Inde : une marche d'un an pour l'accès à la terre

Publié le par dan29000

Inde : Une marche d’un an pour l’accès à la terre


À travers la planète, des millions de paysannes et paysans font face à une menace grandissante des accaparements de terres par des intérêts privés et publics et à l’absence de volonté des pouvoirs publics. En Inde, le mouvement gandhien Ekta Parishad refuse de baisser les bras, intensifie son combat et lance une marche d’un an à travers le pays à partir du 2 octobre 2011 . Cette première marche aboutira au Jan Satyagraha, la marche pour la justice : en octobre 2012, 100 000 indiennes et indiens réclameront un accès équitable à la terre pour toutes et tous. Des mouvements sociaux, partout dans le monde, soutiennent  cette initiative pour faire entendre la voix des sans-terres au gouvernement indien et défendre la souveraineté alimentaire pour tou-te-s !

 

Environ 75 % de la population indienne vit en zone rurale et dépend de l’agriculture familiale et paysanne pour vivre. Pourtant, près de 220 millions d’indien-ne-s n’ont pas accès à une terre qui leur permettrait de se nourrir de leur production et dépendent donc d’emplois rares aux salaires particulièrement bas et des aides de l’État. Malgré les programmes de développement rural mis en place par le gouvernement indien, la campagne indienne reste le parent pauvre d’une économie prospère (8 à 10 % de croissance par an) qui se développe surtout à travers son industrie et une concentration des services dans les villes. Dans les zones rurales, pauvreté et accès restreint aux ressources naturelles prédominent, tandis que se multiplient les suicides de paysan-ne-s, incapables de survivre en raison notamment d’un soutien trop faible de l’État. Au contraire, la politique de développement du gouvernement indien favorise les accaparements de terres et de ressources naturelles au profit d’entreprises multinationales. Ces projets d’extraction minière, de zones industrielles ou d’agrobusiness conduisent à des déplacements massifs de populations et à la paupérisation des travailleuses et travailleurs locaux. 

 

Pour obtenir que les autorités indiennes prennent en compte les véritables besoins des populations indiennes et engagent une véritable réforme agraire, le mouvement Ekta Parishad organise depuis sa création, en 1991, des actions non-violentes (marches, sit-in, réunions publiques, etc.) dans de nombreux États indiens. Ekta Parishad travaille en priorité avec les paysan- ne-s, les dalits et les communautés tribales en développant des projets de développement communautaire et local. L’objectif de ces programmes est de faire prendre conscience aux communautés de leurs droits à accéder à la terre, à la souveraineté alimentaire et de les amener à réclamer le respect de ces droits auprès des autorités. Ekta Parishad défend en particulier l’accès des femmes à la terre, fort du constat que celles-ci représentent environ 75% des travailleurs-ses agricoles mais seulement 10 % des propriétaires fonciers. Ekta Mahila Manch, la branche féminine d’Ekta Parishad, mène ainsi des actions pour renforcer les capacités des femmes dans différents domaines, pour accroître leur participation au sein des panchayats (conseils des villages) et favoriser l’obtention de patnas (titres de propriété) conjoints aux femmes et hommes d’un même foyer. Ekta Parishad organise également une participation massive des femmes sans-terre à ses actions de mobilisation non-violente.

 

En 2007, Ekta Parishad a mobilisé 25 000 marcheurs-ses : après un mois de marche, ils-elles ont obtenu l’engagement du gouvernement indien de mettre en oeuvre la réforme agraire demandée. Aujourd’hui, les mouvements sociaux indiens constatent que cette réforme, comme de nombreuses lois1 adoptées afin d’assurer l’accès aux ressources naturelles, n’a pas été mise en oeuvre au profit du plus grand nombre. Afin de réclamer une véritable application de ces lois et de dénoncer l’injustice criante de la situation en Inde, plus de 100 000 indien-ne-s participeront donc en octobre 2012 au Jan Satyagraha, une marche de deux semaines sur plus de 300 km, de Gwâlior à Delhi, inspirée de l’exemple de la Marche du Sel de Gandhi en 1930. La mobilisation démarre dès le 2 octobre 2011 par une marche qui passera dans tous les États indiens et traversera 300 des 600 districts2 de l’Inde. Pour faire entendre la voix des sans-terre au Premier ministre indien et le pousser à mettre en oeuvre une véritable réforme agraire, mobilisez-vous dès maintenant.

 


[1] Parmi lesquelles l’Acte de reconnaissances des droits sur les forêts (Forest Rights Act – 2006), la Loi sur la réhabilitation et les relogements (Rehabilitation and resettlement Bill – 2007), l’amendement de l’Acte sur les acquisitions de terres (Land acquisition Act – 2007)…

[2]Circonscription administrative équivalente aux régions françaises

 

 

Source : Peuples solidaires



 

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