Ici on noie les algériens, un film essentiel de Yasmina Adi, en salles

Publié le par dan29000

 

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La société française est malade de quelques tabous qu'il semble bien difficile de rompre, malgré le fil des ans. La collaboration durant la dernière guerre ou le massacre d'Etat du 17 octobre 1961, par exemple. Si vous suivez un peu l'actualité, vous savez déjà que cela fait juste cinquante ans que cette honteuse tache sur notre histoire a eu lieu à Paris dans le cadre d'un appel du FLN à manifester.

 De nombreuses initiatives marquèrent cette semaine, manifestations et rassemblements, articles nombreux et rappels salutaires à la mémoire que certains voudraient enfouir. C'est dans ce cadre que vient de sortir en salles le documentaire de Yasmina Adi.

 

 

 Elle fut d'abord assistante de réalisation, avant de se consacrer à l'écriture de documentaire, et de réaliser son premier films "L'autre 8 mai 1954, Aux origines de la guerre d'Algérie" que vous avez peut-être vu sur France 2 ou Public Sénat...

 

 C'est donc son deuxième film qui sort actuellement.

 

Il faut bien entendu contextualiser cette année qui se situe deux ans après la tardive reconnaissance du droit à l'autodétermination du peuple algérien par De Gaulle. En avril 1961, ce fut la tentative de pustch des anciens généraux Salan, Challe et Jouhaud. Ce n'est donc que quelques mois avant les accords d'Evian donnant l'indépendance à l'Algérie que cette manifestation fut réprimée avec sauvagerie par la police française de Papon et Frey, appuyée d'ailleurs, il faut le rappeler, par les syndicats de policiers ! Le 5 octobre le célèbre préfet de police, Papon, institua un couvre-feu pour les Nords-Africains. Ce geste aussi stupide que raciste entraîna la riposte de la Fédération de France du FLN qui appela donc à manifester pacifiquement le 17 octobre au soir.

 

 Une des qualités de l'émouvant film de Yasmina Adi est de mettre en lumière la stratégie mise en place au sommet de l'Etat, non seulement pour réprimer plus que durement cette manifestation, mais aussi pour manipuler l'opinion publique et surtout faire avorter les tentatives d'enquête quand les disparitions commencèrent à être connues. Tout au long du film, la réalisatrice nous propose avec talent, un aller et retour entre présent et passé, où viennent s'entrecroiser en se faisant écho, les témoignages et des archives inédites, évitant en cela, la sécheresse habituelle des documentaires historiques.

 

 Donc un document essentiel sur ce que l'on peut nommer, un massacre d'Etat, qui fit entre 100 et 200 morts !

 

Donc une belle réussite, ne tardez pas à vous déplacer, ces films documentaires ne restent pas longtemps en salles, ou ensuite ils passent dans le réseau militant. On ne peut que se féliciter de ces sorties qui élargissent le nombre de spectateurs. Dans les jours prochains, nous allons aussi vous parler de "Honk" excellent documentaire sur la peine de mort aux USA et de "Squat, la ville est à nous"...Sans oublier un article sur le documentaire que France 3 refuse de diffuser "Le déménagement"....

Dan29000

 

Voir le site du film, ICI

 

Voir aussi le site de SHELLAC, ICI

Ici on noie  les Algériens, 17 octobre 1961

Réalisation Yasmina Adi

Production Blanche Guichou

Coproduction AGAT films et Cie et l'Ina

2011 / 1 h 30 / Distribution Shellac

 

Lundi 24 octobre
Marseille / Les Variétés
en partenariat avec l’Espace franco-algérien PACA, en présence de la réalisatrice.

Mardi 25 octobre
Nîmes / Le Sémaphore (20h 30)
en présence de la réalisatrice.

Mercredi 26 octobre
Montpellier / Le Diagonal (20h)
en partenariat avec le Festival Cinemed Hors les murs et l’association Coup de Soleil, en présence de la réalisatrice.

Jeudi 27 octobre
• Paris / Espace Saint-Michel
en présence de Gilles Manceron (historien).
• Toulouse / Utopia
en présence de la réalisatrice.

Jeudi 3 novembre
• Clermont-Ferrand / Le Rio
en présence de la réalisatrice.

Vendredi 4 novembre
• Paris / Espace St Michel (20h)
en partenariat avec le magazine Témoignage Chrétien, en présence de la réalisatrice.

