Honk (to stop executions), un film signé Gaillard et Vassault, en salles

Publié le par dan29000

 

   HONK

 

 

 

 

 

 

 

 

 La sortie de ce film important tombe au moment où l'actualité sur la peine de mort est particulièrement forte depuis quelques semaines. En septembre et octobre, la vaste mobilisation pour sauver la vie de Troy Davis, même si cela fut vain, la journée internationale contre la peine de mort en octobre, et cette semaine, le sursis provisoire pour Hank Skinner dont nous nous avons parlé régulièrement. Depuis la création de notre site il y a trois ans, notre ligne de contre-information s'attache régulièrement à ce qui se déroulent dans les prisons, des récentes pétitions des détenus de Corbas, au film de Stéphane Mercurio "A côté", en passant par le combat essentiel pour l'abolition de la peine de mort, une peine d'un autre âge dont la France s'est heureusement débarrassée il y a juste trente ans.

 

 


  C'est donc dans ce contexte que sort en salles ce mercredi le film de Florent Vassault, qui est monteur pour le cinéma et réalisateur pour la télévision. Honk est donc son premier film pour le cinéma. Film réalisé à quatre mains, en compagnie d'Arnaud Gaillard, docteur en sociologie spécialisé sur l'analyse des mécanismes de pénalité, auteur de "Sexualité et prison -désir affectif et désirs sous contrainte" en 2009, et "999" en 2011, tous deux chez Max Milo. Sans oublier qu'il fut co-fondateur et vice-président du "Réseau d'Alerte et d'Intervention pour les Droits de l'Homme" (RAIDH).

 

 Même s'il est toujours utile de contextualiser un tel sujet, inutile d'aligner trop de chiffres sur la peine de mort aux USA, trois suffisent amplement :

 

En 2010, 3261 personnes attendaient leur exécution dans les couloirs de la mort.

34 Etats fédérés sur 50 pratiquent la peine de mort.

42 % des condamnés à mort sont des Afro-Américains (alors qu'ils représentent 12 % de la population globale).

 

 Des chiffres qui parlent. Mais dans "Honk", ce sont des gens qui parlent, et qui  parlent fort et clair, une série de prises de paroles particulièrement impressionnante. Subjectivement, ce fut à la seconde vision du film, Curtis McCarty qui nous impressionna le plus. 48 ans dont 22 années en prison, dont 19 dans le tristement fameux "death row" pour un crime dont il fut finalement innocenté. Sa libération fut effective en 2007 grâce à l'action persévérante d'une association new-yorkaise "The innocent project" qui se bat pour la réouverture des dossiers litigieux de la justice américaine. Et les dossiers litigieux, ce n'est pas ce qui manque, il suffit pour s'en convaincre de lire la genèse des affaires "Hank Skinner" ou "Mumia" pour ne parler que des plus célèbres actuellement. Curtis vit aujourd'hui avec son père et fait de la photo, regardant le monde autour de lui. Son témoignage est d'une force rare et d'une lucidité enviable...

 

"La démocratie, c'est pas facile, chacun doit participer"

 

  Et il y a aussi Golda. Golda dont le fils, Tony,  est condamné à mort et qui, comme les autres condamnés, attend, attend la mort durant des années, et des années, une sorte de peine capitale, en attendant la peine capitale. Alors Golda a déménagé et vit dans un vieux mobile home à quelques kilomètres de lui afin de ne pas louper les parloirs hebdomadaires. Jour après jour, Golda lutte, pas contre le système car elle n'en a plus la force, elle lutte juste pour son fils unique, et quand Golda passe en voiture à proximité de la prison, elle klaxonne, "Honk".Elle sait qu'il ne peut l'entendre, enfermé dans sa cellule, mais elle klaxonne quand même, comme un ultime signe de résistance, une résistance quotidienne, même si elle n'est pas optimiste, car on est au Texas, et le Texas, c'est à part, c'est le Texas. Elle sait que si le Texas exécute son fils, elle ne pourra le toucher qu'après sa mort...

 Comment justifier cela ? Pour elle aussi, une sorte de double peine.

 En définitive, quand on parle de la peine de mort, il y a l'inhumanité fondamentale de cette peine capitale, mais l'on oublie souvent la barbarie feutrée mais réelle des condamnés attendant la mort durant des années dans le couloir célèbre, et la barbarie appliquée aux familles des condamnés comme Golda.

