L'espion du président, au cœur de la police politique de Sarkozy, chez Robert Laffont

Publié le par dan29000

 

 

espion du président

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être ces quatre lettres ensemble (DCRI) n'évoquent-elles rien pour vous ? Vous n'êtes pas les seuls... Beaucoup de Français en sont encore restés au RG (Renseignements généraux) et à la DST (Direction de la surveillance du territoire)...Pourtant au cœur de l'été 2008, Sarkozy créa la DCRI, Direction centrale du renseignement intérieur, le plus puissant service de contre-espionnage que le pays ait jamais connu. A sa direction "Le squale", Bernard Squarcini qui depuis une trentaine d'années navigue dans ce milieu si opaque, écartant ses rivaux les uns après les autres avec une belle constance. Par le passé les RG eurent assez mauvaise réputation, souvent soupçonnés de diverses barbouzeries et surtout d'être une vraie police politique.

 

  Sarkozy "l'américain" était encore dans sa période dorée sur tranche, version "bling bling"et cela semblait bien en adéquation de créer un "FBI" à la française. Vous êtes priés de ne pas rire ! Ancien préfet et commissaire de police, Squarcini prit la direction de cette nouvelle structure installée dans un vaste immeuble bunkerisé de Levallois-Perret où s'installèrent 1800 fonctionnaires des 4000 que compte la DCRI. L'État avait signé un bail de douze ans avec option d'achat et un loyer de 366 millions d'euros, sans compter des travaux à 7 millions et un déménagement pour une somme identique. Service qui allait donc servir une seule cause, la défense de l'intérêt général. Enfin, en théorie...Pourtant la fusion entre les deux services ne fut pas vraiment simple.

 

 

  Un trio de journalistes du Point et du Canard enchaîné nous livre ici une toute autre réalité, celle d'un service de renseignement instrumentalisé au profit d'un seul homme, Sarkozy...Les auteurs se sont entretenus avec plusieurs personnes bien placées dans la structure :

 

 "La DCRI telle qu'elle a été créée, avec à sa tête Squarcini, n'est pas une direction du renseignement intérieur, mais une agence de renseignement au service de l'Élysée" explique aux auteurs un membre de la division T, la sous-division chargée du contre-terrorisme. (page 91). Presque tout le livre pourrait être synthétisé dans cette phrase.

 

  L'ouvrage commence par un édifiant portrait de cet homme aux racines corses et siciliennes. Longtemps basé à Digne, Squarcini est souvent en Corse et devint même numéro deux des RG à Ajaccio, avant de venir à Paris afin de superviser la chasse aux vilains terroristes, Corses, Basques ou Bretons. Au fil des chapitres, l'on ne peut qu'être intéressé par les pratiques et méthodes de ces agents qui chassent moins les rouges que les journalistes. On peut aussi y apprendre l'existence très amusante d'un petit logiciel qui fait fureur dans le bunker de la DCRI. On entre les coordonnées du suspect, gauchiste, terroriste basque, épicier ou journaliste, et on obtient la liste de toutes les caméras privées et publiques qu'il a croisées ! C'est beau la haute technologie ! Avec quand même dans les dernières années, une forte préférence pour les journalistes, de Mediapart au Monde. Il est vrai que le quatrième pouvoir est fort ennuyeux pour le résident de l'Élysée qui voit son palais parfois cerné par diverses affaires où la vérité a la fâcheuse tendance à se rapprocher...

 

  Le livre apporte un lourd démenti à Guéant qui, sans rire, continue d'affirmer que la DCRI est "un instrument(...) au service de l'intérêt général". Connaissant son sens de l'humour peu développé, on pourrait presque le croire, si ce n'était les multiples témoignages et preuves contenues dans ce livre que l'on peut déclarer d'intérêt public, si l'on est attaché aux libertés. La peur que des vérités se fassent jour via des journalistes, est devenue une sorte d'obsession du bunker de Levallois où des officiers eurent leurs habilitations supprimées en 2011 suite à des contacts avec des journalistes. Un air de maccarthysme flotte donc sur cette commune chère au cœur de Balkany...Enfin si les écoutes illégales, comme d'habitude, existent, moins classique est la fouille à distance de disques durs ou les intimidations de journalistes parfois sous-traitées au privé, selon des témoins.

