JO de Londres : l'attentat de la cérémonie d'ouverture, par Ariane Walter

Publié le par dan29000

L’attentat de la cérémonie d’ouverture des JO de Londres

Le seul attentat auquel on aura assisté, lors de la cérémonie d’ouverture des JO 2012 de Londres, aura été un attentat contre le bon sens.

Quoi ? Voilà une Europe exsangue, une planète sous la menace d’une irradiation atomique mortelle, il suffirait d’un autre tremblement de terre pour que la piscine du 4 de Fukushima s’effondre, un monde à la veille d’un conflit généralisé et sous nos yeux un divertissement comme si de rien n’était, comme si tout le monde s’aimait et se respectait ? Comme si l’argent coulait à flots, comme si les esprits étaient sereins ? Munich 2 ?

Ouverture des jeux olympiques au pays des Bisounours.

Il m’a été impossible, regardant ce spectacle concocté par le cinéaste Danny Boyle, de faire abstraction de la situation actuelle. Impossible. Impossible de m’émerveiller, par exemple, comme lors des Jo d’Athènes.

Vous vous souvenez de ces fameux Jo d’Athènes où rien n’était prêt et où, pourtant,  ce pays de « glandos » nous avait sorti une cérémonie d’ouverture splendide. Tellement chère, oui. Une ruine pour le pays. Ils ne s’en sont pas encore remis. Pour dire à quel point c’était raisonnable. Quel malheur attendait ces pauvres Grecs ! Si on avait dit, cette année-là, que bientôt les Grecs seraient à la rue, pris à la gorge, rongés, troués par les mites modernes, qui l’aurait cru ? Les anciens dieux saignés par les banques parasites…

Je n’ai pas eu l’émerveillement de l’ouverture des jeux de Pékin. On les boudait d’avance ces jeux de Pékin, dans ce pays à la population esclave qui tue notre population de chômeurs, avec leur tyrannie, leurs violences contre le Tibet, et le bouquet, si l’on peut dire, disons la dernière épine, leur façon de changer le climat pour éviter la pluie ! Avouant ainsi que, oui, le climat se manipule. Mais l’ouverture de Pékin, menée par Zhang Yimou, avait été d’une beauté à couper le souffle. Enracinée dans cette longue et immense civilisation dont nous ne connaissons rien. Les mille tambours et les tableaux prodigieux qui avaient suivi avaient arraché à la foule des cris incessants d’admiration. Rien de plus ordonné, de plus maîtrisé que cette cérémonie d’ouverture des Jo de Pékin. La voix de la Chine éternelle. La pauvre, la défunte...

Mais à Londres face à un joli, gentil spectacle, un peu bordélique, pour enfants qui ignorent ce que font leurs parents mafieux,  il m’était impossible d’oublier. Ou bien ai-je grandi. ?

Ou bien le malheur a grandi ?

Le moment le plus terrible a été ce défilé de toutes les nations participantes. Avec tant de nations martyrs qui déboulaient, radieuses, comme si leur pays, la Grèce, l’Espagne, l’Italie, toute la vieille Europe qui se fait vampiriser n’était composée que de gens joyeux et heureux. L’Espagne, la vive, la colorée, qui, chez elle, gonfle les rues de sa colère, la Grèce, la malheureuse, aussi blanche et bleue que ses îles de vacances. La Palestine, gaillarde, pour prouver qu’elle a encore des habitants avec des bras et des jambes qui peuvent faire du sport , même si leur pays , bientôt, ne sera pas plus grand qu’un terrain de foot. Et l’Irak, l’Afghanistan, le Qatar, l’Arabie Saoudite, les acteurs, maîtres et esclaves de ce monde terrible, les Etats-Unis et leur délégation écrasante, témoins d’un monde qui nous absorbe, autrefois libérateur, à présent assassin.

Il y a des gens en France qui craignent l’islamisation de notre société. Et l’américanisation qui nous a bouffés, vous ne la voyez pas ? Ce n’est pas demain l’américanisation. C’est fait. La musique, la culture des champs et des esprits, l’abandon aux puissances de l’argent, les centres commerciaux, les Mac do, cette vie explosée qui rend indispensable nos voitures, ce bi-partisme de la vie politique, notre pays servant leurs guerres. Qu’allez-vous nous parler d’une islamisation, invisible pour qui parcourt nos campagnes, alors que l’américanisation et son esprit de droite sont déjà notre cancer depuis longtemps. Et là, ils veulent mettre l’estocade. Ils ont déjà les medias, la parole vulgaire et mensongère de ce temps.

Mais le spectacle me direz-vous ?

Les commentaires positifs que vous pourrez lire seront justes car il y avait de beaux délires techniques, de belles idées, des débauches de lumière. Il s’agissait, partant des débuts bucoliques de l’Angleterre,  de célébrer son entrée dans le monde moderne de l’ère industrielle. Boyle n’a pas triché. Il a bien montré que c’étaient des esclaves qui enrichissaient un petit groupe de vampires en haut de forme. Mais pourquoi avoir placé cet épisode uniquement au 19 ème siècle ? L’histoire, pour Boyle, s’arrête aux Beatles et autres chanteurs pops. Il transforme le stade en vaste boîte de nuit, met la musique a donf, imagine une histoire d’amour fadasse et le tour est joué !

Avant cela, tout un tableau, avec des lits d’hôpitaux, rappelait que c’est en Angleterre qu’il y a ce fameux service hospitalier, si social, qui soigne tous les enfants…à condition qu’ils attendent six mois ou trois ans avant d’être admis !!!

Il a fallu supporter ça ! La gloire du service public anglais en un temps où il se vend au privé !