 

 "Je sais que ça ne sert à rien, mais je continue de klaxonner."

 

  Une des grandes qualités du film est aussi de donner la parole aux autres. Car les autres sont nombreux aux USA, comme nous l'explique Rick Halperin, professeur de droits de l'homme à la Southern Methodist University de Dallas, Texas. Il y a une vraie culture de la violence, avec le  droit si ancré du port d'armes face aux 40 000 meurtres par an. Presque tout le monde soutient la peine de mort, démocrates ou républicains, blancs ou blacks. Même s'il reste optimiste, avouant que la peine capitale va disparaître, mais savoir quand est impossible, sans doute pas à court terme. Surtout quand l'on écoute les Kirk, tous favorables à la peine de mort. Ils viennent en famille pour l'exécution de Ronnie Lee Gardner qui agressa en 1985 Nick. Il y a là, l'épouse, la fille et les petites-filles dont Jamie qui avoue sans peine : 

 

 "J'ai toujours voulu voir quelqu'un mourir."

 

 No comment...


 S'il fallait trouver un défaut au film, cela pourrait être sa durée trop brève. La qualité et l'intensité des témoignages pouvaient s'étendre dans le temps et 90 minutes n'auraient pas été de trop. Le sujet est protéiforme, car il y a beaucoup de gens qui vivent de  la peine de mort,  et du système carcéral monstrueux, comme la petite ville de Huntsville. C'est tout le système répressif massif des USA qui peut être apparenté à une industrie florissante qui dégage de plus en plus de profit, justifiant ainsi l'augmentation du nombre des détenus.

 

 Mais au-delà de ce problème de durée, le film sonne juste, évitant le piège facile de glisser une scène d'exécution, il sonne juste aussi parce que les paroles filmées sont pleines de justesse. L'on peut y ressentir un réel besoin de parler, et donc d'être écouté. Ce qui valide la démarche respectueuse des réalisateurs. Une belle réussite qui ne peut laisser personne indifférent, surtout en ces temps où certains voudraient rétablir cette barbarie d'Etat dans les pays européens.

 

Dan29000


 

Pour voir le site du film, c'est ICI

 

HONK (TO STOP EXECUTIONS)

Arnaud Gaillard et Florent Vassault

Sortie nationale le 09 novembre 2011

2011 / 68 ' / VOSTFR / Couleur

Distribution SHELLAC (Marseille) : 04 95 04 95 92

 

Pour voir le site du distributeur, c'est ICI

Avec l'aide et le soutien de l'association ECPM / Ensemble contre la peine de mort (voir dans nos liens)

Pour voir le site de RAIDH, c'est ICI

 

CONTACTS ASSOS / Philippe Hagué : 06 07 78 25 71

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9 novembre // Cinéma Lux – Caen // avec l’Institut international des droits de l’homme et de la paix et un des 2 réalisateurs
10 novembre // Reflet Medicis – Paris
17 novembre // Reflet Medicis – Paris // avec l’ACAT et Arnaud Gaillard
17 novembre // Fanal – St Nazaire // en présence de Florent Vassault
25 novembre // Les Lumières – Chauny // en présence de Arnaud Gaillard
6 décembre // Diagonal – Montpellier // en présence de Arnaud Gaillard

 

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Presse /

 

"Incisif, un véritable coup de poing"     France Inter

 

"Une expérience fascinante"    Transfuge

  3

"Sans prétendre à l'innovation formelle, "Honk" convainc par son intelligence et sa sensibilité, en évitant tout sensationnalisme ou sentimentalisme. Un beau film digne de son sujet."  Cahiers du cinéma

 

"Honk" (...) décrit l'absurdité d'un système judiciaire aveuglé par son obsession de la réparation et de la répression. Dommage qu'à ces témoignages dévastateurs, le film ajoute des interventions convenues des spécialistes de la question pénale."   Première

 

"Le temps, la respiration et l'attention rappellent dans ce film certaines des meilleurs séquences d'un Raymond Depardon ou d'un Frederick Wiseman"      Télérama

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999_livre_d_Arnaud_Gaillard.jpgENTRETIEN AVEC LES REALISATEURS (extrait)

Quelle est la genèse de HONK ?

