L'aube du monde, un film écrit et réalisé par Abbas Fahdel, en DVD

Publié le par dan29000

aube-du-monde.jpgVous le savez si vous suivez depuis quelque temps notre site, nous aimons les découvertes...Alors nous aimons souvent des premiers romans ou des premiers films. 

C'est le cas ici, avec cette fable réussie d'Abbas Fahdel d'un jeune réalisateur franco-irakien, né à Babylone en Irak. Venu en France pour étudier le cinéma, il a suivi les cours d'Eric Rohmer et de Serge Daney, obtenant un doctorat en cinématographie de l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Documentariste, réalisateur, il est aussi journaliste et critique de cinéma.

 

Cette première oeuvre de fiction est totalement réussie.

 

L'histoire est simple, tenant en deux lignes. Et comme chacun le sait les histoires simples donnent souvent, en littérature et au cinéma, les plus belles réussites...

 

Dans le sud de l'Irak, dans la région des grands marais du delta du Tigre et de l'Euphrate, deux enfants grandissent, Mastour et Zahra. Ils se marient très jeunes. Mais c'est sans compter sur la guerre du  Golfe. Mastour ne veut pas vraiment partir, mais il est mobilisé d'office.

C'est le début de cette belle et touchante histoire.

 

La caméra du réalisateur est souvent discrète, elle se coule entre les personnages, profite d'un décors exceptionnel et surtout permet de nous immerger totalement dans cette vie, silencieuse, éloignée de la civilisation citadine. Les marais étant également un personnage à part entière.

Il ne fait jamais bon être civil en temps de guerre, dans aucun pays...

Car il s'agit aussi de cela dans ce film, de la survie, au-delà de la guerre, au-delà de la mort d'un être, au-delà d'une dictature, au-delà de l'isolement...

Survivre... 

 

A la seconde vision, le film fonctionne toujours aussi bien et l'émotion demeure intacte, signe des films qui, sans doute, vieillirons bien.

 

Le film est tellement réussi, surtout pour un premier film, que l'on aurait aimé, surtout après sa faible distribution en salles (comme souvent pour les premiers longs métrages) quelques compléments lors de cette parution en DVD... 

 

Enfin, au-delà du talent d'Abbas Fahdel, on ne peut que remarquer la confirmation de la naissance d'une actrice aussi originale qu'émouvante, Hafsia Herzi, que nous avions découvert dans le sublime film de Kechiche "La graine et le mulet". Cette actrice ira loin si elle sait toujours aussi bien choisir ses films.

Participe également à cette belle réussite, la musique originale de Jürgen Knieper, pianiste et compositeur allemand ayant souvent travaillé avec Wim Wenders ou encore Doillon et Margarethe Von Trotta.

 

 

Dan29000

 

L'AUBE DU MONDE

Ecrit et réalisé par Abbas Fahdel

Editions Montparnasse

2010 / 1 H 32 / VOSTFR /15 euros

 

REVUE DE PRESSE

 

"Un premier film sensible" 

Libération

 
"Une vraie surprise et une photographie splendide" 

Télérama

 

"L'un des plus beaux films de 2009 assurément."

Cinéma.Evous

 

"Une oeuvre sensible, qui conjugue splendeur visuelle et émotion"

L'Humanité 

 

 

 

 

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En supplément, le début d'une interview du réalisateur, la suite est à lire sur ALLO CINE Blogs:

 

L'action de L’AUBE DU MONDE se déroule dans les marécages du delta du Tigre et de l’Euphrate, au sud de l'Irak. Pouvez-vous nous parler de la spécificité de cette région?

Cette région, située à cheval sur la frontière avec l'Iran, est réputée pour être le pays du mythique Jardin d’Eden. C'est là que vivent les tribus des Maadans, appelés aussi les Arabes des marais. C’est là aussi que se sont réfugiés les vaincus des batailles qui ont marqué l’histoire de l'Irak, et plus récemment les déserteurs de la guerre Iran-Irak et les survivants de l'insurrection de 1991 contre Saddam Hussein. Pour faire disparaitre de la carte ce sanctuaire difficile à contrôler, Saddam Hussein avait ordonné d'assécher les marais, provoquant un désastre écologique et humain majeur.

Pourquoi avoir choisi de vous intéresser en particulier au sort des Arabes des Marais ?

Parce que justement leur sort n'intéresse pas grand monde. Quand Saddam Hussein a lancé sa compagne d'extermination à leur encontre, personne ou presque s’en est ému, pas plus en Irak qu'à l'étranger.

Comment expliquer cette indifférence ?

L'indifférence des non-Irakiens peut s'expliquer par le fait qu'ils ignorent l'existence même des Arabes des Marais. Pour ce qui est des Irakiens, beaucoup d'entre eux méprisent les habitants des marais au point d'utiliser le mot "maadan" comme une insulte synonyme d'arriéré, sauvage. Saddam Hussein lui-même les considérait avec mépris, allant jusqu'à les qualifier publiquement de menteurs et de voleurs sans morale. En fait, l'extrême pauvreté des Maadans et leur mode de vie primitif, inchangé depuis des siècles leur ont valu d'être placés au plus bas de l'échelle sociale en Irak.

Une histoire d'amour comme celle racontée dans le film, entre une fille des marais et un citadin de Bagdad, ne peut donc être fréquente ?

Elle ne peut être fréquente dans la mesure qu'elle transgresse les conventions sociales. Les deux amoureux du film en sont d'ailleurs conscients et l'évoquent franchement.

Quelle est la situation actuelle des Arabes des marais ?

Après la chute de Saddam Hussein, quelques dizaine de milliers d'entre eux, qui avaient fui en Iran, étaient revenus dans les marais. Ils ont même fait sauter à la dynamite les barrages dans l'espoir de ramener l'eau et donc la vie dans leurs marais asséchés. Mais je crains que leur culture ne soit définitivement condamnée. En exil, leurs enfants ont découvert l'électricité, la télévision, le téléphone portable et autres gadgets de la civilisation urbaine, et je les vois mal s'adapter au mode de vie primitif dans les marais. En fait Saddam Hussein et la guerre n'ont fait qu'accélérer un processus commencé avec la découverte du pétrole dans la région. Il y a un peu plus d'un demi-siècle, quand l'explorateur et ethnologue anglais Wilfred Thesiger était venu vivre parmi les Arabes des Marais, il avait pressenti la fin de leur civilisation. Pendant la préparation du film, j'avais en tête les écrits de Thesiger et un poème écrit à la même époque par le poète irakien Saadi Youssef, dans lequel il lançait en faveur des habitants des marais: "Crie-leur à propos de notre peuple oublié dans le silence des eaux /Inscris tes cris sur les fronts/ une marque de feu qui s'effacera/ lorsque la vie frémira dans notre peuple oublié dans le silence des eaux." Il est troublant aujourd'hui de constater que le cri du poète n'a pas été entendu et que les Arabes des marais sont plus que jamais oubliés, oubliés dans le silence des eaux et, pour beaucoup, dans le silence des charniers collectifs légués par Saddam.

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