Italie, Rosarno : un an après la révolte, presque rien n'a changé pour les africains

Publié le par dan29000

 

 

 

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Un an après la révolte de Rosarno, les africains revendiquent encore le respect de leurs droits
12 janvier 2011 par Charlotte

 

 

 

 

 

Le 7 janvier 2010 éclatait la révolte des africains de Rosarno, quasiment tous employés pour la récolte des oranges. Le bruit court que deux africains auraient été tués par balle, cela s’avèrera n’être qu’une rumeur, mais cela sera le déclencheur d’une situation explosive : environs 2500 africains vivent sur le territoire de la plaine de Rosarno afin de travailler à la récolte des oranges. Travail à la journée, des salaires de misère (environ 25 euros par jour), sans protection sociale, sans contrat, sans logement décent (des centaines de personnes vivent entassées dans des usines désaffectées, sans eau ni électricité), sans papiers, sans droits. Durant la révolte plusieurs africains seront gravement blessés, et 350 personnes seront déportées de la ville sur la base de leur couleur de peau, la police se disant incapable d’assurer leur sécurité.

Le 7 janvier 2011, près de 350 africains manifestent à nouveau dans les rues de Rosarno et de Reggio Calabria, capitale administrative de la province. Le cortège a été organisé par la Communauté des Migrants de Rosarno, la Confédération Générale du Travail Italienne (CGIL) et le réseau associatif ReteRadici. Parmi les manifestants, beaucoup étaient à Rosarno lors de la révolte de l’année passée, et sont ensuite revenus travailler. D’autres vivent désormais ailleurs et sont revenus à l’occasion de cette manifestation pacifique. Une manifestation qui se veut une réconciliation après l’explosion de violence de l’année passée. Les manifestants se prononcent en faveur d’une alliance entre petits producteurs, travailleurs et consommateurs afin de garantir le droit à une alimentation saine et socialement éthique. Mais les Rosarnais observent le défilé depuis leurs balcons et leurs devantures de portes sans s’y joindre. Les paysans ou les syndicats agricoles patronaux ne sont pas venus, et à Rosarno les regards sont souvent méfiants. Je suis déçue qu’au moins à Reggio les étudiants et autres citoyens n’aient pas rejoints le cortège... Quant aux autres saisonniers de la plaine, notamment les bulgares et les roumains, ils sont quasiment tous absents.

Les manifestants réclament « les droits et la dignité » : la régularisation, des salaires égaux, le droit à la protection sociale et à un logement décent, mais également la mise en place d’une concertation régionale sur le travail migrant en agriculture. Après une longue négociation, le préfet de Reggio Calabria propose la mise en place d’un camp avec des containers pouvant servir de logement à 250 personnes. Ils sont plus de 600 dans la plaine à vivre dans les même conditions d’insalubrité qu’il y a un an même si les usines où ils s’entassaient ont été détruites ou fermées : des cabanes et des garages, ouverts aux quatre vents, sans eau ni électricité… Des petits feu brûlent ici et là, la grande flaque en face fait office de toilettes, certains dorment dans des tentes, les couvertures manquent… Et il y a ce regard inquisiteur des vieux rosarnais qui campent sur la place principale, regard qui désapprouve une simple discussion entre une blanche et un noir… Affaire de couleur et de genre, ou comment le machisme rencontre la xénophobie…

Lentement, les choses changent cependant. Cette manifestation en est une preuve, l’élection d’Elisabetta Tripodi comme maire de la ville en est une autre. La nouvelle maire membre du Parti Démocratique (principal parti d’opposition, de centre-gauche) se déclarait durant la campagne électorale favorable à une politique d’intégration des travailleurs étrangers. C’est aussi la première maire à s’être rendue sur les lieux de vie des africains, et elle vient de promettre la mise en place d’un camp pour 150 personnes, dans des containers avec accès à l’eau et à l’électricité, qui serait situé dans une des zones industrielles de la ville.

Mais la première préoccupation des manifestants est d’obtenir un titre de séjour, certains travailleurs sont présents depuis plus de dix ans en Italie sans avoir pu régulariser leur situation ! Les lois sur l’immigration Bossi-Fini sont tellement restrictives qu’elles ont contraints les autorités locales à une sorte de « sous-régularisation » : la préfecture a délivré des documents attestant la présence de ces saisonniers, document suffisant pour ne pas être arrêté et expulsé… Mais cette solution n’est qu’une demi-mesure, et les manifestants attendent encore une réelle réponse de la part des autorités nationales. Les associations de la ReteRadici sont ainsi engagées dans une négociation avec le Ministère de l’Intérieur afin de régulariser les 600 saisonniers africains en situation irrégulière qu’ils ont recensés dans la plaine. L’issue est encore incertaine, mais les choses évolueraient vers la régularisation de ces travailleurs.

Un an après la révolte, si la situation des travailleurs saisonniers n’a pratiquement pas bougé, cette révolte a eu le mérite de secouer les consciences, de réveiller les syndicats et les associations et d’obtenir le début d’un bout de réponse de la part des institutions. Un an après, rien n’a changé, mais tout a changé.

 

Source : échanges partenariats.org

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