Irlande : les Travellers, regard sur une minorité opprimée

Publié le par dan29000

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Les Travellers d’Irlande, minorité opprimée
 

Nous vous parlions en avril des Travellers, les gens du voyage, au sujet du film Le Cheval venu de la Mer. Voici un article écrit en décembre 2008 par Yolaine Maillet, sur quelques aspects de la condition de cette minorité nomade particulièrement opprimée. Les Travellers sont « autochtones », ils ne sont pas des Roms, mais le parallèle avec le sort des Roms en France et dans le reste de l’Europe s’impose.

La communauté des Travellers d’Irlande a connu un taux de suicide cinq fois plus important que la population sédentaire en 2005. Le risque de suicide est trois fois plus élevé chez eux que chez les autres Irlandais. C’est ce que révèle une étude conduite par le ministère irlandais de la justice entre 2000 et 2006 et publiée le 9 décembre 2008.

Les Travellers sont les Gitans d’Irlande. Enfin pas tout à fait puisque sous l’empire britannique, les scientifiques les avaient classés dans la dernière catégorie de la hiérarchie coloniale sociale – après les castes d’Inde. La société post-coloniale irlandaise est toujours restée sur cette image du Traveller (« voyageur, itinérant » en français) hors caste.


Le racisme anti-Traveller existe en Irlande. Il se fait souvent sentir de manière forte. L’exclusion en est la principale manifestation. Les Travellers se voient facilement interdire l’accès aux pubs, aux restaurants et dans certains magasins. Des écoles leur sont réservées mais l’enseignement qu’on y pratique ne correspond ni à leur langue, ni à leur culture.

Les Travellers ont toujours été perçus comme les « colonisés des colonisés » en Irlande. Que ce soit par les Britanniques ou par les Irlandais eux-mêmes.

Leurs origines remonteraient à plus de huit siècles lorsque des communautés ont commencé à se détacher du groupe pour vivre en nomades. Les paysans chassés de leurs terres par les troupes de Cromwell au 17e siècle puis les survivants de la Grande Famine de 1845 auraient ensuite rejoint ces groupes de populations itinérantes.

Les Travellers ont au cours des siècles développé une culture avec ses rites, ses activités et sa langue propres. Ils ne parlent pas anglais entre eux. Ni gaélique. Ils parlent le sherta (ou gammon ou cant), une langue qui n’est évidemment pas reconnue par le gouvernement irlandais. Pas même comme dialecte.

Dans les années 1960, les autorités irlandaises leur ont imposé la sédentarisation dans des quartiers vite devenus des ghettos. Les Travellers souffrent des mêmes clichés que ceux dont souffrent les Gitans d’Europe : voleurs, paresseux, violents. Leur intégration à la société irlandaise reste très difficile. Le désespoir a remplacé la fierté des origines.

L’alcool aide à accepter un mode de vie sédentaire qui les empêche de pratiquer leurs métiers traditionnels (ferrailleurs, pour la plupart – les Tinkers). L’alcool aide aussi les hommes devant les insultes des « sédentaires » qui les accusent de profiter du système d’aide sociale – puisqu’ils ne peuvent plus travailler comme ils l’ont toujours appris. L’alcool permet aussi de supporter le mépris des institutions quand leurs caravanes arrivent devant des terrains jusque là réservés à leurs campements et dont l’accès est désormais impossible.

Chez les Travellers, le risque de suicide chez les hommes est neuf fois plus élevé que chez les femmes.

 

 


Source : LibérationIrlande

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