La face cachée des banques : Eric Laurent : Livre de la semaine

Publié le par dan29000

page-couv--50--.gifEric Laurent, on le connait bien. Il a déjà écrit quelques excellents livres tel que LA GUERRE DES BUSH en 2003, LA FACE CACHEE DU 11 SEPTEMBRE, ou encore en 2006 LA FACE CACHEE DU PETROLE, les trois édités chez Plon. Aujourd'hui il nous offre LA FACE CACHEE DES BANQUES, livre d'actualité s'il en est ! Nous ne sommes pas encore sortis de la crise la plus grave depuis 1929 contrairement à ce que voudrait nous faire croire le gouvernement. Alors nous sommes en droit de nous poser une question fondamentale : Comment les banques en sont-elles arrivées là, plongeant le monde au bord du gouffre en 2008 et 2009.

Le livre de Laurent nous fait pénétrer dans les coulisses de Wall Street et dans les couloirs de certaines banques européennes. Et là, le constat est consternant : Falsifications de comptes, contournement des lois, systèmes opaques et parfois clandestins avec un seul but, le profit, un profit éhonté qui dépasse souvent l'imagination.
Les banques ont provoqué la crise et en fait, elles sont déjà, avant même sa fin, les premiers bénéficiaires de la crise ! Magie mortifère du capitalisme.
L'enquête d'Eric Laurent fut longue et minutieuse durant huit mois. Il a rencontré des financiers et des hommes politiques, souvent dans un anonymat le plus total. Afin de mieux nous faire comprendre comment la crise est survenue, son périple remonte jusqu'à Clinton (démocrate, faut-il le rappeler ?) qui supprima le Glass steagall act, datant de Roosevelt, et qui séparait clairement les activités des banques entre dépôt et investissement. Depuis le monde de la finance n'a cessé de peser de tout son poids sur le monde politique, notamment durant les deux mandats de l'administration Bush.
Obama, pour l'instant, n'a pas fait mieux, cachant l'insolvabilité de certaines banques et organisant de Washington à Paris la dissimulation de 230 milliards de crédits toxiques, concernant aussi les banques européennes.
Tout cet univers feutré où évoluent de grands prédateurs est fait de cynisme, d'opacité, et surtout d'avidité, une avidité sans limite...
Structuré en une petite vingtaine de courts chapitres, ce livre passionnant de 280 pages nous permet, avec facilité, de mieux comprendre que cette crise majeure et structurelle ne pouvait être évitée vu le fonctionnement actuel du capitalisme international. Le sujet est pourtant complexe, et même aride, mais c'est le talent de l'auteur de nous le faire aborder, sans complaisance, avec une lucidité et un sens de l'enquête, qui était déjà la marque de ses livres précédents.
Bref un livre vraiment utile,  à lire, à faire lire et qui ne peut manquer d'alimenter encore durant de longs mois les discussions...
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EN COMPLEMENT / Un extrait d'une interview de l'auteur sur le site AGORA VOX en novembre dernier par Olivier Bailly  :


Olivier Bailly : Premier et principal scandale dénoncé dans votre livre : la mainmise des financiers sur les principaux dirigeants américains
Eric Laurent : J’en ai été le premier surpris. Profondément. Franchement, j’ai vécu et travaillé aux Etats-Unis, j’y séjourne souvent. J’ignorais la dimensions incestueuse des liens entre Wall street et le parti démocrate. Je savais qu’il y avait des liens traditionnels, mais j’ignorais qu’ils étaient aussi profonds et qu’ils tenaient au fait que les grandes places financières américaines - New York, Boston, Chicago - sont aussi de grandes places démocrates.

J’ai enquête sur les milieux d’affaires dans le pétrole et j’ai toujours trouvé que ce monde était profondément amoral. Pas immoral, mais amoral. Et même pourvu d’un certain cynisme. Dans le cas de l’univers financier, c’est tout-à-fait différent. J’ai rencontré des gens qui sont au-delà du pensable en terme d’avidité - une avidité sans limite -, de cupidité, d’arrogance et surtout un sentiment incroyable d’impunité. Là on rejoint la question que vous me posez. On a le sentiment que quoi qu’ils fassent ils n’auront jamais de compte à rendre. C’est glaçant. L’un des témoins que j’ai rencontré, qui a travaillé dans une banque de Wall street, m’a dit « de toute façon, nous sommes toujours gagnants ». C’est tout-à-fait vrai.

