Israël perd encore la bataille de l'image face aux pro-palestiniens dans le monde

Publié le par dan29000

 

Israël perd la bataille de l'image face aux pro-palestiniens

Arrêtés, interdits d'entrée, expulsés : les militants de l'opération Bienvenue en Palestine ont réussi à piéger Israël.


Quand un militant pro-palestinien souhaite se rendre dans les territoires occupés via Israël, il cache la véritable motivation de son voyage pour ne pas être refoulé à la frontière : officiellement, c'est un touriste.

Les participants de l'opération Bienvenue en Palestine ont eux choisi de ne pas dissimuler l'objet de leur déplacement.

Le 5 juillet, le ministre de la Sécurité publique israélien Yitzhak Aharonovitch a mis en garde les militants, qu'il qualifie de « hooligans » : « S'ils embarquent, ils seront expulsés dès leur arrivée à Tel Aviv. »

Le 7 juillet, veille de leur départ, 342 membres de Bienvenue en Palestine ont reçu dans plusieurs pays une lettre de leur compagnie aérienne expliquant qu'il ne serait pas possible d'effectuer leur vol.

« Israël se prépare à la guerre, pas à une protestation »

Joint par Rue89, Elad Rakson, directeur des relations publiques à l'ambassade d'Israël à Paris, explique que c'est la première fois que l'Etat hébreu envoie une telle requête aux compagnies aériennes françaises :

« Les citoyens de notre pays ont le droit de manifester, mais pas les étrangers. »

124 militants, dont la plupart sont français, ont malgré tout réussi à se rendre à Tel Aviv où ils ont été arrêtés. Ils ont passé la nuit en prison en attendant d'être expulsés.

La manière dont Israël a géré l'arrivée des militants est critiquée à l'intérieur même du pays pour sa démesure. Dans un article intitulé « Hystérie à l'aéroport », le quotidien Yediot Aharonot a déploré à la veille de l'opération :

« Nous avons reçu des rapports militaires de divers ministères. On nous a informé sur les préparations des services de renseignements, […] sur les meetings tenus par des responsables haut-placés, […] les détectives sous couverture, […] le renforcement de la sécurité […]. Israël se prépare pour la guerre, pas pour une protestation. »

« Une action juridiquement faible, mais politiquement très bonne »

L'éditorialiste de Haaretz Bradley Burston est lui aussi sur la réserve :

« Le message du gouvernement reste : “Haïssez les activistes pro-palestiniens”. […] Une démocratie qui n'est pas capable d'autoriser les protestations non-violentes a déjà elle-même un peu disparu. »

Avocat spécialiste du conflit israélo-palestinien, Gilles Devers explique à Rue89 qu'Israël était dans son droit en prévenant les compagnies aériennes :

« Un pays n'est jamais tenu d'accueillir des étrangers, sauf s'il fait partie d'une zone de libre-échange comme l'Union européenne où la circulation est un droit. Juridiquement, l'action des militants est faible, mais politiquement, elle est très bonne. »

Car il semble que l'Etat hébreu s'est fait prendre au piège, comme le déplorent certains médias israéliens. En affirmant que « les services de communication d'Israël ont offert leurs fins services gratuitement », le journal Yediot Aharonot montre que le gouvernement a donné à Bienvenue en Palestine une visibilité rêvée. Xavier Renou du mouvement des Désobéissants, qui a participé à l'opération, acquiesce :

« Nous savions qu'une fois arrivés à [l'aéroport] Ben Gourion, nous allions nous faire expulser. Les associations palestiniennes nous ont demandé de venir massivement et ouvertement afin de prouver qu'un blocus existe également sur la Cisjordanie et pas seulement sur Gaza. »

L'action des pro-palestiniens non-violents, « rente médiatique »

Benjamin Ferron, dont la thèse porte sur les stratégies médiatiques des mouvements pro-palestiniens, prône la nuance :

« Ils n'ont pas comme unique but d'alerter les médias, ce sont des volontaires non-violents qui sont actifs aux côtés des associations palestiniennes de Cisjordanie. »

Les militants pro-palestiniens sont cependant en partie garants de la visibilité des Palestiniens à l'étranger. Venus pour la première fois de manière importante en Cisjordanie à partir de la première intifada, ces observateurs internationaux ont eu une action efficace :

« Sur le plan international, cette rente médiatique a servi : les accords d'Oslo ont été signés -même si ceux-ci sont clairement favorables à Israël. »

La communication médiatique, enjeu du conflit israélo-palestinien

Xavier Renou précise que Bienvenue en Palestine s'inscrit dans le sillage d'actions similaires :

« C'est dans la dynamique des flottilles. En décembre 2009, nous avions déjà tenté d'ouvrir la frontière entre l'Egypte et Gaza à Rafa, qui était fermée. C'est systématiquement la même démarche. »

La communication faisait déjà partie intégrante du voyage de la flotille Mavi Marmara qui voulait briser le blocus de Gaza. Connectés sur Twitter et Facebook durant tout le voyage, les passagers ont pu contre-balancer les vidéos de l'assaut diffusées par l'armée israélienne.

Mis à jour le 11/07/2011 à 16h05 : modification de la citation de Benjamin Ferron.


Publié dans Monde arabe - Israël

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