Ilham Moussaïd : Lettre ouverte à la gauche radicale

Publié le par dan29000

1265572957

Ilham Moussaïd, la militante voilée du NPA candidate aux régionales dans le Vaucluse, et Julien Salingue, qui milite au NPA en Seine-Saint-Denis, cosignent sur Rue89 une lettre ouverte aux militants de la gauche radicale .



Nous avons pris la décision d'écrire ce texte car nous trouvons que les discussions suscitées, au sein même de la gauche radicale, par l'annonce de la candidature d'Ilham se déroulent, jusqu'à présent, de manière peu constructive.

L'objectif de ce texte n'est donc pas de polariser encore un peu plus le débat, mais bien de l'apaiser. Il nous semblerait en effet paradoxal, pour ne pas dire dangereux, que notre camp social se déchire dans une période où les enjeux sociaux et politiques sont majeurs.

Les deux signataires de ce texte ont, comme chacun-e des militant-e-s du NPA, des histoires différentes, des centres d'intérêt divers et des convictions personnelles.
Nous nous retrouvons sur une orientation anticapitaliste

Nos deux parcours divergent, ainsi que nombre de nos préoccupations et références. Et pourtant nous sommes dans la même organisation, nous distribuons les mêmes tracts, nous vendons les mêmes journaux, nous défendons les couleurs du NPA car nous nous retrouvons sur son orientation anticapitaliste, écologiste, internationaliste, antiraciste, féministe et laïque.

Nous avons été sollicités pour figurer sur les listes aux élections régionales. Parce que chaque membre du parti est potentiellement un-e candidat-e, le NPA n'étant pas une organisation de politiciens professionnels mais une organisation qui refuse toute frontière étanche entre « simple militant-e » et « dirigeant-e » ou « candidat-e ».

Et parce que comme partout, nos comités et fédérations ont essayé de composer des listes qui sont non seulement à l'image du parti, mais aussi à l'image de celles et de ceux que nous voulons faire entendre lors de la campagne.

Nous voulons faire entendre la voix des opprimé-e-s, des exploité-e-s, de celles et ceux qui sont « sans-voix » dans le paysage politique et médiatique : jeunes, femmes, ouvrier-e-s, chômeur-euse-s, personnes issues des « quartiers populaires »… Parce que nous savons que le meilleur moyen de lutter contre les oppressions et l'exploitation, c'est encore que ce soient celles et ceux qui en sont les principales victimes qui se fassent entendre et s'organisent.
En France se développe aujourd'hui une « nouvelle islamophobie »

Selon les périodes, telle ou telle catégorie de la population est plus ou moins victime de discriminations et de stigmatisation. Et nul ne pourra nier que dans la France d'aujourd'hui se développe une stigmatisation de l'islam et des musulmans, une « nouvelle islamophobie », qui s'intègre à la rhétorique internationale de « guerre de civilisation ».

Des propos de Nadine Morano sur les « jeunes musulmans à casquettes » au débat nauséabond sur la Burqa en passant par les commentaires qui ont accompagné le referendum sur les minarets en Suisse, les exemples abondent malheureusement.

Pratiquant une politique volontariste dans les « quartiers populaires », engagé dans la lutte contre toutes les discriminations et tous les racismes, y compris l'islamophobie, le NPA a acquis une audience significative auprès de nouveaux publics, traditionnellement éloignés de l'extrême-gauche : parmi eux, des jeunes héritiers de l'immigration maghrébine, musulmans ou non. Et nombre d'entre eux-elles nous ont rejoints.
Un foulard qui suscite bien des peurs

Pourquoi, dès lors, être surpris ou choqués de la présence d'une jeune musulmane sur une de nos listes aux élections régionales ? Tout le monde aurait dû s'en réjouir !

Mais non, car il y a ce fameux foulard.

Un foulard qui suscite bien des peurs, des méfiances, des interrogations… Alors que la réalité est toute simple : nous avons tous les deux des convictions personnelles que nous estimons totalement compatibles, voire même complémentaires avec notre engagement au NPA.

Des convictions qui font la richesse de nos identités et qui n'invalident pas, bien au contraire, notre attachement aux principes et objectifs énoncés plus haut. Et pour l'une d'entre nous, ça se voit. Tout simplement. L'essentiel n'étant pas comment la société française ou les organisations politiques interprètent la signification cachée de ce « signe visible », mais ce que celle qui le porte lui donne comme signification concrète.

Les médias, qui relaient complaisamment les discours islamophobes ambiants, ont orchestré une campagne contre le NPA. Doit-on s'en étonner ? Nous rappelons ici que ce n'est pas la première fois que la gauche radicale est la cible d'une telle campagne : proche du terrorisme, complaisante vis-à-vis de l'antisémitisme…

Rien ne nous a été épargné, mais nous avons su tenir bon à chaque fois et défendre nos convictions, y compris à contre-courant, sans nous laisser enfermer par les médias et les politiciens réactionnaires dans des « débats » que nous n'aurions pas choisis. Alors continuons.

Il ne s'agit pas de nier les désaccords qui peuvent exister au sein de la gauche radicale, et il y en a, entre autres sur la question religieuse. Mais il s'agit de revenir à la raison et se concentrer sur l'essentiel : débattre, évidemment, mais en n'oubliant pas que l'objectif est d'agir ensemble afin d'en finir une fois pour toutes avec l'exploitation et toutes les oppressions.

Source : Rue 89

Publié dans actualités

Commenter cet article