La désintégration, un film de Philippe Faucon, en salles

Publié le par dan29000

Avec un saisissant sens de l'épure, Philippe Faucon pointe les failles d'une République irresponsable à travers le parcours désespéré d'un jeune Maghrébin.

 

 

Comme souvent, l’excellent et trop discret Philippe Faucon n’a pas opté pour la facilité. Le parcours d’un jeune étudiant d’origine maghrébine qui devient terroriste islamiste est le type de sujet qui expose soit à la caricature stigmatisante, soit à la complaisance angélique. Avec son sens de l’épure habituel, Faucon évite ces deux écueils.

La réussite du film passe d’abord par l’écriture. Créer trois personnages pour montrer que la bascule dans l’islamisme peut résulter de diverses causes : le désœuvrement, la foi exacerbée, le sentiment d’être rejeté par le système républicain... Montrer aussi que l’intégrisme virulent n’est pas une fatalité chez les populations arabo-musulmanes à travers une mère éplorée qui ne comprend plus son fils ou un grand frère parfaitement intégré.

Mais le plus remarquable dans le cinéma de Faucon, c’est son style, frontal et sobre, limpide et franc, précis et sec, sa façon de raconter avec clarté et simplicité des situations extrêmement complexes, son refus du spectaculaire et de la vanité stylistique qui se mesure jusque dans la durée de ses films, généralement courte (ici, 1 h 18).

Il suffit de voir comment il filme des musulmans en train de prier : son regard n’est ni fasciné ni condescendant, simplement respectueux. Sa façon de commencer le film par des plans ouverts sur l’extérieur et de le terminer par l’impasse étroite d’un couloir est également significative, comme une synthèse formelle du mouvement de ses personnages.

Les étapes du parcours d’Ali et de ses camarades sont déroulées avec la minutie d’horloge et l’absence d’esbroufe d’une série B : la difficulté à trouver un travail, la désespérance qui se mue en colère, l’interaction quasi chimique avec une figure charismatique qui s’engouffre avec son poison idéologique dans la brèche des apories de la République, le rejet de la famille qui succède à celui de la société... Cette sécheresse s’opère parfois au risque d’une certaine raideur mais n’en reste pas moins impressionnante.

Admirateur de Bresson et de Pialat, Faucon dirige ses acteurs selon un registre grave, minimal, dans lequel brille Rashid Debbouze (le barbu au centre de la photo), révélation du film, à contre-courant de la veine extravertie de son frère Jamel.

Le titre du film est à entrées multiples : il désigne la désintégration du personnage, de la famille, d’une partie des classes populaires, mais surtout, se veut l’opposé de la fameuse intégration à la française.

Philippe Faucon ne parle finalement pas tant du terrorisme ou de l’islamisme que des failles d’un modèle républicain laissé en jachère par des années de politique irresponsable qui ont ouvert la porte à la violence. Il le fait sans slogan, par les seuls moyens du récit et du cinéma, poursuivant après Samia, La Trahison et Dans la vie un ensemble édifiant sur les relations entre la France et l’autre rive de la Méditerranée.

 

Source : les inrocks

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Source : TELERAMA

 

 

SYNOPSIS

Une cité dans l'agglomération lilloise, de nos jours. Ali, Nasser et Hamza, âgés d'une vingtaine d'années, font la connaissance de Djamel, dix ans de plus qu'eux. Le charisme de Djamel ne va pas tarder à agir. Habile manipulateur, il endoctrine peu à peu les trois garçons, connaissant mieux que quiconque leurs déceptions, leurs failles et leurs révoltes face à une société dans laquelle ils sont nés, mais dont aucun des trois ne pense plus désormais faire partie.

LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 15/02/2012

3

Le titre claque comme une gifle. Cette « désintégration », trois jeunes Beurs de la région lilloise vont la vivre au sens propre comme au figuré. Victimes d'un sentiment d'ex­clusion, Ali, Nasser et Hamza deviennent des musulmans radicaux. Au point d'accepter le martyre : se faire sauter avec leurs bombes au nom du Coran... Philippe Faucon, qui connaît bien les cités et la communauté maghrébine - il leur a consacré plusieurs films : Samia, Dans la vie -, décrypte cet engrenage dans un récit dense, impressionnant. Comme il a beau-coup à dire, en moins d'une heure vingt, il n'a pas de temps à perdre. Alors il ne traîne pas, au risque, parfois, d'un certain didactisme dans les dialogues et aussi d'ellipses expéditives : Ali, bon élève et gentil garçon, bascule trop vite, trop mécaniquement, dans le djihad...

Le sujet du film est explosif et le cinéaste ne fait rien pour l'adoucir : pas de bonne cons­cience, pas de pathos, pas de caricature qui permettraient de rassurer le spectateur. Djamel, le prédicateur intégriste, par exemple, n'a rien du « barbu » hystérique. Son discours, aussi extrémiste soit-il, touche juste lorsqu'il dénonce une société française hostile à ceux nés du mauvais côté du périph.

Ce constat implacable gagne en émotion grâce à ses jeunes comédiens. Rashid Debbouze (le petit frère de Jamel), notamment, dont le visage, d'abord souriant, puis figé, reflète l'enfermement progressif du personnage. Mais le style tranchant du cinéaste culmine dans l'attentat final. Tous les détails comptent, alors, et ils sont terrifiants : Ali et Hamza se menottent les mains au volant de leur 4 x 4 piégé, s'attachent le pied à la pédale d'accélérateur. Pour être sûrs d'aller jusqu'au bout...



Samuel Douhaire

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