La régente de Carthage, main basse sur la Tunisie, de Nicolas Beau et Catherine Graciet

Publié le par dan29000

 

 

 

régentePublié aux éditions La découverte fin 2009, ce livre va sans nul doute connaître une nouvelle vie dans les jours prochains. En effet, il permet, comme "Dictateurs en sursis" de Moncef Marzouki, dont nous vous parlions lundi dernier, de bien mieux saisir toutes les subtilités de l'actuelle insurrection tunisienne.

Les deux auteurs sont journalistes à Bakchich.info.

Nicolas Beau, issu du Canard enchaîné, est directeur du site et s'est déjà illustré avec un livre célèbre "Notre ami Ben Ali" (avec Jean-Pierre Tuquoi) déjà paru chez le même éditeur.

Catherine Graciet dirige la rubrique "international" de Bakchich.info.

 


 

Si le peuple tunisien n'aimait pas ce dictateur, ce qui semble d'ailleurs assez normal, il détestait encore plus son épouse, Leila Trabelsi.

Il faut dire qu'elle est un cas, vraiment intéressant, et méritait bien ce livre.

D'habitude les épouses de présidents, dictateurs ou non, sont là pour faire bien lors des voyages à l'étranger et lors des fêtes nationales. Pour Leila Trabelsi, nous sommes dans un cas de figure très différent.

A juste titre, les auteurs débutent leur livre avec un rappel utile de la place des femmes en Tunisie depuis Bourguiba. Car avant Ben Ali, Bourguiba il y avait, durant trente ans. Bourguiba qui promulga le code du statut personnel, véritable révolution dans un pays arabe. Abolition de la polygamie, du tuteur matrimonial, instauration du divorce judiciaire.

Tout cela en 1956 !

Droit à la contraception en 1962, et possibilité d'avorter en 1965.

Il y a donc une place à part pour les femmes en Tunisie. Face à la dictature tunisienne, parmi les opposants encore vivants, deux femmes dans le collimateur du régime, Radhia Nasraoui l'avocate, et la militante des droits de l'homme, Sihem Bensedrine.

L' ascension fulgurante de Leila, petite coiffeuse née en 1957, ayant dix frères, est fascinante. Sa patience légendaire fut mise au service d'une ambition démesurée afin de tisser des liens et donc des réseaux basés sur l'argent mais aussi, et on pourrait presque dire, surtout, basés sur la parenté.

Il y a donc bien un clan Trabelsi. Ailleurs on pourrait parler d'affairisme, dans ce cas on parlera de trafics, de vols, de corruption, de malversations, de chantages divers, bref des pratiques à Tunis et Sousse, digne de Corleone !

Les avoirs du clan se comptent en milliards de dollars, hors les résidences de luxe de Paris, Courchevel, Saint-Tropez.

Mais il y a encore pire que l'argent, il y a le pouvoir, le pouvoir qui est un des objectifs de Leila. Son habileté à placer les siens et une très forte personnalité faisaient d'elle, nous disent les auteurs, une vraie Catherine de Médicis. Durant les dernières années, Ben Ali étant déjà malade, elle prit encore de l'importance et pouvait déjà se poser en future présidente possible, avec le concours toujours efficace du redoutable clan, mais aussi avec la complicité sans pareil de la France, celle de Sarkozy qui posa ses pas dans les traces de Chirac. Quant à Mitterrand cela ne fut pas mieux. On vient d'apprendre avec stupeur que le parti de la dictature, le RCD, venait d'être exclu de l'internationale socialiste ! Sans parler de l'affaire MAM où une ministre propose les services de sa police au moment où les jeunes tunisiens tombaient sous les balles policières.

Ce livre passionnant contient des scènes hallucinantes, comme ces réunions au palais présidentiel de Carthage où elle discutait avec les membres du clan pour savoir sur quels biens immobiliers, elle allait faire main basse.

Ce qui est à vous...est à moi.

Ajoutons qu'elle avait aussi, surtout durant les dernières années, le pouvoir de briser des carrières.

Le livre se poursuit avec des portraits édifiants, celui de Belhassen Trabelsi, le vice-roi de Tunisie, ou encore Imed Trabelsi, voleur de yacht français et dont une seule phrase peut décrire l'élégance du personnage :

"J'en ai des Ferrari, des limousines, mais même ma femme ne me fait pas bander comme le bateau. C'est un diamant brut."

A noter qu'il fut le premier du clan à trouver la mort il y a une semaine, poignardé par un garde du corps.

Edifiant aussi la transformation de Leila en fondatrice d'école privée en 2007, elle qui ne possède qu'un CAP de coiffure. Cela prêterait à sourire s'il n'y avait eu une offensive en règle contre le concurrent à éliminer, le lycée Louis-Pasteur.

Cet indispensable essai s'achève sur un chapitre consacré à "Monsieur gendre", Sakhr Materi, qui était à l'époque, l'héritier présumé, et un chapitre qui ne manque pas de saveur sur le fameux "miracle économique" vanté par tant de nos courageux politiciens de droite et de gauche.

Le miracle économique avait un terrible envers du décor.

 

Un peu plus d'un an après sa parution ce livre demeure parfaitement d'actualité, comme celui que nous vous présentions lundi "Dictateurs en sursis" de Moncef Marzouki. Deux livres d'une lecture aisée,  qui permettent de mieux comprendre la situation actuelle en Tunisie.

 

Dan29000

 

 

 

RAPPELS /

Et pour voir le site de l'éditeur, c'est ICI


Et sur des sujets différents on pourra aussi lire, chez le même éditeur :


Opération banlieues, un essai d'Hacène Belmessous aux éditions La découverte

 

Pourquoi désobéir en démocratie ? Un livre d'Albert Ogien et Sandra Laugier


 

La régente de Carthage, main basse sur la Tunisie

Nicolas Beau et Catherine Graciet

Editions La découverte

2009 / 180 p / 14 euros

 

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  Merci à un de nos lecteurs pour cet organigramme édifiant

 

 

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BOB 20/01/2011 16:39



je vous rassure on a les même à la maison


http://2ccr.unblog.fr/2010/11/18/sarkozy-quelle-famille/