L'affaire Colonna, un livre de Gérard Amaté, toujours d'actualité

Publié le par dan29000

colonna.jpgEn 2009 la "justice" française condamna Yvan Colonna à perpétuité pour le meurtre du préfet Erignac à l'issue d'une parodie de procès où les jeux étaient déjà faits, au moyen d'une cour d'assises spéciale qui ressemblait fort à la défunte Cour de sureté de l'Etat.

 

Ni preuves, ni aveux, mais une condamnation malgré tout.

 

En ce moment, c'est le tour des amis de Colonna.

Ceux qui lui offrirent l'hospitalité.

Sans doute un très vilain mot pour cette "justice" française.

Et un mot important pour les Corses, et au-delà pour tous ceux qui ne souhaitent pas mener une enquête de police quand un de leurs amis frappent à la porte pour être secouru.

 

Mais comment l'Etat policier de Sarkozy pourrait-il comprendre une telle démarche ?

 

Durant les deux procès de Colonna l'attitude de la presse fut assez étrange. C'est de ce phénomène qui rompit le clivage gauche-droite dont nous entretient le livre de ce libraire de Lyon.

 

Si nous ne suivrons pas vraiment l'auteur sur sa comparaison avec l'affaire Dreyfus dans son avant-propos, même si l'on peut comprendre son cheminement,  il n'en demeure pas moins qu'il est  instructif de tenter de comprendre pourquoi la presse de gauche relayait le point de vue des mensonges de la police alors que Le Figaro dénonçait une mascarade de justice.

 

L'auteur se base sur les principaux articles en ligne lors du second procès de :

Libération, Le Figaro, Le  Monde, Le NouvelObs, 20 minutes, France-soir, Le Parisien, l'Humanité et RUE89...

Utilement le livre s'ouvre sur une rapide chronologie de 1997 (attaque de la gendarmerie de Pietrosella) à 2007, le début du premier procès de Colonna en novembre.

 

Le premier chapitre est consacré à deux grands hommes de "gauche" : Hollande et Chevènement.

Ce dernier était ministre de l'intérieur à l'époque du crime. Souverainiste acharné il défend depuis toujours une République, une et indivisible. Il s'illustra aussi pour avoir nommé Bernard Bonnet préfet suite au décès d'Erignac. On se souvient de son action "efficace"!.

Chevènement et le commissaire Marion, de la DNAT, ont mené la danse durant plusieurs années.

L'auteur nous remémore, dans un consensus politique consternant, le retour de la Cour de sûreté de l'Etat, abolie en 1981 par Badinter. On conserva une version adoucie, composée de magistrats civils, faite pour juger les crimes et délits militaires. Mais en 1986 avec le retour de la droite, son domaine de compétence fut élargi aux affaires de terrorisme, sous le nom de Cour spéciale...Sans rire, l'Etat expliquait alors qu'on ne pouvait exposer un jury populaire à la terrible malveillance des terroristes ! Donc des raisons humanitaires.

Georges Ibrahim Abdallah en 1987 en fit le premier les frais, condamné à perpétuité, sans prise en compte des témoignages, sur la base des données issues des services secrets.

Les chapitres suivants sont consacrés au déroulement des deux procès. Le premier procès avait laissé beaucoup de doutes sur l'éventuelle culpabilité de Colonna.

Lors du procès en appel, Libération et le NouvelObs prirent le parti de l'accusation. Passons sur les détails.

Le 27 mars 2009, Colonna était condamné à la peine maximale, perpétuité, assortie d'une période de sûreté elle aussi maximale, 22 ans.

Ce fut le très réactionnaire J-M Apathie sur son blog de RTL qui s'étonna de l'absence d'indignation lors du verdict :

"Comment la justice française peut-elle affirmer, au nom du peuple français, quelque chose qu'elle a été incapable d'établir?"

Il y eut donc deux affaires Colonna.

Le procès de Colonna  que l'on peut sans peine, à moins d'être sourd et aveugle, qualifier de mascarade sans nom dont le but fut de trouver un coupable désigné d'avance. Dissimulation de preuves, faux PV, pressions sur des témoins, modifications de témoignages, tout cela rappelant assez bien les pires procès de la dictature des colonels grecs !

Assez honteux pour ce que certains nomment toujours "notre démocratie " !

La raison d'état avant la démocratie. 

La seconde affaire Colonna fut certes moins visible et c'est le grand intérêt de ce livre. Ce fut le traitement de ces deux procès par la presse dominante, et celle de gauche en particulier. Il est vrai que cette attitude ne date pas d'aujourd'hui.

En France les grands médias, audiovisuels ou écrits éprouvent quelques difficultés à "traiter" l'information politique sur les questions concernant la Corse, l'Occitanie ou encore le pays basque. Idem pour les médias espagnols.

Au-delà des luttes, d'ailleurs justifiées, des mouvements indépendantistes ou autonomistes, c'est le problème de l'information dont il faut débattre. D'une information alternative, dégagée des grands groupes de presse et de la finance cachée derrière.

Ce livre apporte une petite pierre nécessaire dans ce sens. 

 

Dan29000

 

L'affaire Colonna

Une bataille de presse

Gérard Amaté

Editions Jean-Paul Bayol

2009 / 153 p / 14,90 euros 

Publié dans lectures

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ln 02/07/2010 11:47



merci, pour l'info, vu que j'ai bien aimé ce livre-là (je me sens d'autant plus libre d'en dire du bien, que... j'ignore totalement qui est l'auteur). Cordialement



dan29000 02/07/2010 12:18



Le livre se nomme :


Dreyfus et Colonna avec une préface d'Yves Duteil,


en librairie depuis la mi-juin


Notre article en juillet



Luc Nemeth 01/07/2010 15:41



Bonjour. D'accord avec cet article, sauf sur un point : Si nous ne suivrons pas vraiment l'auteur sur sa comparaison avec l'affaire Dreyfus dans son avant-propos,
même si l'on peut comprendre son cheminement (...). Très franchement il n'y a rien qui me paraisse choquant dans les termes de la comparaison telle que l'effectue Gérard Amate, dans ce livre -à l'écriture de toutes façons très bien maîtrisée.


Est-ce le principe même d'une telle comparaison, qui ennuie dan29000 ? Alors j'irais jusqu'à dire qu'elle est... encore plus accablante, pour notre époque. En effet les juges qui condamnèrent
Dreyfus en conseil de guerre étaient persuadés de sa culpabilité : le crime de la justice française et autres salopards fut bien sûr de s'en tenir à cette version, alors même qu'ils avaient la
preuve du contraire. En ce qui concerne en revanche l'ignoble petit racoleur sécuritaire Nicolas S., et bien que n'étant pas dans ses pensées : je me garderais bien de jurer qu'au fond de
lui-même, il est si persuadé que cela, de la culpabilité d'Yvan Colonna... Cordialement.



dan29000 02/07/2010 09:25



Certes, je suis assez d'accord avec vous, d'ailleurs nous en reparlerons prochainement avec le nouveau livre de cet auteur qui vient de sortir et que nous lisons en ce moment...