Iran : quelques informations de base sur la situation

Publié le par dan29000

Dossier Iran : Introduction et sommaire
16 novembre 2012


  Sommaire  

 

 

Au printemps 2009, des millions de manifestants ont déferlé dans les rues iraniennes. Ils mettaient d’un seul coup en pièces une vision largement répandue dans le monde : celle d’une population profondément soumise au régime en place depuis 1979.
Pendant toutes ces années, existait pourtant un autre Iran qui avait commencé à être porté à la connaissance du grand public international deux ans plus tôt avec le film Persepolis.
Le sort des femmes illustre bien ce profond décalage entre la réalité et la perception de celle-ci dans le monde. L’islamisation du droit familial et des droits des femmes « était censé, en particulier, maintenir les femmes dans leur rôle traditionnel de mère de nombreux enfants et d’épouse soumise » (1). Il n’en a rien été : le nombre d’enfants par femmes est, par exemple, passé en trente ans de sept à moins de deux.
Si cette opposition au pouvoir absolu des religieux est restée pendant si longtemps souterraine, c’est uniquement parce que la moindre protestation publique devait faire face à une répression implacable.
On surnommait le monarque au pouvoir avant 1979 « le boucher du Moyen-Orient » : il avait, pendant ses trente-sept années de règne, fait exécuter environ 500 prisonniers politiques. Des dizaines de milliers d’autres ont été massacrés par l’armée royale pendant les répressions des soulèvements des peuples kurde et azéri notamment dans les villes de Tabriz et Mahabad.
Le régime islamiste qui lui a succédé, uniquement dans ses 10 premières années et avec l’estimation la plus basse, a exécuté plus de 40 000 prisonniers politiques.
Il y a aujourd’hui en Iran, beaucoup plus de prisonniers politiques, d’arrestations arbitraires et d’exécutions sommaires que sous l’ancien régime. La pratique de la torture physique et psychologique est beaucoup plus étendue, le respect des libertés politiques et des droits de l’Homme beaucoup moins grand, la censure et la répression des libertés artistiques et intellectuelles beaucoup plus flagrante que jamais auparavant.
La classe ouvrière est privée des droits les plus fondamentaux tels que le droit d’association, de négociation collective et de grève. Les femmes sont confrontées à une oppression sans précédent. L’homosexualité est punie de mort. Le régime mène une politique d’occupation militaire des régions peuplées par les minorités nationales, et utilise les méthodes de répression les plus brutales pour écraser leur résistance.
Une telle violence s’explique fondamentalement par sa volonté d’éradiquer toute trace des revendications populaires de la révolution de 1978-1979.
Celle-ci avait en effet été l’une des révolutions de masse les plus importantes du XXe siècle, avec un degré incroyable de participation des masses. Pendant les quatre mois menant à l’insurrection de février 1979 il y a eu une grève générale impliquant plus de 4 millions d’ouvriers. Les comités de grève avaient pris naissance partout et les comités de voisinage contrôlaient la plupart des secteurs urbains. La nuit de l’insurrection contre le Chah, on a estimé que plus de 300 000 revolvers et mitrailleuses avaient été récupérés dans les casernes de l’armée et distribués à la population.
Le clergé chiite était la seule force d’opposition disposant de structures d’envergure que la dictature du Chah ne pouvait pas démanteler. Il les a utilisées pour s’emparer en quelques mois de la totalité du pouvoir et éliminer toute opposition.
Dans les années qui suivirent, le régime islamiste a emprisonné, torturé, exécuté ou contraint à l’exil les principaux militants de la révolution de 1979.
Il n’a autorisé pour représenter les travailleurs que des associations islamiques contrôlées localement par les mosquées ou des groupes paramilitaires.
Loin d’être le porte-parole des déshérités, le pouvoir du clergé chiite a activement participé à un accroissement des inégalités sociales. Pendant la dernière décennie du règne du Chah environ 100 familles employaient la puissance d’État pour monopoliser l’économie iranienne tout entière. Elles sont aujourd’hui moins d’une soixantaine.
Aucune législation sociale ne s’applique dans les entreprises de moins de 20 personnes, qui emploient plus de 80% de la force de travail, dont une majorité de femmes. Les patrons y sont, par exemple, exemptés de toute obligation de fournir une couverture sociale ou de justifier un licenciement. Des dizaines de milliers d’ouvriers attendent le paiement de leurs salaires pendant des mois.
Aujourd’hui en Iran la majorité de la population est officiellement sous le seuil de pauvreté. Selon Adel Azar, le responsable du centre des statistiques d’Iran, 40 millions d’iraniens vivaient en 2010 sous le seuil officiel de pauvreté. C’est pourtant un pays riche en ressources naturelles, ayant presque quadruplé ses recettes de ventes de pétrole au cours des 10 dernières années et disposant d’un revenu inégalé dans l’histoire de l’Iran moderne. Jamais le fossé qui sépare les plus riches des plus pauvres n’a été si grand. Selon les calculs d’économistes indépendants, le nombre de chômeurs pourrait atteindre 10 millions pour une population d’environ 75 millions d’habitants. (2) Plus de 4,5 millions d’Iraniens disposent de moins d’un dollar par jour. La vente de leurs reins ou d’autres organes est maintenant la plus grande source de revenu de certains pauvres urbains.
Même si le « printemps » de 2009 n’a pas abouti, les problèmes qui l’avaient suscité demeurent. La résistance quotidienne à la dictature n’a pas été éradiquée et débouchera tôt ou tard sur de nouvelles mobilisations d’ampleur.

