Ken Loach en entretien : "La télévision est l'ennemi de la créativité"

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

Pour Ken Loach, la télévision est l’"ennemi de la créativité"

Le cinéaste Ken Loach a critiqué le système de production de la télévision britannique, devenu un "ennemi de la créativité". Il souhaite aussi une réforme totale de la distribution pour lutter contre l’invasion des films hollywoodiens.

 

 



Jamais avare de sorties médiatiques, le réalisateur Ken Loach s’est choisi une dernière victime assez inattendue. Dans un discours prononcé au London Film Festival Industry, où un hommage lui été rendu vendredi dernier, il a vivement critiqué le système de production de la télévision britannique, considéré comme un "ennemi de la créativité".

Une accusation étrange venant d’un réalisateur formé par la télévision, et qui survient quelques jours seulement après l’annonce d’un plan de restructuration et de réduction budgétaire de la BBC, principal pourvoyeur de films en Grande-Bretagne avec la chaîne Film4 (branche cinéma de Chanel 4).

Un revirement "grotesque"

Pour le réalisateur de Looking for Eric, qui a connu l’un de ses premiers succès grâce à une production BBC en 1966 (Cathy Come Home), c’est toute la "culture de la télévision" qu’il faudrait réformer :

"La télévision a démarré avec tellement d’espoir, elle allait être le National Theatre de notre époque. Ce pouvait être un lieu de débat sur notre société, et ils en ont fait une télé réalité grotesque", a-t-il déclaré au London Film Festival Industry.

Dans l’histoire des relations entre télévision et cinéma, l’Angleterre a pourtant toujours eu une place privilégiée. Bien avant le phénomène des "mega-movies" américains vantés par Matthew Weiner (Mad Men), les principales chaînes du pays ont été dès les 60’s un champ d’expérimentations pour une nouvelle génération de cinéastes (Ken Loach donc, mais aussi Mike Leigh, Alan Clarke, Stephen Frears). Cette époque bénie est bien révolue selon l’auteur de Kes, qui dénonce le nouveau système de production télévisuel britannique.

L’originalité étouffée par la bureaucratie

Désormais financé en majorité par la société qu’il a cofondée avec Rebecca O'Brien, Sixteen Films, le réalisateur de Route Irish s’est mis à l’abri de cette "pyramide de producteurs" qui paralyse la télévision britannique. Les "producteurs exécutifs, responsables de publications, chefs de départements, directeurs adjoints, tous ceux qui dominent les scénaristes et les réalisateurs" et qui empêchent l’"originalité" et étouffent les "voix alternatives".

"Ce que nous voulons, et ce que les auteurs veulent écrire, ce sont des histoires originales, des nouveaux personnages, des intrigues, des conflits, qui puisent dans notre expérience actuelle. Où est le journalisme d’investigation, où est le monde en action ?" a interrogé Ken Loach.

Le cinéaste, qui n’a pas vraiment affiché de sympathie pour les cadres dirigeants de la BBC, s’est aussi félicité devant le public du récent plan de restructuration de la chaîne et du licenciement annoncé de son directeur général adjoint, Mark Byford. "Bon débarras !" a lancé Ken Loach, qui a invité les personnes travaillant à la télévision à "critiquer, être difficile, dérangeant" pour conserver leur "indépendance".

L’emprise d’Hollywood

Mais pour Ken Loach, le problème du cinéma britannique se pose aussi en termes de distribution et d’exploitation. Réactivant la vieille rivalité avec le frère ennemi américain, le réalisateur a déploré le manque de choix dans les films diffusés en Grande-Bretagne, ainsi que la prédominance des productions US et des coproductions mid-atlantic (UK-US). Sur les sept dernières années, les longs métrages américains représentent ainsi 63 à 80% de parts de marché en Angleterre, contre seulement 6% pour les productions locales. Pour pallier cette pénurie, Ken Loach propose de "gérer les cinémas comme les théâtres" :

"Ils pourraient être détenus par les municipalités, les arrondissements, et les villes (…) programmés par des gens qui se soucient de cinéma, et pas par des gérants de fast-food qui, je pense, représentent la plupart des directeurs de salles du pays."

A plus de 74 ans, le lauréat de la palme d’or 2006 pour Le Vent se lève n’a donc rien perdu de son engagement, appris sur les bancs de la BBC.
Source : LES INROCKS

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