Irlande : les anglais hélas toujours là, des nouvelles d'une lutte actuelle

Publié le par dan29000

bloodyVu l'absence préjudiciable d'informations sur les résistances  à l'occupation anglaise en Irlande du Nord, nous publions un article issu d'un site particulièrement riche :

 

Libération Irlande

 

Nous nous ferons écho plus ou moins régulièrement de leurs articles.

 

 

 

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L’ascension sanglante du républicanisme dissident »
avril 17th, 2010

Voici pour vous lectrices et lecteurs un article particulièrement intéressant, traduit de la presse bourgeoise (Sunday Tribune, du 4 avril 2010), mais indiquant néanmoins des bouts de vérité puisqu’il faut bien que les dominants soient mis au courant de ce qu’ils dominent. On y apprend que le soutien au républicanisme authentique (nommé « dissident ») existe et augmente, en liaison avec la trahison du mouvement provisoire. Il y a quelques années, l’opinion chez les dominants britanniques et leurs valets était que les républicains insurgés n’étaient que des « hillbillies » (des ploucs violents des bois). Aujourd’hui, la révolte révolutionnaire portée par les républicains est diffuse et remplit d’inquiétude les institutions de l’oppression.



Le Sinn Féin, même s’il est fort du point de vue électoral, ne possède pas d’influence sur les nationalistes dissidents, qui cherchent un soutien renouvelé dans les communautés traditionnellement républicaines, nous dit Suzanne Breen.

Ils étaient voués à être relégués dans l’histoire. Ce week end, alors que les gens se rassemblent dans toute l’Irlande pour commémorer le Soulèvement de Pâques, on trouve des hommes et des femmes qui sont encore prêts à prendre les armes contre les Britanniques. Ces gens sont vigoureusement opposés à la fois aux gouvernements de Londres et de Dublin. Leurs opinions sont rejetées d’une façon tonitruante par la majorité du peuple irlandais. Mais cela ne les dérange pas.

L’un de ces républicans dissidents nous dit : « Les paroles de Patrick Pearse en 1915 sont aussi pertinentes hier qu’aujourd’hui, quand il disait : ‘Nous n’avons rien à nous reprocher, pas de doutes ni de questionnements intérieurs. Nous avons la force et l’égalité d’âme de ceux qui ne se compromettent jamais’. » Il y a un an, la Real IRA sortit de l’ombre à Massereene en tuant deux soldats britanniques, et montra que le républicanisme armé était une force que le 21è siècle devait reconnaître. Deux jours plus tard, la Continuity IRA tua Stephen Carroll, un officier du PSNI. Les médias prédirent alors une imminente frénésie d’activité de leur part. Mais il n’en fut rien. Les dissidents opèrent en suivant un planning qui leur est propre. Ils sont restés tranquilles un bon moment, sachant que que les services de sécurité surveillaient leurs moindres mouvements. Ce ne fut que trois mois plus tard, en août, qu’ils commencèrent à se rassembler.

Depuis lors, il y a eu des tentatives de meurtre sur la personne de policiers et de juges, des bombes posées près d’un tribunal et d’un commissariat, avec en outre des tentatives d’attaque au mortier et à la mine. Derry, Belfast, l’est- Tyrone, le comté d’Antrim, le sud-Armagh, le comté du Fermanagh, le nord-Armagh, le sud du comté de Derry – telles sont les zones géographiques où l’activité dissidente croît et où ils gagnent à leur cause des activistes dans les bastions traditionnels de l’IRA provisoire.

L’activité dissidente, au grand dam du gouvernement irlandais, monte en puissance le long de la frontière. Les dissidents revendiquent la destruction d’un gang de dealers dans le Cavan, en janvier dernier la Real IRA a tué un dealer d’héroïne à Cork et a menacé de recommencer. Le ministre de la Justice Dermot Ahern a parlé officiellement de « poches significatives » de dissidents dans la République.

Mais alors qui rejoint ces groupes et pourquoi? Les leaders sont-ils des militaristes sans cervelle ou bien ont-ils une stratégie? Ont-ils l’intention de parler aux Britanniques ou ne sont-ils intéressés que par la guerre? Sont-ils des « gangs de criminels » comme les qualifient Martin McGuiness du Sinn Féin et Matt Baggott le chef du PSNI? Le Sinn Féin a-t-il une influence sur eux?

