Irlande : contre l'intox des médias, la réalité des faits

Publié le par dan29000

La vérité est dans les faits
 

Article écrit par Liam O’Ruairc en 2009 montrant statistiques à l’appui que le conflit en Irlande n’est pas ce que les médias nous serinent à longueur de temps : »une guerre de religion fanatique » ou un « conflit inter-ethnique aveugle » avec les braves soldats au milieu qui départagent des fous furieux équivalents, mais l’insurrection d’un peuple opprimé luttant contre la contre-insurrection menée par les forces d’occupation britanniques assistées par leurs chiens de guerre loyalistes pour la pratique de la terreur.

D’après les statistiques du gouvernement britannique, entre 1969 et 1998 le conflit en Irlande du Nord est à l’origine de 35.669 fusillades, 10.142 explosions; 11.483 armes à feu et 115.427 kg d’explosifs ont été saisis par les forces de sécurité au cours de 359.699 perquisitions, 18.258 personnes ont été condamnées à des peines de prison pour ‘activités terroristes’ entre 1972 et 1998, et 3.289 personnes ont été tuées dans le Nord et 42.216 blessées suite à la violence politique entre 1969 and 1998 (Source: Sydney Elliott & W.D. Flackes, Northern Ireland: A Political Directory 1968-1999, Belfast, The Blackstaff Press, fifth revised and updated edition, 1999, pp.681-687).

La violence politique en Irlande du Nord n’a pas la meme intensité dans le temps et dans l’espace, ou le même impact selon les catégories sociales. Près de 52% des morts sont concentrés entre 1971 et 1976. L’année la plus meurtriere, 1972, à elle seule a plus de morts que la décennie 1990. La violence politique n’a pas la même intensité selon les lieux. Si la violence a été » ghettoisée » dans des endroits comme Belfast Nord où elle a été la plus intense, des pans entiers du nord de l’Irlande sont restés entièrement normaux et marginalement affectés par le conflit. De même, plus est defavorisée la position sociale et économique est défavorisée, le plus grand est le risque d’être exposé au conflit (Marie-Therese Fay, Mike Morrissey and Marie Smyth, Northern Ireland’s Troubles: The Human Costs, London: Pluto Press, 1999, pp.133-146).

Une étude de l’Université d’Ulster dénombre 3.526 personne tuées suite au conflit entre juillet 1969 et décembre 2001, dont 3.269 en Irlande du Nord, 125 en Grande Bretagne, 114 dans le sud de l’Irlande et 18 ailleurs en Europe (http://cain.ulst.ac.uk/sutton/). En termes absolus, qu’en trente années de conflit un peu plus de 3.500 personnes soient tuées peut sembler peu, surtout si on compare cela à des guerres majeures, comme au Congo par exemple qui dépasse le million de morts. Mais en termes relatifs, à l’échelle de l’Irlande du Nord qui compte environs un million et demi d’habitants, c’est beaucoup plus significatif.

Brendan O’Leary et John McGarry soulignent que « près de 2% de la population d’Irlande du Nord a ete tuée ou blessée à cause de la violence politique », soit près d’une personne sur cinquante. « Relativement à la population, cela representerait plus de 100.000 personnes tuées en Grande-Bretagne durant la même periode, et aux USA cela aurait representé plus de 500.000 morts suite à la violence politique, soit dix fois que le nombre d’Americains tués lors de la guerre du Vietnam. » (Brendan O’Leary and John McGarry, The Politics of Antagonism: Understanding Northern Ireland, London: The Athlone Press, Second Edition, 1996, pp.12-13).

C’est pour cela qu’il est légitime de classifier le conflit comme une « guerre », parler seulement de « troubles » est un « euphémisme » (Ibid, p.18).

A cause du conflit, plus de 7.000 parents ont perdu un enfant, 14.000 grands-parents ont perdu un de leurs petits-enfants. On estime a 3.000 le nombre de personnes ayant perdu un conjoint, 10.000 enfants ont perdu un parent, et 15.000 un frère ou une soeur. Quelque 45. 000 personnes ont perdu un oncle ou une tante, et 21.000 une niece ou un neveu. Cela fait en tout 115.000 personnes qui ont perdu un membre de leur famille à cause de la violence politique (Karola Dillenburger, Response, in B. Hamber, D.Kulle, R.Wilson (eds), Future Policies for the Past, Belfast: Democratic Dialogue Report n°13, février 2001).

Cela représente une personne sur onze en Irlande du Nord.

Sur les 3.747 victimes du conflit recensées entre 1966 et 2006, l’édition 2007 du livre Lost Lives fait le décompte suivant:

Forces de sécurité : 1039 (27,7%)
Activistes républicains : 395 (10,5%)
Activistes loyalistes: 167 (4,4%)
Civils catholiques: 1259 (33,6%)
Civils protestants: 727 (19,4%)
Non classifiables : 160 (4,2%)
(Source: David McKittrick, Seamus Kelters, Brian Feeney and Chris Thornton, Lost Lives: The stories of the men, women and children who died as a result of the Northern Ireland troubles, Edinburgh: Mainstream Publishing Company, Revised and updated edition, 2007, p.1555)

Il faut noter que dans la catégorie ‘civils protestants’, environ 20% ont été tués par des loyalistes, car ils les prenaient pour des Catholiques.

Le décompte des victimes montre que les deux catégories les plus importantes sont les ‘civils catholiques’ tués par les forces de sécurité et les groupes loyalistes et les ‘forces de securité’ tués par les organisations républicaines. Les ‘civils catholiques’ représentent le groupe le plus important de victimes du conflit.

