionnelle berbère et le rock’n’roll du bled, celui que jouaient des oncles musiciens, bercée par le blues sahélien d’Ali Farka Touré et la folk d’Ismaël Lô, la jeune Hindi reconnaît aussi avoir écouté la musique afro-américaine, "le groove en général". Sans oublier de mentionner le reggae de Bob Marley.

C’est en choriste pour le hip hop, puis sur la scène alternative parisienne, qu’elle se fera donc la voix, quelque chose de terriblement original dans le paysage musical français. Un grain de soul, autrement épicé. Et ce n’est d’ailleurs pas par hasard si elle va trouver le bon diapason avec une chanson intitulée Oursoul, un doux parfum d’ambiguïté jusque dans son titre. "Notre esprit" en anglais, "plus jamais" en berbère… Ecrite en 2005, cette mélodie évoque les mariages arrangés. Ce sera "le facteur déclencheur". "Tout s’est alors éclairé !"

Dès lors, elle va noircir le papier musique, composer des dizaines de chansons. Beaucoup se retrouvent dans la corbeille, mais une sort du lot : Beautiful Tango. "J’étais sûre et fière de cette mélodie." Avec cette chanson, elle imprime sa différence de style. Alors que la buzz se diffuse sur MySpace, The Wire, le mensuel de référence outre-Manche, voit en elle la digne héritière de Billie Holiday. Mieux, le thème se retrouve dans une campagne de pub en Angleterre et lui offre ainsi l’opportunité d’affiner sans pression cette collection de chansons.


Artisanal

Résultat, Hand Made, une poignée de thèmes dont cette "self-made-workin-woman" s’est arrangée toute seule, comme une grande. D’où ce titre qu’elle justifie par un trait d’humour "l’artisanat marocain, quoi !"… avant de reprendre plus sérieuse, "les musiciens jouent avec leurs mains et moi je joue des percus, tâte de la basse…"  Dessus, elle y dévoile un sens de la mélodie affûtée, un brin de mélancolie, un rien de swing ajusté dans les reins. Les musiques sont les parfaits écrins pour ses écrits.

Pas de doute, cet album est à son image : éminemment séduisant du premier coup d’oreille, subtilement fragile pour qui gratte le vernis. Cette nomade en l’âme, à l’imaginaire bel et bien ancré dans le réel, y mêle tous les styles : chansons enjazzées et coups de blues orientalisants, faux airs de trip pop et déhanchements tango, rythmes gnaoua et guitare manouche… "Comme le couscous ou la paella, il y a de tout en moi !", rit celle qui peint également "des trucs marrants", des petits formats, très colorés, avec de drôles de personnages, mi-surréalistes, mi-naïfs.

Sur le premier EP, c’est d’ailleurs l’un de ses autoportraits qui orne la couverture. Sur le disque, il s’agit d’un cliché pris chez un marabout de Marrakech par le Londonien Hassan Hajjaj, "un des créateurs du recyclage à l’africaine". Et c’est Tony Gatlif qui a réalisé le clip dans les méandres de l’impériale Fez. "Je ne pouvais pas travailler avec un clippeur, du genre grosse bagnole et portable !" On vous le répète, Hindi Zahra n’est pas un produit de plus.

Irréductible à un quelconque plan marketing. Pas question pour elle de "faire la promo façon 'une marocaine en France'. Moi, je reste dans la même ligne de conduite que les Berbères. Je n’ai pas à me justifier de ma nationalité. Mon identité, c’est la musique." Pas question non plus de restreindre son univers à ces quelques centimètres carrés de plastique. "Le disque n’est que le support de mon live. Et ma priorité, c’est l’étranger. Ce n’est pas parce que Youssou N'Dour parle français qu’il se restreint à la France."

Source : RFI musique

 

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