OB : La finance est un des secteurs économiques qui détient le leadership aux Etats-Unis. On pouvait dire la même chose de l’industrie automobile, auparavant. Quelle différence ?
EL : On pouvait dire que l’automobile était un secteur-phare, mais il n’y avait pas cette domination sans partage qui est aujourd’hui celle du monde financier. C’est vrai qu’à un moment donné l’automobile tirait l’économie américaine. Il y avait cette fameuse phrase d’un président de General Motors : « ce qui est bon pour General Motors est bon pour l’Amérique ». C’est vrai, mais par ailleurs vous aviez d’autres secteurs avec lesquels l’automobile était, sinon en concurrence en terme d’influence, au moins en rivalité. Aujourd’hui, et c’est je crois ce qui explique ce retour d’une oligarchie financière - le mot est de l’ancien chef de l’économie du Fonds Monétaire International -, l’Amérique au fil des décennies s’est totalement complètement désindustrialisée.

C’est quelque chose qui a fragilisé bien entendu l’économie américaine, qui a abouti à des pertes d’emplois massives et qui a eu recours à l’endettement. Et donc on a eu une montée en puissance du secteur financier qui s’est emparée de cette dette pour spéculer avec ses emprunts et ses crédits. C’est le premier point. D’autre part, cette disparition du secteur industriel classique a été marqué de façon corollaire par une montée en puissance en terme d’influence politique du secteur financier qui a retrouvé au fond toutes les prérogatives qui étaient les siennes au début du siècle. Le grand tournant ce sont, là aussi cela a été pour moi une surprise, les années Clinton et pas les années Reagan, comme on pourrait l’imaginer.

OB : Reagan développe les nouvelles technologies. Clinton supprime quant à lui le fameux Glass Steagall Act, ce qui lui permet, sur les conseils de Robert Rubbin et de Lawrence Summers (que l’on retrouve aujourd’hui aux côtés d’Obama) de déréguler la finance. Pourquoi cette fascination - tant chez Clinton que chez Obama (dont la campagne a largement bénéficié du soutien des financiers de Wall street) -, pourquoi cette fascination des démocrates pour la finance ?
EL : Il y a un exemple avec l’élection récente des gouverneurs. Vous avez comme gouverneur, dans le New Jersey, c’est-à-dire l’état voisin de New York, un homme qui vient d’être battu et qui s’appelle Corzine, je l’évoque à la fin de mon livre.

Corzine était l’ancien patron de Goldman Sachs, la plus grosse banque d’investissement qui a une influence politique considérable. Goldman Sachs a donné des quantités de ministres des finances aux administrations américaines. Paulson, par exemple, le ministre des finances de Bush, était le président de Goldman Sachs. Rubbin, l’homme qui a influencé Clinton pour le faire déréguler la finance était le président de Goldman Sachs. Corzine également. Il a dépensé sur sa fortune personnelle, après son départ de Goldman Sachs, cent millions dollars pour s’acheter un siège de sénateur puis un siège de gouverneur. Il siégeait au sénat aux côtés de Barack Obama et ont voté ensemble un certain nombre de lois. Ils sont très proches l’un de l’autre.

Corzine n’a eu de cesse lorsqu’il était gouverneur, et c’est une des raisons de son échec aujourd’hui, de faire venir dans l’état du New Jersey, Goldman Sachs, c’est-à-dire son ancienne firme, pour s’employer à privatiser les infrastructures, notamment routières.

Parce qu’aujourd’hui l’une des grandes sources de profit des grandes banques d’investissement c’est la spéculation, notamment sur les infrastructures automobiles. Goldman Sachs est derrière toutes les entreprises de privatisation aux Etats-Unis commes les autoroutes. Quelque part les gens dans le New Jersey ont été indignés de voir que le gouverneur de leur état faisait rentrer son ancienne firme et était prêt à lui adjuger des infrastructures publiques que les citoyens avaient payé.

LA FACE CACHEE DES BANQUES / PLON / ERIC LAURENT/ 2009 / 21 euros / 280 pages
Dan29000

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