Ikea France : des pratiques présumées d'espionnage d'employés et de clients

Publié le par dan29000

Ikea France, accusé d’espionnage, ouvre une enquête

PARIS (Reuters) – Une plainte a été déposée mercredi en France par des salariés du géant suédois de l’ameublement Ikea sur des pratiques présumées d’espionnage d’employés et de clients via une officine qui aurait eu recours frauduleusement à des fichiers de police.

 


 

La direction française de la société souligne dans un communiqué prendre ces accusations “très au sérieux” et annonce le lancement d’une enquête “avec l’aide de conseillers indépendants pour obtenir la vision la plus complète de ce qui s’est passé dans les faits”.

“Le respect de la vie privée des personnes compte parmi les valeurs les plus fortes du groupe et nous désapprouvons vigoureusement toute pratique portant atteinte à cette valeur”, ajoute-t-elle.

Me Yassine Yakouti, avocat des plaignants, a dit à Reuters que la plainte avait été déposée au tribunal de grande instance de Versailles (Yvelines). La députée européenne socialiste Françoise Castex a annoncé par ailleurs qu’elle avait saisi la Commission européenne. 

Le Canard enchaîné publie mercredi des courriers électroniques qu’auraient échangés ces dernières années la direction d’Ikea France et une société de sécurité privée, et où il est question de puiser dans des fichiers de police des renseignements sur les antécédents éventuels d’employés ou de clients en litige avec la société.

Ces courriers, dont l’hebdomadaire satirique ne donne pas la provenance, seraient au nombre de plusieurs centaines. Il y est question notamment de l’accès au fichier de police Stic, qui recense toutes les personnes impliquées dans des interventions de police, même sans suites judiciaires ou comme simples témoins. Il contient plusieurs millions de fiches.

Le site d’information Mediapart fait état mercredi d’autres documents montrant que la filiale française d’Ikea aurait aussi recueilli des informations protégées sur les comptes bancaires de membres de son personnel.

PRATIQUE FRAUDULEUSE

Si l’accès par une société privée à ce fichier est confirmé, il serait illégal. Cette pratique frauduleuse, utilisée parfois par les policiers pour obtenir des rémunérations supplémentaires à titre privée est connue, à tel point qu’elle a un surnom dans la police, la “tricoche”.

Selon les courriels évoqués par le Canard, Ikea va jusqu’à demander des renseignements sur 200 personnes à la fois le 7 novembre 2008, afin de connaître les éventuels démêlés de ses employés avec la police, d’avoir des informations sur un syndicaliste, sur une cliente qui réclame 4.000 euros pour un litige commercial ou de savoir à qui appartient un véhicule repéré près des sites et jugé suspect.

Me Yakouti, qui représente des syndicalistes, a dit à Reuters vouloir que la police enquête : “nous souhaitons que la justice puisse s’emparer de ce dossier et faire la lumière sur l’éventuelle utilisation frauduleuse de données personnelles de salariés et de clients”.

L’eurodéputée Françoise Castex souhaite par ailleurs un plan d’action contre ces pratiques supposées, qu’elle compare aux écoutes illégales menées en Angleterre par le groupe de presse Murdoch via des officines.

“Si elles s’avéraient exactes, les pratiques d’espionnage du géant suédois sont extrêmement graves”, dit-elle dans un communiqué, sollicitant “un contrôle plus strict des sociétés privées de sécurité”.

Les officines de sécurité privée ou “d’intelligence économique” ont été mises en cause en France dans plusieurs affaires ces dernières années.

L’ancien candidat d’extrême gauche à la présidentielle Olivier Besancenot a été victime d’un espionnage dont il rend responsable la société commercialisant un pistolet à impulsion électrique, le Taser, dont il avait dénoncé la dangerosité. Le procès est attendu fin 2012.

La société EDF a été condamnée le 10 novembre dernier à une amende pénale de 1,5 million d’euros pour le piratage informatique en 2006 des ordinateurs de Greenpeace par une officine. EDF a fait appel.

Thierry Lévêque avec Sophie Louet, édité par Yves Clarisse, mercredi 29 février.

 

Source : Solidarité ouvrière

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