L'équation africaine, de Yasmina Khadra, chez Julliard

Publié le par dan29000

 

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Souvent un drame familial peut être le moteur pour un changement radical de vie. C'est ce qu'il advient à Kurt, médecin à Francfort. Son existence assez ordinaire, frisant même la banalité, est soudainement remise en question par un terrible drame dont il va lui être difficile de sortir.

 

Afin de le sortir de son désespoir, un de ces amis qui travaille dans l'humanitaire, lui propose de l'embarquer sur son voilier en direction des Comores. Ceci n'étant que le tout début de ce roman passionnant qui a pour toile de fond les célèbres faits divers dramatiques de ces dernières années, les prises d'otages au large de la Somalie.

 

Ce voyage était donc un voyage "thérapeutique" pour Kurt. Un changement de vie, une rupture, lui permettant d'envisager un nouveau départ dans sa vie bouleversée.

 

Yasmina Khadra nous offre ici est un des ses romans les plus aboutis. Roman de voyage, en Afrique, roman de renaissance, donc roman psychologique, mais aussi roman très politique, puisqu'il s'agit de cette Afrique que nous connaissons assez mal, en ne comprenant pas toujours bien cette chaude actualité. Les médias s'en tenant aux stricts faits, et encore...

 

Hans et Kurt vont être enlevés, comme beaucoup d'autres depuis quelques années. De la Somalie au Soudan, les deux hommes se retrouvent prisonniers dans un campement improvisé où ils devront attendre, subir et combattre chaque jour un quotidien violent et répétitif. C'est aussi un peu le portrait réaliste de cette Afrique orientale, où sévissent extrême pauvreté, violence endémique, et surtout dictateurs en tous genres et mercenaires sans pitié.

 

S'il y a un aspect roman d'aventures dans ces pages, comme toujours chez Khadra, il y a une réflexion. Ici nous allons au fil des pages, constater et surtout ressentir l'évolution d'un homme, la transformation de cet européen aisé, qui peu à peu, va découvrir la réalité de ce monde qu'il ignorait totalement. Découvrir la réalité de ces pirates, de ce continent, et se re-découvrir un peu lui-même.

 

Yasmina Khadra, né dans le Sahara algérien, est devenu au fil de ses romans, un auteur international reconnu traduit dans quarante pays. Si vous n'avez pas encore lu "L'écrivain" ou "L'attentat", ne tardez pas à les découvrir. Ce dernier faisant partie d'une magnifique trilogie, avec "Les hirondelles de Kaboul" et "Les sirènes de Bagdad".

 

Avec brio, l'auteur, qui fait une fois de plus la preuve de son talent de conteur, nous démontre que malgré la violence et la pauvreté endémique, le continent africain est aussi une terre de fierté, de sagesse, et aussi de courage. Tout cela en dépit des nombreuses contradictions de ce continent protéiforme.

 

Une des très belles réussites de cette rentrée littéraire.

 

 

Dan29000

 

Pour découvrir le site de l''éditeur, c'est ICI

 

L'équation africaine

Yasmina Khadra

Editions Julliard

2011 / 336 p / 19 euros

 

 

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EXTRAIT /

 

"Depuis que nous avons embarqué à bord du voilier, c’est Hans qui mène la conversation. Je me contente de l’écouter, ne l’interrompant que pour le relancer, surtout lorsqu’il s’étale sur les questions maritimes. Je suis profane en la matière, ne sais ni tenir une barre ni lire une boussole, encore moins me situer sur une carte. Hans adore disserter sur la mer et sur les navires, des nefs antiques aux vaisseaux ultramodernes ; ses connaissances paraissent encyclopédiques. Il est très fier de son bateau qu’il a décoré lui-même. Quand il s’empare des commandes, il donne l’impression de prendre en main son propre destin. Les premiers jours, terrassé par le mal de mer, et après avoir vomi mes tripes par-dessus l’écubier, je m’affaissais sur un siège et, les bras enroulés autour du pavois, j’observais Hans à travers la baie vitrée de la cabine de pilotage. Il se tenait droit tel un conquérant, la barbe blanche haut perchée, rappelant un capitaine Achab chenu mais assagi. Au début, il m’invitait à la barre, m’expliquait le fonctionnement des différents cadrans sur le tableau de bord, me montrait la radio, le radar, le GPS, les instruments de navigation. Ensuite, s’apercevant que je n’assimilais pas grand-chose, il cessa de m’“importuner”. J’avais la tête ailleurs et sa pédagogie m’ennuyait. Je préférais passer le clair de mon temps à scruter les horizons et à écouter les voiles claquer dans le vent."


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