L'impératif de désobéissance, de Jean-Marie Muller, éditions Le passager clandestin

Publié le par dan29000

 

 

imperatif-deso.jpgDepuis ces dernières années, on ne peut que constater le "grand bond en arrière" bien défini par Serge Halimi, grand bond en arrière sur tous les terrains, et qui n'a cessé de s'accélérer depuis l'arrivée au pouvoir de Sarkozy, notre casseur social digne des modèles précédents nommés Thatcher et Reagan. Ni les gauches réformistes ou révolutionnaires, ni les syndicats ne peuvent à l'heure actuelle stopper cette destruction programmée que la crise financière venue des USA accéléra, mettant en danger plusieurs pays et rendant les pauvres plus démunis encore et par la même occasion les riches encore plus riches.

Alors  comment résister, au-delà de l'indignation signée Hessel, comment résister c'est à dire refuser. Et là, quelques belles pistes existent, et elles existent dans nos passés de résistants, en Europe et aux USA. Bien entendu on ne peut que songer au 20 ou 19e siècle, si l'on pense désobéissance.

Et pourtant l'excellent essai de Jean-Marie Muller nous remémore que l'idée d'obéissance conditionnelle remonte  à John Locke au 17e siècle !

 

L'essai est divisé en cinq grandes parties aussi logiques que claires :

 

Les pionniers

Les grandes campagnes

La désobéissance civile garante de la démocratie

Concept et stratégie

La désobéissance civile à l'heure française

 

Nous n'allons pas détailler les cinq chapitres, mais en survoler trois afin de donner envie aux lecteurs de cet article, d'aller chez le libraire  pour commander ce livre.

Les pionniers bien entendu donnent le ton du livre, normal. Et parmi les quatre choisis, tous importants, notre affection particulière demeure, après bien des années de lecture à haute dose, à Etienne de la Boétie (1530-1563) et son insurpassable "Discours sur la servitude volontaire", écrit sans doute en 1553.

Chacun peut constater depuis bien des années que le travail ne rend pas libre malgré les affirmations des nazis aux entrées de leurs camps de concentration. Le travail ne rend pas libre, souvent il tue comme chez France Télécom ou dans le bâtiment ou encore dans les centrales nucléaires où la sous-traitance est plus que maltraitée. Sans parler des chaînes de montage qui existent encore. On est donc en droit de parler de servitude. A la servitude du travail peut répondre la servitude des dictatures, la servitude des médias de masse où le "temps de cerveau disponible" est annihilé par la société du spectacle...

Et ainsi de suite...

Mais la grande question est : comment des millions d'humains subissent sans se révolter cette situation d'une décennie sur l'autre ? La Boétie analyse avec brio cette situation et plusieurs siècles après son argumentation reste parfaitement d'actualité, tout comme les démonstrations des trois autres, John Locke qui a parfaitement défini un droit de résistance, un droit de désobéissance aux ordres arbitraires et illégaux des gouvernants.

Difficile, même impossible de ne pas passer par la case "Henry David Thoreau" (1817-1862) et son fameux " Du devoir de désobéissance civile" publié après sa mort. Un texte petit par sa taille, mais fondamental par sa portée universelle et qui fut une référence pour Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King, ce qui n'est pas peu dire. D'ailleurs au-delà de cet essai, il faut lire la totalité de l'œuvre de Thoreau.

Le premier chapitre s'achève avec Tolstoï pour qui l'Etat, c'est la violence organisée par une minorité d'individus pour soumettre le plus grand nombre à son pouvoir. A découvrir, sa correspondance avec Gandhi.

 

Lequel Gandhi ouvre le chapitre suivant sur les grandes campagnes. Bien entendu, l'Inde, ou comment en finir avec l'oppression des occupants anglais, avec la célèbre marche du sel. Puis la désobéissance aux nazis, avec la résistance civile des policiers de Nancy.

Enfin deux autres formidables campagnes victorieuses, celle de Martin Luther King contre la ségrégation raciale, et à l'est, comment désobéir aux mensonges d'Etat, avec Vaclav Havel et la révolution de velours en Tchécoslovaquie.

 

Muller étant philosophe, il nous rappelle à juste titre ce qu'est le civisme de dissentiment, en faisant appel à Rawls, Habermas et Dworkin, avant d'expliciter le concept de "désobéissance civile" et la stratégie qui en découle.

 

Le livre se clôturant sur d'utiles pages consacrées au présent, car il existe bel et bien une renaissance des pratiques de désobéissance. Savoir dire non est aujourd'hui essentiel face aux attaques multi-formes d'un capitalisme qui n'a jamais été autant prédateur.

Si vous êtes lecteur de notre site de résistances, vous savez qui sont les faucheurs volontaires, qui sont les déboulonneurs, les Robin des toits, les enseignants qui disent régulièrement non avec RESF et Refalo, et bien entendu le combat exemplaire du DAL.

Désobéir c'est résister, résister c'est créer, créer de la solidarité, créer du lien social, et aussi c'est montrer l'exemple face à l'Etat prédateur et à ses lois au service des nantis.

Ce livre est une belle synthèse, histoire, sociologie, philosophie et actualités du moment, un bel instrument de réflexion, et donc de lutte.

En conclusion, même si on pense que J-M Muller ne se présente plus, disons qu'il est membre fondateur du Mouvement pour une alternative non-violente et directeur des études de l'Institut de recherche sur la résolution non-violente des conflits. Il anime aussi des formations sur la résistance non-violente à travers le monde entier.

Ci-dessous ses derniers livres parus.

 

Dan29000

 

 

L'impératif de désobéissance

Fondements philosophiques et stratégiques de la désobéissance civile

Jean-Marie Muller

Editions le passager clandestin

2011 / 288 p /20 euros

 

Pour voir le site de l'éditeur, c'est ICI

 

Lire aussi notre article sur le livre d'Alain Refalo, ICI

 

A lire aussi sur le même sujet : "Pourquoi désobéir en démocratie", ICI

 

 

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Quelques titres récents de l'auteur (source Wikipedia)

 

  • De la non-violence en éducation, Paris, 2002, UNESCO, Préface de Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO, 72 p. (Traduit en anglais et en espagnol).
  • Quelle éthique après le 11 septembre ?, Collectif, 2003  
  • Délégitimer la violence, Centre de ressources sur la non-violence de Midi-Pyrénées, Colomiers, 2004, 42 p.
  • Dictionnaire de la non-violence, Les Editions du Relié, 2005, 401 p.  
  • Choisir la non-violence pour rendre un autre monde possible, Centre de ressources sur la non-violence de Midi-Pyrénées, Colomiers, 2006, 56 p.
  • La non-violence en action, Éditions du Man, Paris, 2007, 88 p.
  • Gandhi, sage et stratège de la non-violence, en coll. avec Alain Refalo, Centre de ressources sur la non-violence de Midi-Pyrénées, Colomiers, 2007, 88 p.
  • Désarmer les dieux, Le christianisme et l'islam, au regard de l'exigence de non-violence, Le Relié Poche, 2010.
  • Supplique à un prix Nobel en guerre, Editions des îlots de résistance, Paris, 2010.
  • Les Français peuvent-ils vouloir renoncer à l'arme nucléaire ?, Les Editions du Mouvement pour une Alternative non-violente, 2010.
  • L'impératif de désobéissance, Fondements philosophiques et stratégiques de la désobéissance civile, Editions le passager clandestin, 2011, 288  

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