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Si vous lisez régulièrement notre site, vous savez déjà que la prison est un des sujets qui nous fait souvent réagir. Il y a peu de temps,  ce fut le plus vieux prisonnier français qui s'est donné la mort. Quand on sait que la France fut plus d'une fois condamnée au niveau européen pour l'état honteux de ses prisons ou quand on sait comment sont traités les familles par l'AP (lire notre article sur le superbe documentaire de Stéphane Mercurio "A côté"), les prisons nous souhaiterions les voir disparaître...

 

 

Alors le livre de Brigitte Brami ne pouvait nous laisser indifférent malgré son titre qui n'était, de prime abord, pas vraiment parlant. Heureusement, pour les curieux qui, comme nous,   feuillettent les livres dans les librairies, dès la page de titre, une citation de Genet.

 


Cela commençait bien !

Car Genet et la prison, ce fut comme Charlie Bauer et la prison !


Genet dans un de ses plus beaux livres, "Un Captif amoureux", publié en 1986.

 

"Que la prison fût solide, les blocs de granits assemblés par le plus fort ciment et encore par des joints de fer forgé, et, de fissures inattendues, provoquées par l'eau de pluie, une graine, un seul rayon de soleil et un brin d'herbe avaient déjà disloqué les blocs de granit, le bien était fait, je veux dire la prison ruinée."

 

 

Le titre mystérieux s'expliquait !

 

Et ce petit livre sans prétention est bien dans l'illustre lignée de Genet, ce qui n'est pas peu dire ! Un témoignage fort et troublant de cinq mois passés à la maison d'arrêt  pour femmes de Fleury-Mérogis, suite à une scandaleuse condamnation.


Certes les premières pages peuvent surprendre tant l'auteur prend le contre-pied de tous les textes sur la vie en prison.

 

C'est bien entendu un témoignage, un vrai, un témoignage prenant sur la vie d'une femme en prison. Mais il va bien au-delà, il y a une réflexion politique et surtout philosophique dans ces pages aussi brèves que denses.

 

Même si cela peut sembler choquant de prime abord et politiquement incorrect, Brigitte Brami parle de convivialité, de camaraderie, des clans par affinités électives, d'une certaine égalité en matière de consommation, loin très loin du "toujours plus" du dehors, de la sensualité retrouvée, du climat propice à l'écriture, de sa rencontre avec Sonia A. qui redonna confiance au corps de Brigitte B., de la lecture de certaines œuvres que l'on ne lit bien qu'en prison, la détenue rejoignant alors le "hors-monde" qui fut celui des écrivains pour travailler.


C'est là que l'on sent la culture littéraire de l'auteur ( DEA en littérature). Genet et Albertine Sarrazin ne sont pas loins, ou Flaubert, enfermé à vie dans son bureau qui avouait ne pas vraiment vivre, mais écrire sans arrêt. On peut aussi penser à Charlie Bauer, mort récemment à 68 ans, dont 25 en prison où il avait passé deux licences !


Mais la réflexion sur l'intérieur se double chez l'auteur d'une belle compréhension de la liberté de l'extérieur. Nous qui sommes dehors, hors de la prison, nous sommes "libres". Une liberté constituée par une série d'injonctions, entourée de puces intelligentes un peu partout...

 

"Les détenues se trouvent dans la situation paradoxale où elles sont davantage en mesure d'accéder à la liberté que la plupart de leurs semblables car elles connaissent ce qu'est la privation de cette dernière. La seule liberté possible résidant dans la capacité mentale à ne pas être assignée à la place que l'on vous a forcée à occuper. La solution ? Elle est toujours poétique." (page 20).

 

Vers la fin du volume, Brigitte Brami se définit comme captive amoureuse durant ses quelques mois de détention, la possibilité du bonheur comme acte politique. Dans un acte particulièrement subversif, elle avoue que sa détention a été globalement une aventure heureuse, et captivante, dans les deux sens du terme...Évidemment cela risque de choquer bien des oreilles d'entendre cela. Les limites étant que la problématique des courtes peines et des longues peines, et celle des hommes et des femmes sont différentes.

 

Mais avec courage, Brami va encore plus loin et reconnaît là une sorte d'indécence :


"...Je suis parfois nostalgique de mon séjour en détention et de l'émerveillement suscité par les rencontres que j'y ai faites."

 

Je ne saurais trop conseillé à nos lecteurs ce livre, d'une justesse rare, d'un courage aussi rare, un livre qui demeure "long" en l'esprit après la lecture, un livre qui sonne bien et juste, un livre écrit au plus près de l'os, avec cœur et intelligence.


Ainsi que nous l'écrivions il y a quelques jours au sujet de "Tunisian girl", chez le même éditeur, c'est la collection (Ceux qui marchent contre le vent) qui veut un nombre aussi faible de pages. Mais ces deux auteurs, dans des approches bien entendu différentes, nous donnent envie de les retrouver un jour futur dans des textes plus longs.

 

En fin de texte, les remerciements de l'auteur vont, entre autres, à quelques personnes que nous aimons bien ici, comme Cesare Battisti (enfin libre au Brésil), Simone de Beauvoir, Virginie Despentes, Diogène, Godard, La Boétie,  Ronald Laing ou encore Serge Portelli (lire notre article sur son excellent livre "JUGER")...

 

On ne résiste pas à souhaiter à Brigitte Brami, bon vent...

 

Dan29000

 

 

La prison ruinée

Brigitte Brami

Editions indigène

2011 / 38 p / 3 euros

 

 

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Disponible dans toutes les bonnes librairies, sinon :


Si vous désirez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de La Prison ruinée, vous pouvez adresser un chèque (au nom de l'auteur) de quatre euros et 50 C. (4E50)
pour chaque exemplaire, frais de port compris ( pour la France )à l'adresse suivante :


Brigitte Brami
1, rue Vidal de la Blache
75020 PARIS

brigittebrami@yahoo.fr


Tag(s) : #lectures

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