 


Notes :
1. Marie Ladier-Fouladi « Iran, un monde de paradoxe » (2009) p 13 et 57-58.
2. Le chiffre officiel est de 3 millions de chômeurs selon des règles de calcul ridicules comme le fait de ne plus considérer comme chômeur une personne ayant travaillé une heure dans la semaine !


 
Sommaire


Introduction et sommaire

Une brève histoire de l’Iran moderne, par Houshang Sépéhr. http://orta.dynalias.org/solidint/d...
Economie, peine de mort, crise sociale http://orta.dynalias.org/solidint/d...
Contexte économique, par Behrooz Farahany.
L’empire économique des Pasdarans.
La peine de mort en Iran.
Crise au sommet sur fond de crise sociale, par Behrooz Farahany.
La société iranienne aujourd’hui http://orta.dynalias.org/solidint/d...
Les différentes forces sociales.
Un pays multi-ethnique.
La situation des femmes, par Behrooz Farahany.
Un mouvement ouvrier en reconstruction http://orta.dynalias.org/solidint/d...
Les luttes et les droits des salariés.
Entretien avec Mahmoud Saléhi.
Extraits du testament de Farzad Kamangar.
L’exemple des syndicats de Vahéd et Haft-Tapeh.
Lettre au Conseil des droits humains des Nations Unies.
Les organisations de soutien de la diaspora iranienne http://orta.dynalias.org/solidint/d...
Solidarité socialiste avec les travailleurs en Iran (SSTI).
Alliance internationale pour le soutien des travailleurs en Iran (IASWI).
L’action de diverses associations http://orta.dynalias.org/solidint/d...
Extraits du rapport 2012 d’Amnesty international.
Le blog Soliran.
Développer la solidarité internationale http://orta.dynalias.org/solidint/d...
Intervention du représentant de SSTI au congrès de l’Union syndicale Solidaires.
Tract unitaire de mars 2012.

 Quelques repères

Trois fois plus vaste que la France, l’Iran est un pays montagneux et en partie
désertique. La carte qui suit est également disponible en couleur à la fin de
cette revue.
Sa population était estimée à 74 millions d’habitants en 2010, ce qui en fait un
des pays les plus peuplés de la région derrière le Pakistan (177 millions), l’Egypte (81 millions) et la Turquie (75 millions).
La population de l’Iran est musulmane à 90 %. La langue officielle, le persan (ou farsi) s’écrit avec l’alphabet arabe. C’est la langue maternelle d’environ la moitié des iraniens. Un peu moins d’un tiers de la population est par contre turcophone, 9% sont kurdes, etc.
L’Iran est le quatrième producteur de pétrole au monde et dispose de la
deuxième plus grande réserve en gaz naturel.

« Guide suprême » (chef de l’État, fonction à vie) : Ali Khamenei
« Président » (chef du gouvernement) : Mahmoud Ahmadinejad
Peine de mort : maintenue
Espérance de vie : 73 ans
Taux d’alphabétisation des adultes  : 85%
Taux d’urbanisation : 68% (2007)
Nombre d’enfants par femme : 1,78 (2008)
Pourcentage de femmes parmi les étudiants : 52,4% (2006-2007)

Des exemplaires imprimés de ce dossier, ainsi que des anciens numéros, sont disponibles en s’adressant aux différentes structures affiliées à l’Union syndicale Solidaires, ainsi qu’au siège national, 144 boulevard de la Villette, 75019 Paris. contact@solidaires.org Les différentes publications internationales de Solidaires sont par ailleurs disponibles en ligne dans la rubrique « international » de www.solidaires.org

Mis en ligne le 17 novembre 2012
SOURCE / ESSF

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