Keny Arkana : l'esquisse 2, une belle réussite, dans les bacs

Publié le par dan29000

 

Le chemin de traverse de Keny Arkana

24/06/2011 | 17H37
Keny Arkana - L'Esquisse 2

La rappeuse Keny Arkana sort un second volume de L’Esquisse, une mixtape qui l’avait révélée en 2005. Où l’on mesure la distance parcourue par cet électron libre à l’écart des manies du rap. Critique et écoute.

Ca faisait des lustres qu’on n’avait pas croisé Keny à Paris. D’abord parce qu’elle est originaire de Marseille et que c’est sous le soleil de ce sud que tout se passe. Mais aussi parce que celle qui défonçait la porte du rap hexagonal en 2005 n’a jamais suivi les recommandations des labels ou des rappeurs, pliant régulièrement bagage pour participer à un forum social au Mali, suivre une manif au Brésil. Une conception de la carrière qui contraste avec celle du discocrate moyen. “Je n’ai jamais considéré que le rap était ma vie. Je peux tout arrêter demain, je n’y suis pas attachée de manière égotiste.

Depuis la sortie du ep Désobéissance, un monolithe rouge vif largué en 2008, Keny avait ainsi une fois de plus quitté le studio : “J’en avais même oublié que je faisais du rap, que j’étais signée en maison de disques. Il y a des tas d’autres choses qui me passionnent, qui me préoccupent. Des choses importantes.” Spontanément mis en mots au terme de cette fausse retraite, L’Esquisse 2 replonge dans ces “choses importantes”, annonçant un nouvel album éloigné de ses dernières traces : “On m’a collé l’étiquette d’extrême gauche à cause de Désobéissance, mais ça me gêne. La politique politicienne, je n’y crois pas, l’affrontement direct avec le système non plus. Je suis dans quelque chose de plus quotidien, d’usuel, de constructif.

Depuis l’époque où les gauchistes en campagne ont cru pouvoir l’encarter à l’aise, la Marseillaise a évolué, mettant en veilleuse son opposition de principe au profit de visions moins grandioses mais plus concrètes : “Les écovillages, les mises en réseau, c’est un avenir qui me parle. Ce sont des formes de micro-démocratie, d’autonomie… Une lutte politique plus réaliste que d’aller tabasser les flics.” Un discours éloigné de la petite gloriole des contestataires de studio “mais tout aussi éloigné de la petite éthique des altermondialistes. Ils me font pas rêver avec leurs pancartes !

Les yeux ouverts sur une autre réalité, Keny vit une liberté que peu s’autorisent, même si elle n’évite pas quelques manies françaises à base de samples un peu pompiers qui empêchent de pénétrer vraiment cette autre dimension que ses mots réclament pourtant. Elle n’est jamais aussi efficace que sur des instrumentations plus souples, sur ces sons quasi live qui s’effacent lorsque sa voix étranglée prend de la hauteur.

Dans la veine du crépusculaire Cinquième soleil, c’est cette liberté qui brille sur Au milieu du chaos ou Odyssée d’une incomprise, juste résumé de son chemin de traverse. Sur ces poèmes éventrés, elle chemine avec ses propres mots, sa trouille de l’argent et de la célébrité, sa peur maladive de se trahir ou de saisir la chance d’un autre et son souci du genre humain, dépassant les messes contestataires au profit de visions intimes : “Je ne suis pas en guerre contre les partis, ni contre les rappeurs, ni contre personne. Je suis juste pour autre chose, je construis, tu comprends ?

L'Esquisse 2
Source : LES INROCKS

Publié dans musiques

Commenter cet article