Jénine : l'armée israélienne prend d'assaut le théâtre de la liberté

Publié le par dan29000

 

Jénine : le Théâtre de la liberté pris d'assaut par l'armée israélienne

Affiche annonçant la fermeture du cinéma Jénine, à Jénine (Florence Massena).

Début juillet, Rue89 évoquait la difficulté d'organiser des événements culturels à Jénine, en Cisjordanie, et revenait sur l'assassinat de Juliano Mer-Khamis, acteur israélo-palestinien et fondateur du Théâtre de la liberté.

Le 27 juillet à 3h30 (heure locale), l'établissement a été attaqué par une cinquantaine de soldats israéliens à l'aide, selon son cofondateur Jonathan Stanczak, de gros blocs de pierre. Deux membres, Adnan Naghnaghiye et Bilal Saadi, ont été arrêtés. Ils sont détenus à la prison de Jalame en Israël, où ils seraient toujours interrogés et où ils n'ont pas accès à un avocat.

Jacob Gough, directeur administratif du théâtre, précise qu'aucune charge ne pèse pour le moment contre eux. Personne ne sait si cette violente arrestation a un lien avec l'assassinat de Juliano Mer-Khamis ou la présence d'un des membres du théâtre dans la « Flotille de la liberté », qui souhaitait briser le blocus de Gaza. (De nos archives) (De Jénine) Jénine est une ville plusieurs fois meurtrie. L'assassinat le 4 avril de Juliano Mer-Khamis, acteur israélo-palestinien bien connu, devant le Théâtre de la liberté a précipité la fermeture des deux principaux établissements de Jénine, et plongé la ville dans la confusion.

Située au nord de la Cisjordanie, Jénine abrite un important marché agricole et une population d'environ 50 000 habitants, dont presque la moitié dans le camp de réfugiés voisin. Celui-ci a subi une attaque israélienne en avril 2002, nommée « opération Rempart » qui visait à dénicher des terroristes présumés après un attentat à Netanya, sur la côte israélienne, au nord de Tel-Aviv, où 29 personnes avaient trouvé la mort.

Durant cette attaque, une cinquantaine de Palestiniens avaient été tués et le cinéma de la ville, détruit. Le projet « Cinéma Jénine » avait pour but d'amener des habitants et des étrangers à travailler ensemble pour reconstruire le cinéma et en faire un lieu de détente, à rebours de son histoire sanglante.

Le projet était complété par la formation du Théâtre de la liberté, dans le camp de réfugiés.

Ces deux initiatives culturelles, lancées en 2006 et 2008, se voulaient porteuses de changement pour la population de Jénine, avec des projections, des représentations, ainsi que de nombreux ateliers pour les jeunes. L'ouverture du cinéma Jénine, le 5 août 2010, avait amené beaucoup de visiteurs, en majorité étrangers, et l'accueil des habitants avait été très positif.

« Nous voulons que tous les étrangers partent »

Mais le 4 avril donc, l'assassinat de Juliano Mer-Khamis devant les portes du Théâtre de la liberté a précipité la fermeture des deux principaux établissements de la ville. Malgré la volonté des volontaires sur place de maintenir les lieux ouverts, les événements se sont enchaînés, poussant les Allemands à partir. Tine se rappelle :

« Trois jours après, pendant la prière du vendredi dans la mosquée, des lettres de menaces contre les étrangers et les institutions culturelles ont été diffusées, on ne sait pas par qui. »

Au bout de quelques semaines, l'ambassade allemande a demandé à ses ressortissants résidant à Jénine de partir pour leur sécurité, forçant ainsi le cinéma et le théâtre à fermer par manque de moyens et de volontaires.
Tine est restée un mois alors que les autres bénévoles partaient un par un :

« Nous avions des officiers de police avec nous toute la journée, ils dormaient dans la même pièce, nous n'avions pas le droit de bouger sans autorisation… On ne peut pas travailler comme ça, sans liberté. »

Une scène d'extérieur du théâtre de la Liberté de Jénine à l'abandon (Florence Massena).A son retour en juin, Tine a d'ailleurs été immédiatement interpelée par la police de l'Autorité palestinienne, qui lui a conseillé de ne pas rester durant la nuit à Jénine. Peur qu'elle se trouve en danger, ou réelle volonté d'éloigner les étrangers de la ville ?

