L'escalier de Jack, un roman de Jean Cagnard, chez Gaïa

Publié le par dan29000

 

 

 

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  Notre premier coup de cœur en cette nouvelle rentrée littéraire va au roman de Jean Cagnard. N'ayons pas peur de l'avouer son roman nous parle, et nous parle bien. Il nous parle de l'enfance et de l'adolescence, de ces moments où il nous fallait répondre à cette angoissante question :

 

  "Qu'allons-nous faire plus tard ?"

 

  Le fil de "L'escalier de Jack" est à l'image de son parcours.

 

  Un parcours atypique pour ce Normand maintenant installé dans les Cévennes et qui longtemps alterna les chantiers de maçonnerie et l'écriture. Aujourd'hui l'écriture a pris le dessus, et aussi la mise en scène, puisqu'il travaille avec plusieurs compagnies, dont la sienne " 1057 roses" et produit des textes pour des clowns ou des marionnettistes. Jean Cagnard écrit beaucoup, depuis 1990, de la poésie, des nouvelles, et donc du théâtre, mais peu de romans. Dix-huit ans entre son premier roman et "Le voyageur liquide" en 2011 chez Gaïa.

 

  Principale originalité dans cette narration, le parti pris d'écrire un récit à la seconde personne du pluriel. Un "vous" qui peut aussi bien s'adresser au lecteur, mais qui peut aussi être une interpellation du narrateur envers lui-même. Le lecteur va suivre avec délectation, durant près de 300 pages, la vie du narrateur nous expliquant avec spontanéité, plusieurs dizaines de ses petits boulots.

 

  Un roman qui pourrait se nommer "Petits boulots et livres"...

 

  Car les livres sont entrés un jour dans la vie du personnage. Là aussi Cagnard touche juste, avec finesse et sens du détail. Il nous fait alors partager son amour de la littérature et en particulier de celle qui marqua tant de lecteurs, la beat generation, avec l'une de ses figures majeures, Jack Kerouac. Kerouac qui a tant influencé nos vies dans les sixties et seventies. Kerouac qui a fait prendre la route et aussi le stylo à tant de lecteurs, parfois devenus écrivains.

 

  Dès la deuxième page du roman, le ton est donné avec cet enfant de treize ans qui ramène presque une demi-tonne de patates sur son vélo, en plusieurs voyages, après la récolte, dans un champ près de chez lui. Parfois les petits boulots commencent tôt. Et l'on pense à ce moment au magnifique film d'Agnès Varda "Les glaneurs et la glaneuse". La lecture de ce roman déclenche chez le lecteur maintes évocations, songes, rêveries. N'est-ce pas là le propre d'un univers inscrit dans des pages ?


  Il y a une petite brise qui passe dans ce roman, une petite musique pleine de tendresse et d'humour, une petite brise musicale à la Salinger. Un Salinger qui aurait croisé Kerouac "on the road" en France, la guitare à la main.


  La belle surprise de cet fin d'été.

 


 

Dan29000


 

 

L'escalier de Jack

Jean Cagnard

Editions Gaïa

2012 / 288 p / 20 euros

Imprimé sur papier certifié FSC, issu de forêts gérées durablement


 

Voir le site de l'éditeur

 

 

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EXTRAIT :

 

La semaine suivante, vous reprenez la carriole et vous gonflez les pneus à bloc. Dans sa partie sud, le hangar du ferrailleur abrite des piles de palettes de vieux journaux jusqu’au toit, et n’ayant plus de perspectives immédiates sur le terrain des métaux – il faudra à vos fournisseurs des années pour transformer des produits manufacturés en cochonneries – vous vous rabattez sur le papier. Vous allez dans la cave et vous dénichez de vieilles revues de tricot de votre mère ainsi que deux ou trois années de programmes télé (des chaînes !) qui vous recouvrent le fond de la carriole et puis vous faites un tour dans le cabanon à vélos et là c’est un stock de tracts syndicaux recouverts de poussière que vous ramenez vers la lumière. Ensuite c’est au tour des voisins, qui vous trouvent à nouveau providentiel et votre chargement est bientôt deux fois plus haut que le précédent. Vous devez amarrer toute cette littérature avec un faisceaude sandows inédit.
La grande descente est un enfer et vous arrivez chez le ferrailleur dans un état second, comme si la mer elle-même vous avez déposé là. Mais vos petits calculs de rentabilité sont bien en place dans votre crâne et vous regardez votre cargaison passer sur la balance avec une assurance sereine en réfléchissant au type de véhicule motorisé qui pourrait assurer vos prochaines livraisons.

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