Into the abyss, un film de Werner Herzog, en salles

Publié le par dan29000

 

SYNOPSIS

Le 24 octobre 2001, dans la petite ville de Conroe au Texas, Jason Burkett et Michael Perry, en quête d'une voiture à voler, abattent de sang-froid Sandra Stotler, son fils Adam et l'ami de ce dernier, Jeremy. Retrouvés puis arrêtés, les jeunes hommes, à peine âgés de 19 ans, sont condamnés : Burkett à la prison à perpétuité, Perry à la peine capitale. Le cinéaste Werner Herzog a eu l'occasion de rencontrer les familles des victimes, mais également le meurtrier Michael Perry, à quelques jours de son exécution...


LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 24/10/2012

On n'aime pas

Il va bientôt être tué. Il est dans un parloir et de son sourire se dégage quelque chose d'incroyablement juvénile. D'innocent, allait-on dire. En vérité, cet homme de 28 ans, Michael Perry, a été condamné pour un triple meurtre, et Werner Herzog s'entretient avec lui une semaine avant son exécution. Ce n'est pas une interview à sens unique, mais une discussion directe, presque surnaturelle dans son apparente facilité. Le réalisateur explique sa démarche — il ne vient ni en militant ni en juge mais en simple citoyen qui veut comprendre — et le détenu lui répond en parlant librement de sa condamnation, des jours qu'il lui reste à vivre, de sa peur et de sa confiance : Dieu l'aide dans l'épreuve qui l'attend... Rencontre forte, précieuse. Ce n'est pas la seule. Il y en a une dizaine d'autres, dans ce documentaire à la première personne.


Werner Herzog est un conquérant des confins. D'Aguirre, la colère de Dieu (1972) à Grizzly Man (2005), le cinéaste allemand a toujours aimé approcher la folie ou le chaos. En se rendant dans les couloirs de la mort, aux Etats-Unis, et chez les proches des victimes, il se tient au bord du gouffre. Avec la même obsession pour chaque rencontre : traquer, au-delà de la monstruosité, ce qu'il reste d'humanité en chacun. Les prisonniers se racontent, mais aussi des policiers, des personnes anéanties par la perte d'une soeur ou d'un frère. Personne n'est à l'abri d'un malheur : ce risque, le cinéaste nous le fait vivre tout au long de ce film, à la croisée de l'enquête et de l'aventure.

Victimes et bourreaux, bons et méchants se rejoignent dans cet univers de souffrance, de désolation et de dinguerie. D'optimisme parfois : certains sont parvenus à surmonter leur drame. Emergent, alors, des histoires insolites, édifiantes : l'amour entre Melyssa, visi­teuse de prison, et Jason Burkett, un détenu, le complice de Michael Perry, qui a échappé, lui, à la peine capitale. Ou la conversion soudaine d'un ancien bourreau, qui du jour au lendemain n'a plus supporté son activité et a démissionné. Sa confession vaut tous les arguments contre la peine de mort.

Ce qui est troublant, c'est que Herzog fraye son chemin dans une réalité documentaire, mais rôde, aussi, à la lisière de la fiction. Ces destins brisés, sur fond de flingues et de came, ces lieux emblématiques — du sous-bois où les cadavres sont enterrés aux salons rococo où les endeuillés exhibent la photo encadrée du défunt — font écho à l'imaginaire. Certains protagonistes ont de vrais gueules d'acteurs : le père de Jason Burkett, taulard lui aussi, paraît droit sorti d'un polar. En l'entendant parler de sa voix traînante et rocailleuse, c'est toute l'Amérique profonde qui affleure, avec ses clichés, ses fantasmes et ses démons. — Jacques Morice



Jacques Morice

 

SOURCE / TELERAMA

 

 

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