Il y a eu pire aussi. L’interview d’un sportif de Libye, disant qu’il était tellement heureux de montrer que la Libye ce n’était pas que Kadhafi, mais tout un peuple désormais fraternel et uni. Combien de gens, pendant le temps où il parlait, étaient des Libyens égorgés par des Libyens avec les armes que l’Otan a laissé traîner en partant, pour que tous ces braves s’amusent  et leur foutent la paix, pendant qu’ils pompent leur pétrole…

 

 C’était tout de même un spectacle longuet et mal construit. Mené par 70 000 bénévoles. Ces jeux  olympiques vont coûter 11 milliards d’euros. La cérémonie a coûté 31 millions d’euros mais il n’y  avait pas assez d’argent pour payer ceux qui se produisaient. Certes le bénévolat est un merveilleux engagement et ces acteurs d’un soir n’auraient donné leur place pour rien au monde. Mais quand on peut mettre une telle somme sur un spectacle, n’est-ce pas la moindre des choses de payer les acteurs ? On n’est pas au Puy-du-Fou, là !

Le soir même il restait des places à 2000 euros. (Que grâce soit rendue à Sébastien Coë qui a permis à 60 000 personnes, pour 27 euros, de voir le spectacle lors de la répétition finale .)

Mais c’est bien, dans le fond, que les choses soient ainsi. Car le monde idéal, pour certains, c’est ça : ceux qui peuvent payer 300 euros la place pour se distraire et ceux qui les distraient gratuitement.

On le sait, les JO ruinent les Etats et enrichissent les grosses boîtes, les Bouygues et consort, les Mittal, qui dit-on, avait obtenu de porter la flamme sur une portion du parcours.

Londres, le temple de la City, accueillant l’esprit des jeux olympiques !

Il y a de quoi mourir de rire.

A propos de rire, le meilleur moment de ce spectacle a été celui où Mister Bean a joué au piano, membre d’un illustre orchestre, l’air célèbre des « chariots de feu ». J’admire celui, cela n’a rien coûté, qui a eu cette idée fabuleuse, entendant cette note longuement répétée, d’imaginer Bean la jouant et composant toute une saynète. Parfaitement drôle, parfaitement réussie. Parfaitement simple.

Il y a eu aussi l’arrivée de la reine, la vraie, comme en hélicoptère, acceptant de jouer le jeu en s’envoyant en l’air avec Daniel Craig.

Je suis sûre que la reine n’avait pas la moindre envie de se livrer à cette fantaisie décadente.

Mais qu’elle a dû recevoir un envoyé de la City qui lui a dit :

-Oh ! Mamie, il faut que le peuple vous aime pour qu’il en avale encore plus ! Alors vous allez être moderne, un peu. Et faire le clown !

-No, never, no !

-Tu sais combien tu nous coûtes ? On te dit de faire ça, tu le fais !

Et elle l’a fait. Et c’était un très bon moment parce qu’inattendu. En France, ils auraient jeté Hollande dans les airs avec Treiweiller et ils se seraient envoyé des tweets en essayant de se couper les cordes du parachute. On sait être marrants nous aussi.

Ces jeux seront-ils révolutionnaires ? Parmi les athlètes des peuples martyrs y en aura-t-il qui porteront la parole de leur peuple ? Y aura-t-il de nouveaux Tommie Smith et Juan Carlos qui, aux JO de Mexico, sympathisants black panthers, levèrent leur poing ganté de cuir pour protester contre la condition des noirs aux Etats-Unis ?

 

Bon. Je veux finir sur ce qui a été le plus beau et de loin :

Les beaux visages des femmes. Oui, que les femmes sont belles ! Tellement plus belles, toutes ces athlètes, naturelles, que toutes les Miss tarabiscotées. Certaines étaient à couper le souffle.

Il y avait aussi ces visages radieux, tellement heureux de participer à la seule fête universelle où chacun veut croire à la paix, à l’union, à la fraternité. C’est quand même une idée sublime ces jeux Olympiques . On a tellement envie, comme tous ces athlètes, emportés sous l’ovation d’un peuple universel, de croire à l’amour, au respect d’une humanité qui est si belle, qui a tant œuvré à travers les âges, mais qui doit à présent mener un immense combat contre l’ubris et son dérèglement mortel. Est-il possible que quelques fous détruisent cette longue histoire ? Sont-ils à l’œuvre dans l’ombre ? Quelles armes faudra-t-il leur opposer ?

 

Non,  à aucun moment Boyle n’a réussi à effleurer la cheville de la sublime ouverture de Pékin, la sienne étant plus confuse, moins bien construite, moins classique, se terminant sur une flamme olympique qui laissait sur sa faim car on attendait « un dernier homme » et il y eut tout une équipe, symbole, bien sûr, et non pas une flamme mais un brasier, très beau, mais moins beau que cet homme qui courait dans l’air à Pékin, porteur de cette flamme unique puisqu’en ce monde nous avons besoin d’un courage unique pour détruire ce qui nous détruit.

Et je me disais en regardant les officiels du CIO : qui sont-ils ? Quels pots de vin peuvent les acheter ? Quels lobbys sont leurs maîtres ? Et Madame Obama, si belle, épouse d’une marionnette sanglante, et Monaco et sa princesse triste, paradis fiscal à nos portes, et les représentants de tous ces pays muselés qui, là, faisaient semblant de rien.

 

On attend la grande scène de « Festen » quand les vérités se disent, impossibles à retenir.

Vous allez me dire : c’est la trêve olympique.

Et la trêve de la pauvreté, de la guerre fracassante ou sourde, des mensonges d’Etat, c’est pour quand ?

 

 

SOURCE / AGORA VOX

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