 

  Ajoutons enfin que le livre peut aussi se lire comme un bon polar, et c'est une grande qualité, avec des chapitres aux noms évocateurs : la belle blonde, un nid d'espions tout neuf, tous les coups sont permis, touche pas à mes corses, Nanard et les cagoulés,un requin dans le vieux port. Tout cela serait particulièrement plaisant, si dans la réalité, comme le dit Plenel dans un édito de Mediapart en janvier "Les méthodes d'espionnage des rédactions par la DCRI(...) ne relèvent pas d'un dérapage occasionnel mais d'une violation systématique des libertés."

 

  Voilà pourquoi ce livre est utile à tous ceux qui se soucient encore de la démocratie et des libertés dans un pays mis à mal par cinq ans de sarkozysme. Et encore nous ne vous avons pas parlé de la SDAT (Sous direction anti-terroriste de la PJ) qui semble sous tutelle de la DCRI qui l'héberge dans le fameux bunker, dont un grand moment de célébrité fut son assaut victorieux d'un café-épicerie dans un village nommé Tarnac, ou encore beaucoup plus consternant l'acharnement sur un physicien du CERN, Hadlène Hicheur, emprisonné depuis octobre 2009, soupçonné de terrorisme islamique, malgré le soutien d'une centaine de chercheurs internationaux et d'un prix Nobel de physique !

 

  La police politique est aujourd'hui une forte réalité, ce livre en donne un terrible témoignage, voilà pourquoi il doit être lu avec attention et que l'on ne peut que féliciter les auteurs et les soutenir face à la plainte déposée par l'espion du président suite à la publication de ce livre indispensable.

 

 

Dan29000 

 
 

L'espion du président

Au cœur de la police politique de Sarkozy

Olivia Recasens, Didier Hassoux, Christophe Labbé

Editions Robert Laffont

2012 / 288 p / 19 euros

 

Voir le site de l'éditeur, ICI

 

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PRESSE :

 

Mediapart savait avoir été victime d’un espionnage policier sur ordre de l’Elysée. Un livre d’enquête, L’Espion du président (Robert Laffont), apporte de nouvelles révélations sur l’ampleur de cette surveillance. Mediapart va saisir la justice de ces faits nouveaux.

MEDIAPART

 

Deux des auteurs de l'enquête, Christophe Labbé et Didier Hassoux, se sont déclarés "très, très sereins" après la réaction de Bernard Squarcini, estimant avoir réalisé un travail "extrêmement sérieux". "Il a déjà porté plainte deux fois contre Le Monde, contre Mediapart, contre Le Canard Enchaîné. C'est devenu systématique pour M. Squarcini et Claude Guéant", a jugé Christophe Labbé.

LE MONDE

 

La publication de l'enquête apporte de nouveaux témoignages et de nouvelles preuves sur l'ampleur du système de surveillance mis au point par la DCRI.

L'HUMANITE

 

 

Dès sa création en juin 2008, l'outil a été dévoyé au profit d'un clan. Une dérive rendue possible par l'extrême proximité de son patron, Bernard Squarcini, avec l'Élysée. Mais aussi par la cloche du secret-défense qui permet de tenir à distance magistrats ou journalistes trop curieux. Les troublantes fréquentations du "Squale", comme on l'appelle, "l'homme qui sait tout et qui veut tout savoir", selon sa formule, sont elles aussi passées au crible. En octobre 2011, Bernard Squarcini a été mis en examen pour "atteinte au secret des correspondances" dans l'affaire des fadettes du journal Le Monde.

LE POINT

 

Le livre consacré au patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini, accusé d'avoir "dévoyé" ce service, a déclenché une guérilla judiciaire, M. Squarcini promettant des poursuites en diffamation tandis que Mediapart va saisir la justice sur des soupçons d'espionnage.

Dans "L'espion du président" (Editions Robert Laffont) publié jeudi, les journalistes Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé dressent un portrait au vitriol de M. Squarcini à partir de témoignages le plus souvent anonymes.

LE NOUVEL OBS

 

 

 

EXTRAIT /
Le Graal, pour un service de renseignements, ce sont les fameuses fadettes qui permettent de savoir qui communique avec qui, y compris par SMS ou MMS. « Nous chargeons les données dans un logiciel spécialement conçu pour les analyser », raconte Jean-Philippe [lui aussi officier de la DCRI]. En interrogeant l’ordinateur, le policier peut ainsi tout connaître des habitudes de la cible, l’heure à laquelle elle se réveille grâce à l’alarme de son portable, les personnes dont elle est la plus proche, en faisant ressortir la fréquence et la durée des contacts. « Ensuite, nous pouvons cibler en demandant des écoutes, des interceptions internet, ou en déclenchant des moyens d’investigation plus sophistiqués, comme la sonorisation d’une voiture ou d’un appartement. »

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