Arnaud Gaillard : Je devais partir diriger une mis­sion d’enquête sur la peine de mort aux USA, en tant que sociologue, et parallèlement à l’écriture d’un essai, j’avais envie de faire un film susceptible de toucher un autre type de public. L’envie était donc de proposer un regard sur plusieurs visages de la peine de mort aux états-Unis, à partir d’his­toires réelles et de vécus incarnés. Chacun traduit une réalité contemporaine de la peine capitale tout en montrant plusieurs paysages de cette justice qui tue à travers un pays contrasté qui suscite tantôt la passion, tantôt l’inquiétude.

Florent Vassault : Du fait de la mission d’enquête d’Arnaud, nous sommes partis très vite, sans avoir le temps de préparer le tournage. C’est en accom­pagnant la famille Kirk, alors qu’elle se rendait à une exécution, que j’ai entrevu ce que le film serait. Là, sur ce parking de Salt Lake City, alors que les dou­leurs et les enjeux se télescopaient, la peine de mort révélait toute son absurdité. Ce moment tellement triste prenait une dimension surréaliste. Nous nous sommes alors dit que le film devrait exprimer ce que nous avions ressenti ce soir là : un mélange de douleur et d’absurde. Du discours du pasteur à la visite du musée de la prison, en passant par l’histoire effrayante de ce condamné à qui on sauve la vie pour mieux l’exécuter ensuite, il me semble que, dans HONK, l’absurde est partout.

Le film est une réflexion sur la peine de mort et aussi un portrait de l’Amérique ordinaire…

AG : Nous souhaitions comprendre les racines de la foi que les américains développent à l’égard de cette sentence, tenter de saisir et de montrer ce qui justifie le maintien de cette violence d’état en 2011 dans un pays défini comme démocratique. Par conséquent, c’est vrai que c’est aussi un portrait des Etats-Unis. Il y a d’ailleurs quelque chose de l’ordre du road-movie dans HONK, le film balaye des paysages différents d’un Etat à l’autre, dont les décors familiers expriment une désolation, un vide à la fois culturel et existentiel. Ces émo­tions font directement écho à l’attachement viscéral d’une population et de ses représentants politiques, à une barbarie d’un autre temps.

FV : Nous avons voulu donner un aperçu, par petites touches, d’une certaine Amérique : celle qui croit en la peine de mort, ou tout du moins, qui s’en accommode. Ce sont des petites scènes fil­mées à Huntsville, la ville des exécutions du Texas, comme un « effet loupe » de cette Amérique de la peine de mort. D’une certaine manière, ce sont les voisins de Golda ou de Curtis, ce sont ceux qui se prononcent à 70% pour la peine capitale. L’idée n’était pas de pointer du doigt cette Amérique-là, mais de confronter leurs discours simplistes du type « oeil pour oeil, dent pour dent » au vécu de nos personnages. Montrer le décalage qui existe entre ceux qui ont mis un doigt dans l’engrenage et les autres – nous tous – qui ont simplement un avis sur la question.

 

Lire la suite sur le site du film...

Bande Annonce de HONK, un film de Arnaud Gaillard et Florent Vassault from andolfi on Vimeo.

 

Compétition Premier Film - FIDMARSEILLE 2011
New Talent Competition - DOCLISBOA 2011

Fiche technique

Avec Veldean Kirk, Barb Kirk, Mandy Kirk, Tammy Stewart, Jamie Stewart
Curtis et Joe McCarty
Golda Medina

réalisation Arnaud Gaillard et Florent Vassault
montage Léa Masson
assistante montage Cécile Perlès
assistant à la réalisation Emile Carreau
directeur de post-production Olivier Boischot
assistants de post-production Antonin Boischot, Corentin Doucet
montage son Sandy Notarianni
mixage Matthieu Deniau
étalonnage Pierre Sudre
production Arnaud Dommerc et Jean-Baptiste Legrand
une coproduction Andolfi, Centrale Electrique
avec l'aide et le soutien d'ECPM (Ensemble Contre la Peine de Mort)
et la participation de Commune Image

Publié dans écrans

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Michelle 09/11/2011 15:36



C'est très bien écrit !


On a envie de le voir très vite.


Tu as bien bossé...



dan29000 09/11/2011 15:58



Merci, mais quand le film est vraiment bon, et le sujet motivant, cela facilite...