La justice française extrade le journaliste-militant basque Jon Telleria

Publié le par dan29000

Telleria_inside.jpgParis extrade le militant basque Jon Telleria vers l'Espagne
Par Jean Sébastien Mora | Journaliste |


La justice française a extradé jeudi vers l'Espagne le journaliste et militant basque Jon Telleria. Madrid le soupçonne d'être un dirigeant de la plateforme de jeunesse indépendantiste Segi, autorisée en France mais interdite depuis trois ans dans le royaume ibérique. Il risque douze ans de prison pour des activités uniquement politiques.


Jon Telleria travaille à Info Zazpi, radio d'information trilingue basée à Urrugne, petit village du Pays basque français à coté de Saint-Jean-de-Luz où il réside.

Jeudi, cet homme d'une trentaine d'années, sous la menace d'un mandat européen lancé par Madrid, a été arrêté chez lui par la police française et remis directement à la police espagnole. Le matin même, la cour d'appel de Pau donnait raison à la justice espagnole et rejetait le recours de Jon Telleria qui demandait l'annulation de son extradition.

La justice ibérique ne poursuit pas Telleria pour un attentat, ni pour détention d'armes, encore moins pour « complot de malfaiteurs ». Le militant a été extradé à la demande du juge de l'audience nationale espagnole Fernando Grande-Marlaska car ce dernier suspecte Telleria d'être un dirigeant de la plateforme politique indépendantiste Segi.

Autorisée en France, Segi est interdite en Espagne depuis janvier 2007 pour des liens supposés avec le parti politique Batasuna, lui même déclaré illégal en 2003 car suspecté d'être la vitrine politique de l'organisation armée ETA.
En mai, Paris extrade trois membres présumé de Segi

La justice espagnole reproche à Jon Telleria de faire de la politique : il a participé à des réunions politiques et à des conférences de presse, et tout particulièrement, en avril 2009, à la « Gazte martxa », une marche indépendantiste qui s'est tenue à Saint-Jean-Pied-de-Port sur le territoire français.

Bien que la nature des faits paraisse banale, en Espagne, l'appartenance à Segi est assimilée à du terrorisme et, comme une quarantaine de jeunes détenus par les autorités espagnoles depuis 2009, Telleria risque de passer douze ans à l'ombre des murs d'une prison ibérique.

Or, si la condamnation encourue est disproportionnée, l'extradition de Telleria n'est pourtant pas un cas unique et ne semble d'ailleurs pas préoccuper les autorités judiciaires françaises. En mai, Paris a déjà renvoyé vers le royaume ibérique trois militants basques de nationalité espagnole suspectés aussi d'appartenir à Segi : Asier Colona, Gaizka Likara et Carlos Renedo.
Londres et Rome contre l'extradition de militants basques

« La position de la France dans ce dossier est d'autant plus scandaleuse que la Grande-Bretagne et l'Italie n'ont pas donné suite à des demande analogues d'extradition », explique Txomin Catalogne, un jeune Basque français, dirigeant de Segi.

Hasard du calendrier, le jour de l'arrestation de Jon Telleria, les autorités britanniques ont refusé l'extradition du Basque Garikoitz Ibarlucea Murua, jugeant « disproportionnée » la condamnation encourue par ce jeune militant en Espagne.

Ces dernières semaines, les autorités italiennes ont également refusé la demande d'extradition de trois jeunes Basques espagnols, estimant, de leur coté, qu'à part leur appartenance à Segi, aucun délit ne leur était reproché dans le dossier fourni par la justice espagnole.

En juin 2010, Fermin Martinez, Artzai Santesteban et Zurine Gogenola avaient été interpellés à Rome alors qu'ils allaient tenir une conférence de presse devant le parlement italien, au moment même où le chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero rencontrait son homologue italien Silvio Berlusconi.
« Assimiler Segi à ETA tient de l'acharnement »

« Aujourd'hui, assimiler le groupe politique Segi à ETA tient de l'acharnement de la part du gouvernement espagnol et rentre dans une stratégie populiste permanente », explique Txomin Catalogne.

La plateforme de jeunes indépendantistes se contente de coller des affiches, d'organiser des manifestations et des concerts à caractère politique.

Autre élément important : ETA n'a pas commis un attentat depuis plus d'un an, épuisé militairement et discrédité politiquement dans le camp même de la gauche indépendantiste basque. Pour les experts de la question, la fin de l'organisation armée semble proche.

Voilà pourquoi, dans la gauche basque indépendantiste, on comprend d'autant moins cette logique de répression accrue au sein de la jeunesse militante.

Photo : Jon Telleria lors de la « Gazte martxa », une marche indépendantiste qui s'est tenue à Saint-Jean-Pied-de-Port (DR)

 

Source : RUE89 

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