S’alarmant de la menace dissidente croissante, Ahern a dit : « C’est une bataille constante. Dès qu’on en met quelques uns en prison, d’autres éclosent. » A Lurgan, un membre du Republican Sinn Féin et ancien prisonnier de la Continuity IRA, Martin Duffy confirme : « Le niveau du soutien à la résistance contre la domination britannique est très élevé par ici, et il grandit tout le temps. J’ai été emprisonné en 1998 pour la possession d’une AK-47 quand j’avais 28 ans. J’étais le seul prisonnier républicain à Maghaberry après la signature de l’Accord du Vendredi Saint. Aujourd’hui, il y a 10 hommes de Lurgan en prison. La menace de l’emprisonnement n’a jamais fait reculer les républicains et ne les fera jamais reculer. »

Duffy précise que le cumann [comité] local du Republican Sinn Féin a 30 membres. Il ajoute : « Ici, nous vendons 500 copies de notre journal Saiorse chaque mois. Les médias ne publient pas nos déclarations, alors nous distribuons des tracts au porte à porte. Des gens sont régulièrement arrêtés. J’ai été libéré il y a cinq mois. Cette année, sept membres d’une seule famille se sont fait arrêter. Cela ne décourage personne. »

En février, la police a été attaquée à coups de pierres et de barres de fer en pénétrant dans deux localités du Lurgan. « Ils traitaient toutes les personnes qu’ils voyaient de « bâtards de fenians » et ils ont tiré trois balles en plastic » raconte Duffy. « Un jeune gars en a reçu une dans le ventre, mais cela n’arrête pas la résistance. » Jason Murphy, le commissaire du PSNI de la zone a averti les dissidents qu’ils devaient « s’attendre à ce que la police vienne frapper à leur porte ». Il lui fut répondu : « Attendez-vous à des portes piégées ».

Pour des républicains comme Duffy, Gerry Adams est un comble du ridicule. La semaine dernière, le leader du Sinn Féin a pris l’hélicoptère de Belfast à Dublin pour retrouver à l’heure du dîner un riche business man. La location d’un hélicoptère de ce type coûte 2.200£. « Adams a perdu la boule » dit Duffy. « Ne pouvait-il pas y aller en voiture? Les républicains traditionnellement n’utilisent les hélicos que pour s’évader de prison. Le mode de vie de Gerry Adams est à des années lumière des nationalistes ordinaires de la classe ouvrière. Il se la joue leader mondial ou star hollywoodienne. »

Au sujet de la violence républicaine, Dermot Ahern a dit : « La menace sur cette île est aussi dangereuse qu’à l’époque des Troubles ». Ahern se trompe. Bien qu’elle monte en puissance, la campagne dissidente n’a rien à voir avec le niveau atteint par les Provisoires au plus fort du conflit.

La Real IRA, qui s’est rendue responsable de la plupart des attaques depuis Massereene, est l’organisation la plus meurtrière. Toutefois, c’est Oglaigh na hEireann (ONH), un groupe sorti de la Real IRA, qui a failli causer la mort d’un personnel de police du PSNI en janvier : Peadar Heffron, blessé grièvement dans sa voiture piégée.
« ONH a toute une volée de membres à Derry, Dublin et dans les comtés au sud de la frontière » d’après une source. « L’organisation est très forte dans le sud-Armagh et en particulier à Belfast où son commandant a été très dynamique au point de vue du recrutement. Il y a eu une vague d’adhésions et ils sont armés jusqu’aux dents. Cet homme a construit quelque chose à partir de rien en un espace de temps très bref » nous dit la source.

ONH a 60 membres à Belfast, bien que principalement investis dans les « attaques punitives », que l’organisation considère comme un moyen de gagner de la popularité et une réputation dans les quartiers populaires.

Mais le plus grand danger pour les forces de sécurité vient d’un groupe indépendant de républicains aguerris, basé dans le sud-Derry, le nord-Armagh et l’ouest-Belfast, qui a récemment quitté les Provisoires, considérés comme vendus. A Belfast, ce groupe inclut des hommes qui étaient parmi les meilleurs militaires de l’IRA, avec beaucoup de titres sur leurs galons. Ces républicains indépendants travaillent à la fois avec ONH et avec la Real IRA, mais refusent de rejoindre l’un ou l’autre groupe à la fois pour des raisons de sécurité et aussi parce que cela leur laisse plus de champ libre. La confiance tacite qui lie ces hommes, qui ont presque tous la quarantaine, s’est développée pendant leurs années passées chez les Provisoires.
ONH a fait de grands progrès dans la science de la voiture piégée. La bombe de 250 livres de la Real IRA qui a explosé près du tribunal de Derry le mois dernier prouve que cette organisation a fini par trouver le bon « mix » dans la confection d’engins artisanaux. Des sources expliquent qu’ONH est contre l’utilisation de telles bombes dans des voitures ou des camionnettes, car ONH considère comme trop grand le risque de pertes civiles en cas de défaillance dans les alertes. Cependant, la voiture piégée reste une partie intégrante de la campagne de la Real IRA.