La confusion règne à Jénine

Aujourd'hui encore, personne ne sait qui est derrière le meurtre du directeur du Théâtre de la liberté, ni qui a écrit les messages de menaces à l'encontre des étrangers.

Fin avril, des gens ont tiré dans le camp, mais encore une fois le mystère reste complet. Rami, bénévole du théâtre, soutient que les activités continuent, mais à un niveau réduit :

« Maintenant, ces lieux sont entre les mains des Palestiniens, ce qui rend la situation compliquée car personne ne s'entend sur la façon de diriger. »

De fait, la confusion est le mot qui vient à l'esprit quand on rencontre les habitants qui s'occupent encore du cinéma. Dissensions internes, disputes, règlements de compte, la situation semble intenable sur place. Le départ précipité des Allemands a bouleversé la situation, les problèmes d'argent s'ajoutant au fur et à mesure.

Mais des personnes se battent encore pour que le cinéma rouvre, pour trouver des financements et réorganiser l'équipe, tandis que les responsables du théâtre de la liberté cherchent de nouveaux moyens pour attirer le public. « C'est tellement triste de voir la culture mise à mal de cette manière, et de voir comment un acte de violence peut affecter la vie de toute une population de la sorte », s'insurge Tine Mikliss.

La ville de Jénine déserte (Florence Massena).

Mais celle-ci reconnaît que le projet n'avait pas bien fonctionné dès le départ : peu de participants s'étaient inscrits aux ateliers, et peu de locaux assistaient aux projections.

Selon celle qui était chargée des relations presse du cinéma, le problème principal se situe au niveau de l'équipe, qui travaillait sans réelle harmonie et n'était pas à même de communiquer correctement sur les événements.

Selon Rami, la population locale, assez conservatrice, pourrait s'intéresser à ces projets s'il n'y avait pas une telle pression des groupes violents locaux.

Le cinéma Jénine essaye de se tourner vers l'avenir avec un projet de festival du cinéma palestinien soutenu par l'Institut franco-allemand de Ramallah.

Programme de la tournée de la troupe du Théâtre de la liberté, jusqu'au 15 juillet, sur le site de l'association UJFP.

► Article initialement publié le 03/07/2011.

 

Photos : affiche annonçant la fermeture du cinéma Jénine, à Jénine ; scène d'extérieur du Théâtre de la liberté de Jénine à l'abandon ; la ville de Jénine, déserte (Florence Massena).

Publié dans Monde arabe - Israël

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Keruzien 05/08/2011 14:08



La culture est partie prenante de toute résistance mais dans le cas de la Palestine, ça me semble encore plus vrai.
En effet sur cette terre où il y a tant  de barrières : Gaza soumise au blocus, israéliens enfermés sur eux-mêmes avec le mur, colonies juives en Cisjordanie comme des ghettos, à moins que
ce ne soit les villages palestiniens encerclés par les colonies qui ne deviennent des ghettos; la culture est indispensable pour s'ouvrir à l'autre.
Un discours politique rationnel ne peut être écouté, digéré,si le terreau n'est pas propice et la culture peut aider à ameublir une terre endurcie par la souffrance.
Israéliens et palestiniens ont en commun l'histoire de "leur" terre, leurs langues sont proches et si le gouvernement israélien s'en prend aux acteurs, au théatre, au cinéma, c'est bien qu'il se
sent menacé par eux.



dan29000 05/08/2011 17:06



Tout à fait d'accord avec ton commentaire, la culture est toujours partie prenante des résistances où qu'elles soient, d'où l'idée de "résister c'est créer" d'après le livre de Miguel Benasayag
qu'il faut lire, en attendant son prochain livre prévu d'ailleurs pour septembre...