L'antiterrorisme français exemplaire : pas vraiment...

Publié le par dan29000

L'antiterrorisme français exemplaire selon Fillon ? Les faits prouvent le contraire

 

LE PLUS. La lutte antiterroriste a-t-elle connu des ratés dans l'affaire Merah ? Non selon François Fillon, qui a défendu les services de renseignements français, expliquant que cette lutte devait se faire dans le respect des libertés individuelles. Une déclaration très éloignée de la réalité, selon Arnaud Mafille, chercheur pour l'ONG Cage Prisoner.

 

> Par Arnaud Mafille Cage prisoners

Edité par Sébastien Billard   Auteur parrainé par Aude Baron


L’institution antiterroriste française était dans l’œil du cyclone depuis quelques temps. Entre l’affaire Tarnac, qui avait donné une voix à ceux qui décriaient la fabrication de la menace terroriste, et les soupçons à l'encontre du juge Bruguière dans l'affaire Karachi, de plus en plus dénonçaient ce droit d'exception qui bien souvent fait exception au droit.

 

 

 

Pourtant, c’est exactement le positionnement inverse que François Fillon a adopté pour défendre les services de renseignement dans l'affaire toulousaine. Selon le premier ministre, c’est en effet le respect des libertés individuelles qui expliqueraient les "ratés" de l'affaire".

 

"On n'a pas le droit dans un pays comme le nôtre de surveiller en permanence sans décision de justice quelqu'un qui n'a pas commis de délit (...). Nous vivons dans un État de droit", a-t-il déclaré au micro de RTL, le 23 mars (à partir de la 2ème minute dans la vidéo ci-dessous).

 


Cette vison idyllique du renseignement ne semble cependant pas correspondre à la réalité française. En tout cas, ce n'est pas celle d’Alain Chouet, ancien chef de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Dans "La sagesse de l'espion" (L'Oeil neuf, 2010), il déclarait sans langue de bois aucune :

 

"C’est donc ne rien comprendre que d’accuser les services secrets de faire dans l’illégalité. Bien sûr, qu’ils font dans l’illégalité. Ils ne font même que cela. C’est leur vocation et leur raison d’être".

 

Pour illustrer ses dires, le même Alain Chouet expliquait comment les services émiratis, "dûment chapitrés par les américains et les français", avaient kidnappé le français Djamel Beghal et obtenu de lui des aveux en 2001. Même si, après enquête approfondie, les services français avaient été forcés de constater que "Beghal ne disposait en France d’aucune capacité humaine, technique ou financière susceptible de lui permettre de commettre un attentat d’envergure ".

 

En réalité, pendant les deux mois passés aux Émirats arabes unis, Beghal a dit avoir fait l’objet de sévices sexuels, de privation de sommeil et de lumière, d’arrachages d’ongles, de perçage de dent à vif et de bien d’autres traitements du même acabit. A son retour en France, un examen médical relèvera certaines traces de mauvais traitements dénoncés par Beghal et "un retentissement post-traumatiques aux faits allégués".

 

Des pratiques loin d'être exemplaires

 

Cette affaire n'est malheureusement pas isolée. Human Rights Watch dénoncera également le cas de Said Arif, un ressortissant algérien arrêté et qui disait avoir été torturé par les services secrets syriens en 2003. Un juge d'instruction français avait alors fourni une liste de questions aux autorités syriennes, questions accompagnées de réponses entre parenthèses. Certains avaient parlé d’une délocalisation de la torture par la France en Syrie.

 

A ces affaires, on pourrait également ajouter, pêle-mêle, les interrogatoires conduits à Guantanamo par les services français ou encore le cas de M’hamed Benyamina arrêté en Algérie sur demande de la France d'après ses défenseurs. Ses aveux obtenus sous la torture seront versés à un dossier français. L’on est assez loin de l’Etat de droit de Monsieur Fillon !

 

Et le premier ministre de poursuivre : "Le fait d’appartenir à une organisation salafiste n’est pas en soi un délit. Il ne faut pas mélanger le fondamentaliste religieux et le terrorisme".

 

Là encore, l’observation de la jurisprudence antiterroriste ne lui donne pas raison. Ainsi, en 2005, Beghal fut condamné à dix ans d’emprisonnement, non pas pour la préparation d’un quelconque attentat mais bel et bien en raison de son appartenance à ce que le premier ministre appelle le "fondamentalisme religieux", celui qui, d'après le jugement, vise à déstabiliser les pays occidentaux qui soutiennent les USA et Israël.

 

Quoi qu’il en soit, bien que flatteuse pour les amoureux du pays des Droits de l’Homme, la défense de l’antiterrorisme français proposée par François Fillon ne résiste pas à une analyse rigoureuse des pratiques hexagonales. Et il faut le dire avec force, ces dernières se sont révélées non seulement illégales et immorales mais également contre-productives.

 

 

Source : Nouvel obs

 

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