L'école de la honte, un livre d'Emilie Sapielak aux éditions Don Quichotte

Publié le par dan29000

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L'on savait déjà que le métier d'enseignant n'est pas un métier facile. Cet essai d'Emilie Sapielak vient nous le confirmer.

 

Pendant longtemps être enseignant fut une vraie distinction car l'éducation, de la maternelle à l'Universitée était au centre de la République. Mais Jules Ferry est assez loin, et l'école se porte mal. Tout comme l'Université d'ailleurs, privatisée morceau par morceau malgré de fortes résistances intérieures.

Et quand l'école se dégrade sous les coups portés par ceux qui veulent casser l'école, et tout le système de l'enseignement, quand l'école souffre, il est facile d'imaginer que les enseignants souffrent aussi, sans oublier les élèves.

Une fois ce constat effectué, les livres sur la crise, endémique, de l'enseignement ne manque pas. Autant de livres, autant de remèdes...Mais il est intéressant d'entendre, et surtout d'écouter la parole des enseignants, des enseignantes surtout.

C'est la fonction de ce témoignage édifiant d'Emilie Sapielak.

Elle est, enfin, était, professeur de français certifié, sans poste fixe, en TZR (titulaire d'une zone de remplacement) dans la banlieue nord-ouest de Paris. Elle a enseigné trois ans avant de quitter l'Education nationale. Débuter dans une profession n'est jamais aisé, mais débuter dans l'enseignement est sans doute encore plus ardu. Pour la première fois cette année, le gouvernement a fait un choix aberrant, priver de formation pédagogique plus de 16 000 jeunes enseignants.

L'école est donc bien malade, et pire, elle rend malades ceux qui y vivent. La description de l'auteur est un terrible compte-rendu de sa vie au jour le jour dans un collège. Par moments l'on peut penser au célèbre film de Chaplin "Les temps modernes" ou à "The wall"...Enfermement, lieu d'affrontements, de douleurs, de répression et de régression, vie fractionnée, attente angoissée de la cloche scandant toutes les heures de la journée interminable...

L'auteur met particulièrement bien en évidence la fameuse et déjà ancienne fracture sociale...Les espaces sociaux sont différents, délimités par une sorte de mur. Elle résume bien l'état des lieux lors de son arrivée :

 

"Mon objectif : tenir le plus longtemps possible. Le leur : tester mon envahissante résistance, en espérant me voir débarasser le plancher au plus vite."

 

Une bonne synthèse qui est aussi celle de Philippe Meirieu :

 

"Nos villes, nos écoles et nos jeunes (...) sont traversés par une frontière Nord-Sud."

 

Au fil des pages, nous suivons l'enseignante d'heure en heure, dans sa journée infernale, avec sept heures de cours. Détail après détail, le tableau qu'elle brosse avec précision prend forme sous nos yeux. Et ce tableau est terrible.

 

L'école de masse a failli et est devenue une machine scolaire étouffante avec ses règlements absurdes au service d'une mécanique aliénante, et parfois humiliante, pour les professeurs et pour  les élèves.

 

L'on savait déjà que beaucoup d'enseignants étaient en difficulté, beaucoup étaient en arrêt de maladie ou sous traitements, on savait aussi qu'il existait des maisons de repos pour ceux et celles qui craquaient. Il n'y a pas que les salariés de France Telecom qui se suicident pour des raisons professionnelles...

Mais savoir est une chose, et lire ce livre de témoignages en est une autre...

Voilà pourquoi il faut lire ce livre.

 

Certains enseignants nous diront que l'auteur n'était peut-être pas faite pour ce métier. Toujours un raisonnement de facilité. Qui peut vraiment être fait pour travailler dans de telles conditions indignes ?

 

Au moment où les choix gouvernementaux renforcent la casse des services sociaux-éducatifs, supprimant des milliers de postes un peu partout dans les trois fonctions publiques, au moment où l'hôpital est lui aussi en danger,comme les services culturels, ce livre est digne d'intérêt, car il permet de mettre un visage et une voix sur la réalité de l'école.

Certes cela ne disqualifie pas les nombreux livres pleins de grandes théories passionnantes sur les remèdes à mettre en place afin de sauver notre système scolaire défaillant, mais écouter dans le détail la vie de folie d'une enseignante est nécessaire.

 

Le livre d'Emilie Sapielak réussit cela parfaitement. Quand école rime avec cauchemar et angoisse, l'on peut dire que notre société va de plus en plus mal.  

On ne peut que comprendre le choix de l'auteur de partir de cet enfer. D'autres "choisissent" l'enfermement dans la dépression, d'autres encore la lutte syndicale, d'autres le renoncement  à la bagarre quotidienne, baissant les bras, mais conservant leur salaire. On peut aussi le comprendre. 

 

Au-delà des considérations personnelles, on ne peut que saluer le choix, après son départ, d'avoir écrit ce livre, ce qui n'était sans doute pas si facile. Mais son témoignage est fort, et tombe bien au moment où l'on expérimente les premiers policiers dans les collèges, les premiers portiques de sécurité, et où l'on augmente la hauteur des grilles et la fouille des élèves.

Certains rêvent d'une école bunker à l'américaine, censée stopper la violence venue de l'extérieur. Mais quand la société subit la violence de plein fouet, l'école ne peut être isolée, même en la transformant en maison de redressement...

 

Ce livre est donc une forme de résistance, le livre étant par excellence une forme de résistance, face à ceux qui cassent les services publics jour après jour...

 

Dan29000

 

Pour voir le site de l'éditeur, c'est ICI 

 

Déplacements de l'auteur :

Du sam 4 au dim 5 décembre 10
ROQUEBRUNE CAP MARTIN
Salon du livre

Du jeu 18 au ven 19 novembre 10
toulon
Salon du livre

Du sam 16 au dim 17 octobre 10
SAINT ETIENNE
Salon du livre

 

L'école de la honte

Emilie Sapielak

Editions Don Quichotte

2010 / 288 p / 18 euros 

 

 

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