Une étude de l’Université d’Ulster et des Nations-Unies dénombre 3.593 morts suite au conflit entre 1969 et 1998, et calcule que 1543 sont Catholiques (comprenant 355 militants républicains).

Sont responsable de ces 1543 morts:
Tues par des Republicains: 381 (24,7%)
Tues par des Loyalistes: 735 (47,6%)
Tues par les forces de sécurité : 316 (20,5%)
Non-classifiables: 111 (7,2%)
(Source: Marie Therese Fay, Mike Morrissey and Marie Smyth, Mapping Troubles-Related Deaths in Northern Ireland 1969-1998, INCORE (University of Ulster & The United Nations University), Second edition with amendments reprinted 1998, Table 1.1 Deaths by Religion by Organisation Responsible).

Statistiquement, le groupe ayant eu le plus de chance d’être tué au cours du conflit est celui des ‘civils catholiques’, dont plus de 800 ont été tués par les groupes loyalistes et les forces de sécurité. Les médias ne se font pas écho de cette vérité de base.

Roy Greenslade, ancien éditeur du quotidien britannique The Daily Mirror et aujourd’hui commentateur à The Guardian a montré que les médias font une « hiérarchie des victimes » du conflit, dans laquelle les Britanniques tués par l’IRA recoivent le plus de couverture médiatique, et les civils catholiques tués par les Loyalistes le moins de couverture médiatique. Le groupe de victimes quantitativement le plus important du conflit est donc celui qui est le plus invisible dans les médias (Roy Greenslade, A Hierarchy of Death, The Guardian 19 avril 2007 and 21 juin 1999).

Si on prend en compte le fait qu’il y a proportionnellement plus de Protestants que de Catholiques dans le Nord, le danger auquel les civils catholiques sont exposés apparaîtra d’autant plus grand.

« Il est évident que les civils Catholiques ont souffert plus que les civils Protestants autant en termes relatifs qu’absolus. » (Brendan O’Leary and John McGarry, The Politics of Antagonism: Understanding Northern Ireland, London: The Athlone Press, Second Edition, 1996, p.34). Les Catholiques représentent un tiers de la population de l’Irlande du Nord, mais constituent trois cinquièmes des victimes civiles du conflit.

Si dans une étude, des autorités académiques de l’université de Cambridge notent que « aucune des communautés en Irlande du Nord ne possède le monopole de la souffrance. Autant parmi les Catholiques que parmi les Protestants, des centaines de personnes ont ete tuées et des milliers d’autres blessées », ils notent cependant « qu’en termes relatifs, il est indéniable que ce sont les Catholiques qui ont le plus souffert, car c’est contre eux qu’a été dirigée la plus grande partie de la répression et de la discrimination. La plupart des dizaines de milliers de personnes ayant été emprisonées pour des ‘activités terroristes’ étaient Catholiques, et de même la majorite des victimes des assassinats sectaires [à motif confessionnel] était Catholique. » (Bob Rowthorn and Naomi Wayne, Northern Ireland: the political economy of conflict, London: Polity Press, 1988, pp.6-7)

Les ‘civils catholiques’ sont plus exposés au risque d’être tués que les ‘forces de sécurité ’ , mais très peu de moyens ont été investies pour leur protection. Les forces de sécurité ont été avant tout impliquées dans une opération de contre-insurrection, et non de «maintien de la paix », et ont concentré leurs moyens dans la lutte contre les organisations républicaines plutôt que dans la protection des civils catholiques.

Cela illustre bien le fait qu’il y a deux campagnes de violence en Irlande du Nord, une étant l’insurrection des organisations républicaines contre l’Etat britannique, l’autre étant la contre-insurrection de l’Etat et des groupes loyalistes non seulement contre les activistes republicains, mais l’ensemble de la population catholique.

Les statistiques suivantes le confirment:
Victimes Civiles du conflit en Irlande du Nord, 1969-1998:
Pourcentage de victimes civiles tues par les groupes suivants:
Forces de sécurité : 54,4%
Republicains: 35,6%
Loyalistes: 87,2%
(Source: Calculé sur base de Marie Therese Fay, Mike Morrissey and Marie Smyth, Mapping Troubles-Related Deaths in Northern Ireland 1969-1998, INCORE (University of Ulster & The United Nations University), Second edition with amendments reprinted 1998, Table 1.2 Political Status of Victims by Organisations Responsible for Deaths).

Plus de la moitié des personnes tuées par les forces de sécurité étaient des civils, moins d’un tiers de ceux tués par les républicains étaient des civils, et près de neuf victimes sur dix des loyalistes étaient des civils, la vaste majorité ayant été simplement tues parce qu’ils étaient catholiques, ou semblaient l’être.

Si le ‘terrorisme’ signifie généralement la violence contre des civils pour des fins politiques, la ‘guerre’ se réfère au conflit armé contre des cibles politiques et militaires. Si ces termes sont appliques au conflit en Irlande du Nord, les statistiques montrent que les organisations républicaines, les seuls participants au conflit officiellement designés comme ‘terroristes’, sont en fait celles qui avaient le moins de chance de tuer des civils et qui menaient des actions plus discriminées que les forces de sécurité britanniques et les groupes loyalistes.

Et si on entend la définition de ‘terrorisme’ comme le fait de tuer des civils par intention délibérée (plutôt que par accident) le terme s’appliquerait exclusivement aux loyalistes. Mais les autorités et les médias continuent à parler des ‘terroristes républicains’…


Source : Libération Irlande / La lutte continue 

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