Au sujet du conflit actuel, la Real IRA voit les choses à long terme. Une source républicaine explique que « l’IRA s’est placée sur du long terme. Personne ne pense que le retrait britannique est au coin de la rue. Il s’agit de porter des coups à la politique de normalisation qui fait passer le conflit pour réglé. Il s’agit de maintenir en vie le républicanisme et de montrer aux Britannniques que tant qu’ils restent en Irlande, il y aura toujours des gens prêts à leur résister. »

En tuant le dealer d’héroïne avéré Gerard ‘Topper’ Staunton à Cork, la Real IRA tente de gagner le soutien des communautés urbaines de la classe ouvrière dans la République, exactement comme le faisaient les Provisoires autrefois.

Dans une déclaration, la Brigade de Cork de la Real IRA a dit qu’elle avait « une liste de dealers de drogue marqués pour l’exécution ». Elle a accusé d’inaction les gardai et les tribunaux. Elle a nommé comme cible un homme qui a écopé d’une peine avec sursis après la plus grande capture d’héroïne jamais vue à Cork. La Real IRA a fait cet avertissement qui donne la chair de poule : « Si cette affaire n’est pas rejugée, nous allons nous octroyer le rôle de juge et de bourreau. »

La Sunday Tribune comprend que le gouvernement cherche à parler à tous les groupes dissidents. Mais il paraît que la Real IRA n’est pas interessée. Une source républicaine affirme : « La lutte armée n’en est pas du tout au point de convaincre les Britanniques de se retirer, dans ces conditions de quoi se parleraient-ils? La seul chose que les Britanniques pourraient chercher avec ce genre de conversations, c’est d’acheter l’IRA. Les Britanniques tenteraient d’offir des garanties ou des emplois en échange de l’arrêt de la lutte. Mais si les leaders de l’IRA étaient intéressés par ce genre de choses, ils seraient restés avec les Provisoires. Les Britanniques n’arrivent pas à comprendre l’IRA. » ONH, tout comme la Real IRA, n’a pas de canal de communication avec les Britanniques. Mais selon certaines source, ONH pense qu’il serait « stupide d’édicter qu’on ne parlera pas aux Britanniques dans l’avenir. »

Les républicains dissidents ont une piteuse idée des capacités du PSNI. Vingt minutes après l’explosion de la bombre de la Real IRA au tribunal de Newry, la police a reçu l’information que le véhicule emprunté pour la fuite était en feu à Dromintee, dans le sud-Armagh. La voiture, qui pouvait contenir des preuves, gisait là, abandonnée depuis deux jours. Puis elle fut portée disparue – les gens du coin disent que ce sont des Travellers qui l’ont empruntée – avant que le PSNI ne la retrouve. La police manque sérieusement de ressources dans le sud-Armagh, et les dissidents ne les ratent pas : « Ils sont à la masse. Les vieilles vaches du RUC, qui avaient plus de jugeotte, sont à la retraite ou bien si elles sont restées, elles ne se font plus d’illusions sur le PSNI, elles s’en battent l’oeil« , affirme un republicain.

Toutefois, les dissidents ne se vantent pas : « La clé, ces derniers temps, c’est le renseignement que la police obtient du MI5. Les services de sécurité n’ont plus qu’à attendre l’ordre d’aller prendre les gens. Il y a eu des anvancées technologiques énormes depuis 1994. Nous faisons face à une force encore plus grande qu’à l’époque des Provos. Tous les groupes républicains sont inflitrés, la question, c’ est dans quelle mesure ils le sont, et comment on réussit à combattre l’inflitration. » Le MI5 dépense 40 millions de £ chaque année pour la contre-insurrection dans le Nord. Il emploie 400 personnes dans sa super base d’Hollywood, dans le comté de Down, et 60% des opérations clandestines et des informations électroniques qui sont interceptées au moyen d’engins enregistreurs concernent les dissidents.

Le mois dernier a été fructeux pour les services de sécurité. Quatres habitants de Belfast, âgés de 18 à 34 ans, ont été accusés de possession d’armes au cours d’un contrôle routier.

A Armagh, deux autres hommes ont été accusés : Niall Ward (23 ans) en possession d’une bombe, et William Wong (21 ans) dont le père est Malaisien – en possession de gants en latex et d’un briquet en vue de préparer un acte terroriste. Lors de leur comparution, 25 de leurs partisans étaient là pour les applaudir et les encourager.

