Internet : l'extrême droite renforce sa présence

Publié le par dan29000

 

 

L'extrême droite a renforcé sa présence sur Internet

LEMONDE

 


 

 

Cartographie de l'ensemble de la blogosphère politique en 2011, réalisée par Linkfluence avec Le Monde et Le Monde.fr. Brun : extrême droite ; bleu : UMP et majorité ; rose : PS ; orange : centre ; vert ; écologie

Cartographie de l'ensemble de la blogosphère politique en 2011, réalisée par Linkfluence avec Le Monde et Le Monde.fr. Brun : extrême droite ; bleu : UMP et majorité ; rose : PS ; orange : centre ; vert ; écologieLinkfluence

 

 

 

 


 

Les blogs d'extrême droite montent en puissance et en influence sur le Net. Linkfluence, institut d'étude spécialisé dans l'analyse et la cartographie du Web social, a mesuré pour Le Monde et Lemonde.fr cette progression depuis 2007. L'année de la dernière élection présidentielle, cet institut évaluait à 4,4 % la proportion de blogs se rattachant à cette famille dans la blogosphère politique. En 2009, ce poids était passé à 5,2 %. Il est désormais, pour 2011, à 12,5 %, soit 132 sites sur un total de 1052.

Internet est effectivement devenu l'un des terrains de jeu privilégié des droites extrêmes. Celles-ci ont très vite investi ce nouveau média pour en faire ce qu'elles appellent un "outil de réinformation" et contourner "la pensée unique".

La présidente du Front national elle-même, Marine Le Pen, ne se présente-t-elle pas comme la seule défenseure "de la liberté sur Internet"? Et ne promet-elle pas d'abroger la loi Hadopi dans l'éventualité de son accession au pouvoir? "Les blogs, les forums, sont des lieux d'échanges, les agoras des temps modernes, a-t-elle indiqué, le 29juin, dans un message adressé aux internautes. Je veux préserver la Toile des tentatives de contrôle des ennemis du débat (…). Il faut restaurer, préserver et sanctuariser la liberté sur Internet."

 

La famille "extrême droite" de la Cartographie de la blogosphère 2011, réalisée par Linkfluence, en partenariat avec "Le Monde" et Le Monde.fr

La famille "extrême droite" de la Cartographie de la blogosphère 2011, réalisée par Linkfluence, en partenariat avec "Le Monde" et Le Monde.frDR

 

 


"DOUZE THÈSES POUR UN GRAMSCISME TECHNOLOGIQUE"

Un homme a théorisé l'utilisation politique du Net. Il a rédigé une sorte d'art de la guerre virtuel à l'intention de sa famille politique. Jean-Yves Le Gallou, qui fut l'un des cofondateurs du Club de l'Horloge (cercle de réflexion dont le but était de créer des passerelles entre la droite classique et l'extrême droite) et a inventé pour le FN le concept de "préférence nationale", préside aujourd'hui la Fondation Polémia. Il est l'auteur des "Douze thèses pour un gramscisme technologique" – en référence au communiste italien Antonio Gramsci pour qui il n'y a pas de victoire politique possible sans hégémonie culturelle. Une conception qui avait été reprise par la Nouvelle Droite dans les années 1970-1980, dont M. Le Gallou demeure un des cadres les plus influents.

Ces "Douze thèses" fonctionnent comme un vade-mecum, par affirmations successives. Point un : les instruments utilisés pour influencer l'opinion n'ont jamais été aussi puissants. Point deux : l'apparition d'Internet change la donne face à l'"idéologie unique". C'est un élément de mobilisation de la "majorité silencieuse" contre les "élites". C'est un "moyen de contourner le silence médiatique et la diabolisation". Bref, la Toile permet à la "périphérie" de prendre "sa revanche sur le centre".

Aux yeux de M. Le Gallou, Internet offre de multiples avantages. Il permet "l'extension de la parole privée par nature plus libre que la parole publique". L'usage du pseudonyme "peut encore renforcer cette attitude" et les tabous "existent moins, voire pas du tout, sur Internet". Ce média, explique-t-il, est ensuite particulièrement adapté à "la propagation virale des messages". Enfin, les moteurs de recherche "n'ont pas de conscience politique, ils sont neutres". Pour l'auteur, "un fait ou une analyse non conformes ont donc une bonne espérance de vie et de développement".

DES SITES TÊTES DE PONT

Ce message, deux sites Internet l'ont très bien compris : François Desouche et Novopress, les têtes de pont de la "fachosphère". Le premier produit très peu de contenu qui lui soit propre. Il collecte systématiquement tout ce qui paraît concernant ses sujets de prédilection : insécurité, banlieue, islam… Les faits divers retenus ont à chaque fois une vertu édifiante : ils doivent illustrer le lien violence-immigration. Son espace de commentaires lui assure une grande fréquentation. François Desouche revendique à ce jour 55 millions de visiteurs uniques.

Le second site, Novopress, est quant à lui l'émanation du Bloc identitaire, parti d'extrême droite radicale. Il prend la forme d'une agence de presse qui relaye les informations mais surtout le discours des Identitaires. Ces derniers se sont fait une spécialité de la présence sur le Net. Cela leur permet d'avoir une visibilité sans commune mesure avec ses effectifs militants beaucoup plus restreints.

L'étude de Linkfluence permet de voir que, entre 2009 et 2011, la progression de la présence de l'extrême droite dans la blogosphère est notamment due à l'arrivée – tardive mais importante – des blogs liés au Front national. Nationspresse. info en est un exemple : totalement consacré à la promotion de Marine Le Pen et ayant accompagné sa conquête du pouvoir en interne, il est sous la responsabilité de Louis Aliot, numéro deux du FN et compagnon de Mme Le Pen. Peu à peu, il se substitue même au site officiel du FN. Avec un avantage pour toucher un maximum de monde : nulle part il ne reprend les identifiants visuels du parti d'extrême droite.

Le FN, comme les militants d'extrême droite à titre individuel, mise beaucoup sur Facebook. C'est d'ailleurs le premier parti sur ce réseau social en nombre de fans. Il en comptait un peu moins de 37 000 au 30juin contre 23 900pour le PS, 13 600 pour Europe Ecologie-Les Verts et 12 400 pour l'UMP.

Lire aussi :

>>> Les familles de l'extrême droite sur le Net

>>> Dandys, réacs, ricaneurs... les " Hussards bruns " du web

>>> De 2007 à 2011, l'évolution de la blogosphère politique

>>> Cartographie de la blogosphère politique : la méthodologie

Abel Mestre et Caroline Monnot

 

Source : le monde

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