La fabrique de la famine, un essai de Walden Bello, chez Carnets nord

Publié le par dan29000

 

Fabrique de la famine 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  La parution d'un nouveau livre du sociologue altermondialiste Walden Bello est toujours un événement, tant ses analyses sur l'état du monde sont clarifiantes à plus d'un titre. Né à Manille, le créateur du collectif "Focus on the global South", et qui reçut le prix Nobel alternatif en 2003 nous propose ici son analyse de l'assujettissement des agriculteurs des pays du sud.

 

  Avec lucidité et conviction, basant ses arguments sur de solides exemples, Walden Bello démonte avec brillance que les théories internationales véhiculées par le FMI, l'OMC ou encore la Banque mondiale, argumentant que la sécurité alimentaire serait obtenue par l'ouverture des frontières et donc la mondialisation des marchés, est un gros mensonge. Difficile d'oublier les vastes émeutes de la faim de 2008 dans une trentaine de pays victimes des programmes de ces institutions internationales.

 

  Bello prend toujours des exemples dans ses démonstrations, l'une de ses forces, et ce qui rend accessible cet essai à un public assez large. Ici, le Mexique et son propre pays les Philippines. Deux pays devenus dépendants des importations pour leurs denrées de base, à savoir le riz et le maïs. Idem pour l'agriculture africaine. Tous ces phénomènes ayant une nuisance en commun, le fameux "ajustement structurel" imposé par le FMI.

 

  L'inventeur du concept de "démondialisation" poursuit son réquisitoire en consacrant un chapitre indispensable à la vogue destructrice des agrocarburants, en prenant le cas du Brésil. Le tableau brossé est certes noir, mais réel, pourtant l'auteur de "La fin de l'empire américain" ne sombre pas dans le défaitisme, consacrant un chapitre édifiant à la voie de l'avenir, c'est à dire à la résistance. Une résistance internationale qui porte des noms. Il brosse deux portraits d'altermondialistes, Lee Kyung Hae et José Bové, sans oublier deux formidables exemples de résistances constructives, Via Campesina et le MST (Mouvement des travailleurs ruraux sans-terre) de Joao Pedro Stédile.

 

  En conclusion Bello précise avec clarté sa notion de "démondialisation", qui n'est pas se retirer de l'économie mondiale, mais produire pour le marché intérieur et non pour l'exportation, protéger l'agriculture locale du dumping des multinationales ou encore ne plus mettre l'accent sur la croissance, mais sur la qualité de la vie...

 

  Tout un vaste et intelligent programme vers l'autosuffisance alimentaire. Un retour au sens commun comme le dit justement Naomi Klein.

  Un autre monde est possible, cet essai de Walden Bello le prouve.

  A lire pour encore mieux comprendre ce qu'il faut combattre et comment il est possible de résister.

 


 

  Dan29000


 

 

 

La fabrique de la famine

Les paysans face à la mondialisation

Walden Bello

Traduit de l'anglais par Françoise et Paul Chemla

Editions Carnets nord / Montparnasse

2012 / 224 p / 18 euros

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