Inde, anticorruption : prison et grève de la faim pour Anna Hazare

Publié le par dan29000

 

New Delhi gêné par son bras de fer avec le Gandhi anticorruption

En partenariat avec Aujourd'hui l'Inde

(De New Delhi) Le militant radical anticorruption Anna Hazare, emprisonné avant qu'il n'entame un jeûne public « jusqu'à la mort », continuait de faire pression sur le gouvernement : il a finalement quitté la prison vendredi, mais pour entamer un jeûne de quinze jours en signe de protestation. Ce Gandhi des temps modernes mène une croisade anticorruption qui embarrasse le Parti du congrès au pouvoir, et pourrait lui coûter cher politiquement.

Pralay Kanungo, professeur d'études politique à l'université Jawaharlal Nehru de Delhi, revient sur le mouvement anticorruption qui anime l'Inde et ses conséquences politiques pour le parti au pouvoir. Entretien.

 

 

 

 

 

 

Aujourd'hui l'Inde : L'arrestation d'Anna Hazare et de plus d'un millier de militants, en début de semaine, est-elle une erreur, un mauvais calcul de la part du gouvernement ?

Pralay Kanungo  : Erreur ou pas, je pense qu'on ne pourra estimer l'impact que lors des prochaines élections. C'est encore un peu tôt pour en tirer les conséquences. (Voir la vidéo de la retransmission sur une télé indienne de l'arrestation d'Anna Hazare)


Le gouvernement a réagi à chaud, on aurait pu laisser la manifestation se poursuivre, et la limitation du nombre de manifestants à 5 000 était ridicule.

Pour l'instant les principaux partis d'opposition n'ont pas réussi à tirer profit de ce mouvement mais ils sont conscients des opportunités. Et le gouvernement est conscient de la possibilité que l'opposition se cimente derrière Anna Hazare. Les manifestations ne sont pas toutes spontanées, on entend beaucoup de discours politiques…

Anna Hazare est comparé à Gandhi, qui avait utilisé la grève de la faim et l'incarcération comme arme. Cela veut-il dire, toutes proportions gardées, que le Parti du congrès est dans le rôle d'une autorité répressive ?

Je pense que le Congrès à retenu sa leçon d'histoire de la période de l'Etat d'urgence [1975-1977, ndlr] sous Indira Gandhi. Le problème c'est que le parti ne peut pas lancer une contre-mobilisation, contre un mouvement anti-corruption !

Mais le Congrès a adopté une attitude arrogante et c'est devenu un obstacle pour lui. Il aurait du poursuivre le dialogue.

D'autant que le BJP [principal parti d'opposition, ndlr] n'est pas non plus en faveur des conditions posées par Anna Hazare pour le projet de loi anticorruption. Bien sûr que c'est au Parlement que doit se décider ce projet de loi, mais sa teneur vient du peuple, et ce dernier doit être écouté.

Ce gouvernement est-il, comme on peut l'entendre ces derniers temps, le plus corrompu de l'histoire de l'Inde libre ?

La corruption est en constante augmentation en Inde. Lors de l'affaire de Bofors par exemple, la somme en jeu était relativement négligeable, mais avec l'ouverture de l'économie, il y a désormais la possibilité de cacher de l'argent à l'étranger.

Pensez-vous que les gouvernements régionaux des différents Etats indiens sont moins corrompus ? Dans la plupart des Etats, ce sont les industriels qui prennent toutes les décisions.

C'est aussi pour cela que le Congrès ne se sentait pas menacé jusqu'à présent, car il pouvait pointer du doigt l'opposition au niveau régional concernant la corruption. Il pouvait dire : « Tout le monde est corrompu. »

Croyez-vous que le Congrès payera un prix politique fort pour cette débâcle lors des prochaines élections législatives en 2014, ou même avant ?

On ne peut écarter aucune hypothèse en politique indienne. En deux ans et demi, beaucoup de choses peuvent arriver. Il est possible que la corruption devienne le thème central des élections de 2014. Mais le gouvernement pourrait être mis à mal avant cela s'il fait face à une mobilisation de masse, coordonnée par une opposition unifiée. En 1989, par exemple, ces circonstances étaient réunies.

Mais pour l'instant, le BJP n'a pas tiré profit, électoralement parlant, des scandales de corruption qui ont affecté le Congrès cette année.


Mis à jour le 19/8/11 à 09h15, avec la sortie de prison de Anna Hazare

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