L'effrayable, un premier roman d'Andréas Becker, éditions de la différence

Publié le par dan29000

 

 

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  Nous poursuivons nos articles sur quelques premiers romans de cette rentrée littéraire 2012, avec "Effrayable". Un roman tout à fait particulier, à nul autre pareil, sans doute un des romans les plus étranges de cet automne, aussi étrange dans son histoire que dans sa forme.

  Nous sommes dans une chambre d'asile.

  Avec un patient.

  Un patient enfermé, mais quel patient véritablement ?

  Un patient ou une patiente ?

  Adulte ou enfant ?

  Ou enfant-adulte d'ailleurs. On comprend peu à peu que cet être humain a été sans doute maltraité. Et à son tour, longtemps après, il ou elle maltraite la langue.

  La folie a toujours plusieurs visages, ici Karminol...Ou Angélique...?


  C'est le narrateur qui parle, qui nous parle, avec son langage spécifique, qui tente de nous faire part de son histoire passée, qui pourtant reste encore bien là, dans son esprit. Recherche difficile du choc initial ancien, en Allemagne, dans les années trente, choc en forme de viol ou de meurtre. Des chocs qui laissent des traces au long cours, bien des années plus tard. Des chocs qui peuvent dédoubler un esprit et alors inventer une langue.

  Andréas Becker, né à Hambourg en 1962, vit en France depuis 1991, après des études de philosophie et d'histoire, est professeur d'allemand et traducteur de romans. S'il peut sans doute s'avérer difficile d'entrer dans ce roman, pourtant l'on ne tarde pas à se laisser emporter par la magie fascinante du récit où les mots inventés rendent palpables la folie du narrateur.

 

  Un formidable travail de création littéraire qui ne peut laisser indifférent. Au fil des pages l'on va partager cette histoire tragique dont les séquelles passent alors dans les phrases souvent imagées et déformées de celui/celle qui se raconte...

 

  Nombreux furent les romans consacrés à la folie, pourtant celui-ci est tout à fait innovant et une fois la lecture achevée, nous laisse de profondes traces, sur le plan humain et sur le plan littéraire, sans qu'il soit possible de dissocier l'un de l'autre, et c'est tant mieux.


 

 

  Dan29000

 

 

L'effrayable

Andréas Becker

Collection littérature

Editions de la différence

2012 / 256 p / 18 euros

 

Voir le site de l'éditeur

 

 

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EXTRAIT :

 

 

« Jusqu’à maintenant je n’ai fait que mentir, que mentir à moi-même, je ne suis pas seule dans ma cellule, je n’ai jamais eu-t-été seule, je m’appelasse Angélique, ça pour sûr, je n’y renonce pas, je suis une petite fille, une toute petite fillasse. Des parfois des fois et des parfois des fois non, et alors je ne sais pas où il est, il se cache son mon lit un homme, Karminol. […] Karminol, ce n’est pas moi, je m’écris quand je cris, Karminol, il vivote à mes côtés, ça c’est vrai indéniable vrai, il me tient d’une certaine manière en tenaille dans mon cellulement, parfois en facerie de moi, corps vers moi, visage au mur, me reluquant d’un regard à l’envers en imititant le dicteur, mais j’en rigole encore, mon foutu Karminol, t’es pas le dicteur, toi, t’es juste une merderie de trop dans ma vivoterie à moi, et que c’est déjà assez, tu sais, assez dur de me supporter pour moi. »

 

 

 

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