JO de Londres : des missiles sur le toit d'un immeuble HLM

Publié le par dan29000

JO : ils ne veulent pas de lance-missiles sur le toit de leur immeuble

Renée Greusard | Journaliste Rue89
Envoyer l'article par email

L’avocat Martin Howe, devant la haute cour de Londres, en juillet 2012 (Renée Greusard/Rue89)

 

 

(De Londres) Dans l’est de Londres, le 27 avril dernier, les habitants de la Fred Wigg Tower ont reçu une lettre du gouvernement. Leur tour HLM avait été choisie pour accueillir des lance-missiles. En cas d’attaques terroristes aux Jeux olympiques, c’est de leur immeuble que l’armée britannique répliquera.

Martin Howe, petit homme jovial, est leur avocat. Il raconte l’absurdité de la nouvelle :

« Les lettres qu’ils ont reçues ce jour-là leur disaient en substance : “Que vous êtes chanceux ! Vous allez avoir des missiles sur vos toits. Vous avez gagné à la loterie : vous avez été choisis comme site pour le système de défense des JO”. »

« Que vous êtes chanceux ! Des missiles sur vos toits »

Notre feuilleton « Jeux opposants »
Les Jeux olympiques ne ravissent pas tout le monde. Rue89 Sport poursuit son feuilleton de cinq portraits d’hommes et de femmes mécontents. Aujourd’hui, Martin Howe avocat des habitants de la Fred Wigg Tower sur laquelle le gouvernement veut installer des missiles, en cas d’attaques terroristes aux Jeux olympiques.

Aujourd’hui, les habitants de la Fred Wigg Tower n’ont pas très envie de parler, même anonymement. Cette histoire de missiles ne fait que les ennuyer. Alors, c’est leurs avocats qui se font leurs porte-parole dans les médias.

Martin Howe fait donc le job, devant une tasse de thé au lait. La Fred Wigg Tower, où l’on trouve 127 appartements, est l’un des six sites de la capitale concernés par ce problème.

Les habitants de la Fred Wigg Tower ont peur de ces engins de guerre. Ils ont décidé d’aller en justice pour faire changer d’avis le gouvernement. En vain. La Haute Cour de Londres les a déboutés.

« les missiles survoleront des aires de jeux pour enfants »

Martin Howe a décidé de ne pas faire appel, mais de présenter l’affaire au Parlement  :

« Vous pouvez imaginer le bruit et la violence de l’explosion de ces engins . Ce seraient de grosses pièces de métal venant du 17e étage.

S’ils sont tirés, les missiles survoleront des aires de jeux pour enfants. Il y a un terrain de basket en bas. »

Le cabinet de Martin Howe est spécialisé dans les affaires sociales et la défense des droits de l’Homme. Pour ce dossier, l’avocat s’en réfère à l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme. Qui dit que :

« Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. »

De son côté, le gouvernement réplique qu’il n’y a aucun risque pour les habitants.

 

« Ils n’ont pas de voix, c’est pour ça qu’on les a choisis ! »

C’est loin d’être leur avis. Eux croient même qu’on crée du danger là où il n’y en avait plus, qu’ils sont presque devenus un appât, la cible idéale de terroristes en quête de challenges.

« Avant ça, qui connaissait la Fred Wigg Tower ? Ni vous, ni moi. Maintenant, le monde entier sait qu’elle existe et ce qui se passe. »

Au-delà de l’action, c’est la méthode qui dérange Martin Howe. A propos des habitants de la Fred Wigg Tower, il dit :

« Ce sont des gens ordinaires. Il y a beaucoup de mères célibataires, des gens qui vivent avec les aides sociales. Ils n’ont pas de voix et c’est pour ça qu’on les a choisis !

Les gens de la Fred Wigg Tower ne sont pas des gens qui décrochent leur téléphone, qui appellent leur avocat et qui disent : “Vous me réglez cette affaire sur le champ !”. »

Les habitants prévenus deux mois avant les Jeux

Il s’agace d’autant plus que le gouvernement anglais sait depuis 2005 qu’il va organiser les JO.

La préparation des Jeux aura duré sept ans, mais l’annonce de la présence des missiles sur le toit de la Fred Wigg Tower a été faite deux mois avant le début des épreuves ce 27 juillet.

A Londres, plus de 40 000 militaires seront déployés, ce qui, de l’aveu de David Cameron, le Premier ministre britannique, est « une mobilisation d’ampleur sans précédent en temps de paix ».

Au-delà des mécontentements, Martin Howe s’interroge sur le sens d’un tel arsenal sécuritaire.

« C’est la première fois, dans l’histoire de la Grande Bretagne, que pendant une période de paix des troupes, des armes sont postées dans une aire résidentielle, avec des citoyens lambda.

La dernière fois que c’est arrivé c’était pendant le Blitz, en 1941, quand la Luftwaffe est venue. C’était quand même très différent comme situation. »

Publié dans actualités

Commenter cet article