Keny Arkana, le nouvel album : Tout tourne autour du soleil

Publié le par dan29000

La rappeuse Keny Arkana veut toujours faire la révolution

 

 


Ramses Kefi | Journaliste Rue89

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Keny Arkana n’a pas changé. Bandana sur la tête, sourire en coin et cigarette roulée entre les doigts, elle me dit d’emblée qu’elle irait volontiers faire un concert pour soutenir « la lutte » à Notre-Dame-des-Landes si on l’appelait.

Car si elle s’est faite discrète ces dernières années, la rappeuse marseillaise de 30 ans continue de prôner « la prise de conscience », « la désobéissance civile » et « la Révolution ».

Une rhétorique, qui peut paraître naïve et démago, mais qu’elle assume. D’ailleurs, elle est omniprésente dans son 2e album solo qui sort ce lundi, « Tout tourne autour du soleil » :

« Dire que le système ne convient pas et que l’espèce humaine va mal n’a rien de démago. Ce qui s’est passé en Grèce, en Tunisie ou en Egypte me donne raison. Les peuples ont envie de se prendre en main, et ça, c’est une réalité, pas de l’utopie. »

 

 


 

Un album musicalement plus riche que le précédent

Keny Arkana refuse souvent les interviews, n’aime pas qu’on la prenne en photo ou qu’on la filme. Elle se protège, cultive son décalage avec un monde du hip-hop plutôt bling-bling.

Dans son nouvel opus, elle est restée fidèle à ses thèmes de prédilection. Elle rappe ses reminiscences et sa vie de vagabonde – elle vit entre la France et l’Amérique Latine –, mais surtout, l’audace, la remise en question et la révolution, au risque de paraître répétitive pour un non-initié. « Je ne suis pas une rappeuse, mais une contestataire qui fait du rap », coupe-t-elle poliment pour se justifier.

Musicalement, le disque est plus riche que son précédent album, « Entre ciment et belle étoile ». Plus de guitares, de claviers, de batterie.

« Sur scène, j’ai souvent un orchestre maintenant. »

Ce qui donne des sonorités rock sur le titre « J’ai osé » ou électro sur « Capitale de la rupture », son hommage à la ville où elle a grandi, Marseille, sur lequel elle glisse deux mots :

« On veut en faire la capitale de la côté d’azur en rénovant tout pendant que ça se tire dessus à l’arme lourde. »

« Vie d’artiste », extrait de « Tout tourne autour du soleil »

« On me mettait des piqûres dans le cul »

Keny Arkana a été élevée dans la cité phocéenne par sa mère et son beau-père, qui décède quand elle a 9 ans. Quelques mois plus tard, elle commence à fuguer. Elle ne s’épanche pas sur les raisons, précise seulement que ce n’est pas à cause de sa mère.

Ses esquives se multiplient, ses bêtises aussi, à tel point qu’un juge pour enfants décide de la placer en foyer. Elle a 11 ans :

« Ma première nuit, je vois un gamin faire une TS [tentative de suicide, Ndlr]. Tous les gosses n’ont pas les même soucis, mais là-bas, on met tout le monde dans le même sac. J’ai passé trois mois comme un légume parce que, pour que je sois docile, on me mettait des piqûres dans le cul. »

Là-bas elle écrira ses premiers textes de rap. Pendant longtemps, « la plume était le seul truc carré dans ma life ».

« J’étais déjà anti-système, contre l’autorité des éducateurs, le baratin des psys. Il se passe des choses ignobles là-bas. Tu vois, par exemple, à force de bourrer les ados de médicaments pour les calmer, beaucoup deviennent des toxicomanes, mais ça, on ne le dit pas. »

C’est au début des années 2000 qu’elle commence à se faire un nom sur la scène hip-hop marseillaise. Des apparitions ici et là, avant de sortir des maxis et des mixtapes. Une énérgie, une voix et un flow qui rappellent ceux d’une autre grande dame du hip-hop français, Diam’s, le bling-bling en moins et le hardcore en plus.

Végétarienne, fan de Zapata et du sous-commandant Marcos

Elle rappe juste et pour le coup, n’a aucun souci à se faire une place dans un milieu masculin. « Dans la rue, je n’étais qu’avec des garçons ». Elle ajoute :

« A compétences égales dans une entreprise une femme touchera parfois moins qu’un homme. Dans l’art, non. Et puis, même le rappeur le plus hardcore, a une part de féminité en lui, car le rap aussi requiert aussi de la sensibilité. »

En 2006, son clip « La Rage » – extrait de son 1er album – fait un carton sur Internet. Le public découvre alors une artiste militante d’origine argentine, dont les textes pourraient être les slogans d’une manif. Une rappeuse à part, fan de Zapata, du sous-commandant Marcos, qui dénonce les OGM, la déforestation et la pollution de sols. Elle raconte :

« J’avais 16 ans, je participais à des forums altermondialistes où l’on parlait de l’OMC, du FMI, de crise et d’austérité. Ca m’a poussé à lire, à me refaire une culture, moi qui avais arrêté l’école à 12 ans. C’est grâce à ça que je comprends tous les mensonges et le charabia qu’ils nous racontent. »

« La rage » extrait de l’album « Entre ciment et belle étoile »

Une jeune femme capable d’annuler sa tournée en 2007 pour participer à des assemblées populaires à travers la France. Pour parler alternatives en petits groupes :

« La lutte ne suffit pas. Il faut pouvoir créer quelque chose de nouveau. Je te parle d’autogestion et de révolution des mentalités pour accéder au bonheur.

Parce que c’est bien beau de simplement vouloir changer de régime politique, mais le piège, c’est de faire la même chose que tes prédecesseurs. Et de nourrir un système qui a échoué. »

« Tout ça part du mépris des dirigeants »

Entre deux taffes, elle finit de me raconter son adolescence. A 15 ans, elle se sauve définitivement du foyer. Elle vole pour manger, prend sa douche dans les toilettes de bars « pas trop crades » et choisit ses vêtements au hasard sur des cordes à linge :

« Je les rapportais dès que je pouvais car je n’avais ni sac ni valises. »

C’est l’époque de sa quête identitaire. « La partie de nous que l’on connaît le moins finit toujours par nous attirer ». En l’occurrence, l’Argentine, là où vit celui qu’elle appelle « son géniteur » et qu’elle rencontrera la première fois à 22 ans. Là encore, elle ne s’appesantit pas et préfère parler de la crise qui a secoué son pays d’origine à la fin des années 90 :

« Si tu te penches sur ce qui s’est passé en Argentine à ce moment-là, tu comprends à peu près toutes les crises qui ont suivi par la suite dans le monde. Et que tout ça part du mépris des dirigeants pour l’humain. »

 

 

 

SOURCE / RUE 89

 

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Tracklist :
1/ Intro : Tout tourne autour du soleil
2/ Esprits libres
3/ Le syndrome de l'exclu (feat RPZ)
4/ Capitale de la rupture
5/ Entre les lignes #1 : Car nous sommes le monde
6/ Vie d'artiste
7/ Gens pressés
8/ Cynisme vous a tué ?
9/ Indignados
10/ Casse le schéma
11/ J'ai osé
12/ Entre les lignes #2 : 20.12
13/ Ya urgence !
14/ Le monde est notre reflet
15/ Cherche en toi
16/ Fille du vent
17/ Tout tourne autour du soleil
18/ Retour à la terre (outro)

Disponible en pré-commande dès maintenant : http://smarturl.it/keny-touttourne

Tracklist :
. Esprits libres

Date de sortie : 03/12/2012

 


Publié dans musiques

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