La Poste : malgré les suicides, la réorganisation continue, témoignage à Quimper

Publié le par dan29000

La Poste. Une cadre quimpéroise témoigne du malaise

6 avril 2012 - 

Le P-DG de La Poste a annoncé, malgré les suicides de trois cadres, qu'il ne ralentit pas les réorganisations au sein de son entreprise. Cette décision révulse une cadre, qui raconte l'insécurité professionnelle qu'elle a vécue et contribué, à son corps défendant, à mettre en place avant de perdre pied.

 


"Je me sens marquée au fer rouge"

Elle est en disponibilité. Elle n'y retournera pas. Témoigner de ce qu'elle a vécu est une façon pour Marie (*) de sceller sa décision. «Je ne travaillerai plus jamais à La Poste», dit-elle. Elle se souvient pourtant de son enthousiasme quand, du haut de ses 24 ans, elle a été reçue au concours de La Poste. «J'ai fait partie des derniers lauréats avant que ce concours ne soit supprimé. J'avais la foi. J'étais hyper-motivée. Ils offraient un plan de carrière avec des perspectives de changements de métiers vraiment intéressantes pour les jeunes diplômés». Marie est recrutée comme formatrice. Son rôle sera de former les postiers à leur métier. «Là, je suis un peu tombée du paquetage. C'était très bizarre de recruter des "juniors" pour ce type de poste. En fait, la plupart des formateurs étaient partis à la suite d'une réorganisation. Mais ça, je ne l'ai compris qu'au bout d'un an». Elle marque une pause. «A posteriori, j'ai réalisé que c'était assez symptomatique du fonctionnement de La Poste. On parachute les gens en leur promettant des évolutions de carrière».

«Quand j'entendais dire fonctionnaire pépère, je sortais de mes gonds!»

Marie reste néanmoins fidèle à son tempérament: elle s'investit sans compter. «Je me suis débrouillée sur le tas. Il y avait beaucoup d'entraide au sein des équipes de postiers. Je me suis appuyée sur mes collègues, sur des anciens qui m'ont bien plus aidée que ma hiérarchie». Elle raconte des années éreintantes. «J'avais une vie de VRP dont les contraintes n'étaient absolument pas prises en compte. Je partais le dimanche soir. Je revenais le vendredi soir, à 22h. Et chaque soir de la semaine, c'était un hôtel, à Limoges, Clermont-Ferrand, Tulle, Tours, Blois..., avec des véhicules de location à récupérer sur un parking, la nuit... Quand j'entendais dire fonctionnaire pépère, je sortais de mes gonds! Arriver pour animer des sessions de formation quand tu as à coeur d'écouter, d'échanger et ensuite se cogner Clermont-Ferrand-Orléans pour être sur place le lendemain matin, ça fait des bonnes journées».

«Le grand chambardement»

Marie est restée une poignée d'années à ce poste. «J'avais des moments de découragement mais j'y croyais. J'ai pris mon mal en patience. La hiérarchie nous voyait comme des producteurs de jours de formation! Elle se foutait du contenu du moment que tu produisais des jours de formation». Elle change finalement d'affectation et parvient à revenir en Bretagne. Elle réussit presque aussitôt un concours interne. «C'était le grand chambardement à la direction départementale au début des années 2000. C'est à ce moment qu'ils ont décidé de mettre tous les moyens pour le réseau. C'était le début des bourses d'emploi: tout le monde devait repostuler, y compris sur son propre poste. Et me voilà avec ma super promo là-dedans, sans savoir ce que recouvrait chaque poste! J'ai eu la chance d'avoir un patron très humain, le seul que j'ai rencontré dans ma carrière. J'ai eu mon 3echoix. J'ai eu de la chance, moi. Des copines en ont eu moins. L'une d'elles a fait des trajets vers Paris sans affectation propre. On lui avait confié des missions pour l'occuper. Elle était en surnombre. Elle a morflé. Elle n'a pas dû beaucoup voir grandirses deux filles».

RMD ou «Reste dans ta m...»

Pour Marie, ça se passe d'abord plutôt bien. «Ma mission était de préparer et de déployer une autre réorganisation. "Réorg", "réorg", on n'avait que ce mot à la bouche mais j'avais toujours la foi, je pensais que c'était bien pour l'entreprise alors que ces "réorg"n'ont pas de sens. On te demande toujours plus. On ne fait plus du tout attention aux individus. C'est une énorme erreur». Il s'agissait cette fois-là de cloisonner les métiers. «Aujourd'hui, tout est compartimenté, minuté. On se sert de ça pour dire: "On va supprimer 0,12% ou 0,08% d'une activité". L'idée, c'était de reprendre des bouts d'emploi partout où on peut le faire. Je ne percevais pas à l'époque à quel point ça pouvait générer des malaises de s'entendre dire: "Vous êtes à 35heures. Votre emploi est surdimensionné. Il ne vaut plus que 28heures et vous êtes en surnombre pour 7heures"». Ce projet s'appelait RMD. «On parle beaucoup en sigle à La Poste. Ça veut dire responsabilisation du management. J'adore! Comme si les cadres étaient jusque-là des écervelés. Plus tard, je suis devenue chef d'établissement (lire ci-dessous) et je le traduisais, comme tout le monde, par "Reste dans ta merde"».

«Le début de la fin»

Le rôle de Marie est de recevoir tous ces gens dits en surnombre. «On a géré comme on a pu avec les syndicats, qui étaient constructifs. On a fait des dispositifs de mesure d'âge, en clair des départs anticipés à la retraite. Le projet a vécu sa vie et puis on nous a dit: "On passe à l'étape suivante!"». Le nouveau leitmotiv? Mettre tous les moyens dans le réseau. «C'est à cette époque qu'il a été décidé de ne garder qu'une direction pour deux départements. La direction 29-56, basée à Quimper, pour les bureaux de Poste et Vannes pour le courrier». Et tous les cadres qui travaillaient dans ces structures? «Tout était remis à plat. À nouveau, on redéfinit des postes et tout le monde repostule. Hop, bourse de l'emploi. J'ai beaucoup hésité et puis j'ai postulé comme chef d'établissement en Cornouaille. Et ça a été le début de la fin pour moi...».

* Prénom modifié

  • Recueilli par Thierry Charpentier

source : LE TELEGRAMME

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