Dimanche 6 novembre
Beauvais / Cinéma Agnès Varda (15h30)
en présence de Gilles Manceron (historien).

Mardi 22 novembre
• Vénissieux / Cinéma Gérard Philippe (20h30)
en partenariat avec l’association Maghreb des Films, en présence de Jean-Luc Einaudi (historien) et de Laïd Sahli (Au nom de la Mémoire)  

 

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ENTRETIEN avec Yasmina Adi

Pourquoi avoir choisi un tel sujet pour votre documentaire ?

Lors du travail d'enquête sur mon précédent film « L'autre 8 mai 1945 - Aux origines de la guerre d'Algérie », j'avais noté que la fin de la répression en Algérie en 1945 avait été dirigée par le préfet Papon. Le même qui dirigera la Préfecture de Paris une quinzaine d'années plus tard. D'autre part, lors des projections de ce film, le public avait spontanément évoqué la répression du 17 octobre 1961. Lorsque ces événements n'étaient pas confondus avec ceux de la station de métro Charonne (qui ont eu lieu en février 1962), ils suscitaient beaucoup de questions : comment une telle répression avait-elle pu avoir lieu en plein cœur de Paris ? Pourquoi une telle violence ? Combien avait-elle fait de victimes ?... Cinquante ans après, il m'apparaissait important de faire la lumière sur ces événements et de les faire connaître au grand public.

Entre l'idée et la sortie du film, que représente la concrétisation d'un tel projet ?

Ce film représente deux ans de travail. Bien avant le tournage, cela passe par un long travail D'enquête qui implique la recherche d'archives et de rapports officiels, la recherche des témoins, des articles de presse ainsi que des archives filmées et radiophoniques... Toutes ces informations ont ensuite été recoupées pour respecter au mieux la vérité historique et démêler la trame de ces événements.

 

Comment s'est passée la recherche d'archives lors de votre enquête ?

J'ai, dès le départ, voulu m'appuyer sur les rapports officiels mais aussi rechercher des documents inédits, dont certains dormaient dans des cartons depuis 1961. Après avoir contacté les responsables et obtenu les dérogations, j'ai consulté les archives de la préfecture de police, du gouvernement, des départements, etc. D'autre part, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les médias de l'époque ont largement parlé de ces événements et de leurs conséquences. J'ai donc épluché les journaux mais aussi les actualités radiophoniques de l'époque, les deux médias les plus influents dans les années 60. Cette recherche d'archives sonores a nécessité un véritable travail de fourmi... Enfin, j'ai largement sollicité les agences photos et découvert de nombreux clichés inédits. Je suis allée consulter sur place les négatifs (toutes ces photos n'étant pas numérisées), et j'ai rencontré certains photographes pour en savoir plus sur les conditions dans lesquelles ils avaient travaillé.

 

Que vous a apporté la coproduction avec l'INA ?

Le travail avec l'INA a été capital. L'équipe mise en place par le coproducteur Gérald Collas, dès la préparation, a démontré un savoir-faire et une implication, qui se sont révélés être d'incroyables atouts. Graphistes, photographes et documentalistes m'ont grandement aidée tant pour la recherche des archives que pour leur restauration.

 

Comment avez-vous réussi à retrouver des témoins de ces événements ?

En collaborant avec les associations, les mairies, en passant des appels à témoins et par le bouche-à-oreille, nous avons réussi à retrouver des témoins de moments-clés liés à cette répression. Cette recherche n'a pas été facile et a parfois eu des conséquences surprenantes, comme ces messages anonymes de policiers mi-inquiets mi-menaçants qui voulaient savoir ce qui allait être dit dans mon documentaire...
Parmi les témoins algériens, peu d'entre eux avaient jusqu'alors évoqué cette histoire. Tout ce qui entoure la guerre d'indépendance reste souvent tabou au sein de la communauté algérienne. Certains (dont la plupart sont toujours en France) n'en avaient jamais parlé, même pas à leurs enfants, qui ont découvert la vérité lors de mon enquête ou lors du tournage. Sortir de l'anonymat, faire le récit de ces événements devant une caméra, sur les lieux où ils se sont déroulés, leur a demandé beaucoup de courage. Ces témoignages sont autant de moments très riches en émotion.

 

Lire la suite de l'entretien sur le site du film, ICI

 

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