Les Provisoires enregistrent des départs, y compris de membres très âgés, dans l’est-Tyrone. Cependant, Derry reste la plus grande base des dissidents. La semaine dernière, le Mouvement pour la Souveraineté des 32 Comtés a distribué en ville 5000 exemplaires gratuits de son magazine, Beir Bua.

Michael Gallagher (30 ans), membre du Mouvement pour la Souveraineté autrefois emprisonné pour des actions criminelles au sein de la Real IRA affirme que « les républicains n’écoutent littéralement plus le Sinn Féin. Quand Martin McGuiness a commencé à parler lors du rassemblement pour le Bloody Sunday en janvier, presque la moitié de la foule est partie. »

Le mois dernier, le chef du PSNI Matt Baggott a comparé les dissidents aux gangs de rue de Brixton, et Martin McGuiness a dit de la Real IRA qu’elle n’était « pas une armée, mais un gang. » Gallagher dit évasivement : « Martin McGuiness est un ministre de la couronne britannique et Matt Bagott est à la tête de l’aile militaire de l’Etat britannique. C’est juste le dernier Anglais en date à criminaliser les républicains. » Un autre républicain de Derry affirme : « Martin McGuiness était lui-même dans les rues au début des années 70 quand les Brits taxaient les émeutiers républicains de ‘Jeunes Hooligans de Derry’. Il n’y a rien de nouveau là-dedans. »

Le mois dernier, le Mouvement pour la Souveraineté a envoyé des lettres dans les boutiques et cafés de Derry pour les enjoindre de ne pas servir le PSNI. Un employé de 24 ans a donc été licencié du supermarché de Sainsbury pour avoir refusé de servir un policier. L’année dernière, les dissidents ont fait irruption dans des meetings des Partenariats de Police de District (DPP) à Derry l’année dernière, qui désormais se tiennent dans la partie unioniste de Waterside à Derry.

Eamonn McCann, l’ancien leader des droits civils explique que même s’il n’y a pas d’appetit pour un retour en guerre, les dissidents jouissent de plus de soutien passif que ne le prétendent les gens comme il faut. « Des communautés entières ont été laissées en plan. Elles n’ont reçu aucun dividende de la paix. Les gens continuent de vivre à l’arrache avec peu de services de santé et d’éducation, avec des emplois mal payés ou pas d’emploi du tout. Ces gens voient à la télé les faces réjouies de l’élite politique de Stormont grassement récompensée, et ils savent qu’ils ont été abandonnés. Ils pensent ainsi ‘Eh bien, même si nous ne sommes pas d’accord avec les dissidents, au moins ils continuent à se battre’. »

Anthony McIntyre, ex-prisonnier de l’IRA, aujourd’hui très opposé à la ‘lutte armée’, dit que le Sinn Féin ne peut pas défier les dissidents : « Ils les qualifient de groupuscules. Mais l’IRA a toujours été un groupuscule qui ne s’est jamais soucié de mandats électoraux. La Real IRA est plus forte que ne l’était l’IRA en 1940. La Real IRA en est au même point que les Provos au début du conflit en 1969. Sauf que de grands événements fortement émotionnels se sont rajoutés – le couvre-feu de Falls Road, la Bataille de Bombay Street, l’internement et le Bloody Sunday – qui ont mené à un plus grand soutien au Provos. Les dissidents manquent d’un tel catalyseur. Je ne crois pas les Britanniques stupides au point de répéter les erreurs du passé, mais sait-on jamais? Il y a quelques années, les Paras étaient tout prêts d’ouvrir le feu sur des nationalistes qui protestaient contre des marches loyalistes à Ardoyne. Cela aurait été le nouveau Bloody Sunday. »

McIntyre dit que le Sinn Féin est une réserve de blagues entre républicains : « Le parti nous vend maintenant son eau de source ‘Only our rivers run free’ qui donnent ‘le goût de l’Irlande Unie’. Voilà qui dit tout. Il n’y a plus de stratégie. Le Sinn Féin, ce n’est plus que des poses et du culte de la personnalité autour de Adams et McGuiness.
Le Sinn Féin n’a certainement plus aucune influence sur les dissidents. Après que Gerry Adams fut apparu lors du documentaire de Channel 4 en Terre Sainte parlant à propos de la vie de Jésus, des graffiti dans Falls Road disaient : Gerry Adams, what a w***er [ Gerry Adams, quel br***eur] »

Le Sinn Féin reste fort du point de vue électoral dans la population nationaliste. Mais dans la communauté traditionnellement républicaine, parmi les gens qui ont soutenu les Provisoires bec et ongles pendant le conflit, les dissidents trouvent des portes ouvertes.


Posted by Adminus, in Analyse 

 

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