L'homme qui m'a donné la vie, un premier roman de Virginia Bart

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dans les seventies, en France, et dans une grande partie du monde, beaucoup de gens prenaient la tangente, vers un grand ailleurs où il ferait bon  vivre. Les USA avaient déjà donné le ton, l'Europe avait suivi avec l'habituel  décalage. L'air post-68 souffla durant plus d'une décennie. San Francisco et ses groupes de rock  légendaires (Jefferson Airplane ou Grateful Dead) étaient dans les oreilles, et Jack Kerouac était dans les esprits avec un roman sublime "Sur la route". Alors il était facile de partir, loin, facile de rompre avec le boulot, dans des pays où le travail ne manquait pas encore...

 

La contre-culture, le hippisme, la volonté d'être libre dominaient une société qui profitait encore du charme des trente glorieuses.

 

C'est ce cadre attachant et difficile où les deux protagonistes de ce roman ont vécu. L'un en profitait, un père, un père qui avait décidé un jour de rompre, de changer de vie, donc de partir "on the road". Un choix de vie marginale, qui, à l'époque, n'était pas si rare. L'autre, sa fille, subissait. Pas facile d'être une fille abandonnée juste après la naissance.

 

Elle se nomme Valérie, et avait cessé de se comporter comme une enfant "normal" dès l'âge de deux ans, se cognant la tête contre les murs lors d'énervements, ou en torturant des animaux de compagnie. Parfois le père, Daniel, revenait, pour de courtes périodes, en plus ou moins bonne santé, et repartait...Pas facile pour Valérie de s'attacher vraiment à un père qui apparaît et disparaît avec plus ou moins de régularité.

 

Si vivre en marge n'est pas toujours facile, vivre aux côtés d'un marginal, surtout quand c'est son père, n'est pas non plus aisé.

 

C'est avec un style limpide, et surtout agréable à lire, que Virginia Bart fait vivre ces deux personnages si attachants. La simplicité de ses mots et la justesse de ton donnent vie dès les premières pages à ces deux êtres qui vont un jour enfin se réunir, s'apprivoiser, se rejoindre.

 

Cela ne fut pas simple pour Valérie, et d'abord comment comprendre vraiment ce père, mais ne l'ayant pas élevée, pouvait-elle le nommer "père", ou  plutôt n'était-il pas un SDF, ou un clochard, un vagabond, un hippie, ou encore un ermite, pas facile de trouver le bon mot, et pourtant il faut bien à un moment nommé les gens, surtout les proches...Alors elle va lire Kerouac et donc faire connaissance de Dean Moriarty, et Sal Paradise ou Carlo Marx, et comprendre que le nom, le bon nom pour son père était sans doute "Beatnik", enfin le nom le moins éloigné d'une réalité mouvante, réalité parfois distordue par l'usage des drogues.

 

Daniel chercha une autre vie durant ses errances de marginal, et sa fille délaissée le chercha autrement et trouva, un peu, une porte d'entrée, via ce livre qui marqua plusieurs générations.

En fin de roman, un autre personnage se fait jour et vient alors modifier la donne.

 

Ce premier roman de Virginia Bart qui est journaliste dans la presse hebdomadaire est bref, profond, juste et surtout très évocateur d'une époque qui nous semble déjà bien lointaine. Une histoire réussie de double réconciliation, celle entre la fille et son père, et celle entre la fille devenue adulte et sa propre vie. Emotion et simplicité pour deux personnages difficiles à oublier, une fois le livre refermé.

 

Dan29000

 

L'homme qui m'a donné la vie

Virginia Bart

Editions Buchet/Chastel

2010 / 185 p / 14,50 euros 

 

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ENTRETIEN  AVEC L'AUTEUR + EXTRAIT 

 

2'11

 

Interview de Virginia Bart pour la sortie de son premier roman "L'homme qui m'a donné la vie" 

 

Le 4 décembre 2010, Virginia Bart rencontre ses lecteurs à l'espace Cultura de Claye sous Bois

« En le regardant de nouveau s’élancer dans les vagues, je comprends que je n’ai plus peur. Ma conception ne vaut ni plus ni moins que celle des autres enfants. Surtout, je n’ai plus besoin que n’importe qui m’aime ou m’admire. Je n’aurai plus besoin non plus de jouer à l’homme que mon père n’a pas été. Je sais aussi que, plus jamais, je ne ressentirai cette émotion qui me foudroyait la poitrine quand je côtoyais des pères de famille ordinaires. Car j’ai un père. Et peu importe qu’il soit cabossé, fracassé, frénétique ou sauvage. J’ai un père. »

 

 

 

 

 

 

 

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