La résistance par les jardins potagers...

Publié le par dan29000

Face à la crise, tous au jardin!


Par Claude-Marie Vadrot 

Comme je ne suis pas sourd, que je fais partie des classes moyennes et que j'ai bien entendu l'avertissement mensonger (de rigueur) du premier ministre annonçant un effort pour tous (mon œil !), je n'ai qu'un seul mot d'ordre: tous aux abris!... de jardin! Comme pendant toutes les guerres, une bonne partie de Français ne va pas avoir d'autres ressources que de se replier sur les jardins potagers. Qu'ils leur appartiennent, qu'ils aient entrepris de défoncer les pelouses ou qu'ils les louent pour une somme modique à des associations nationales, régionales et locales. Ou bien à des associations montées par des municipalités qui comprennent très (et trop) lentement que ces potagers constituent des planches de salut.

Plus que jamais, les jardins particuliers vont être l'une des solutions de survie d'une population plongée dans une guerre économique dans laquelle elle n'a rigoureusement aucune responsabilité. Vive donc les légumes de saison produits contre la dictature des grandes surfaces s'obstinant à organiser l'importation de poivrons, de haricots verts, de tomates ou de fraises - j'en passe et des encore moins bons - qui parcourent des milliers de kilomètres pour inonder le marché français. Aux dépens des pays du Sud requis pour des productions qui ne les concernent pas et qui les empêchent de se consacrer à leurs légumes et à leur alimentations nationales. Aux dépens aussi d'une agriculture et d'un maraîchage français étranglés par les exigences de cette grande distribution qui peine de plus en plus à nous convaincre qu'elle nous veut du bien et qu'elle lutte «contre la vie chère». Et qu'importer des centaines de milliers de tonnes de tomates et de fraises, entre autres, est une solution durable.

J'exagère emporté par ma passion jardinière ?

Quand l'autoproduction estivale des tomates approche les 100.000 tonnes, quand celle des concombres dépasse 35.000 tonnes, cela signifie que les Français ont compris, ou au moins une partie d'entre eux, qu'il était plus que temps de se replier sur l'autosuffisance.
L'extraordinaire croissance de la demande et donc des listes d'attente pour obtenir un jardin potager de quelques centaines de mètres carrés illustre parfaitement la crise économique et une saine réaction sociale. Tout comme la croissance exponentielle des Amap, les “Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne”, traduit la montée de la méfiance envers les circuits de distribution qui étranglent à la fois les agriculteurs et les consommateurs qui se veulent des consom'acteurs.

Qu'il y ait aujourd'hui environ 4000 Amap en France, que les demandes pour y adhérer augmentent plus vite que les possibilités de les satisfaire, montre que le rapport d'une partie des Français avec leur nourriture est en train d'évoluer.

Il y a d'abord la part la plus pauvre de nos concitoyens laissés à l'abandon par le crise et le chômage qui trouve dans ces potagers un moyen de se nourrir et de survivre à partir du 20 du mois, quand les minimum sociaux et les allocations s'épuisent. Les jardins et les possibilités de mise en conserve ou en congélation leur offrent une autonomie, comme une sortie de secours: la même qui a relancé ces potagers pendant les deux guerres mondiales. Une partie de la population est entrée dans une économie de survie. Au point que dans le Nord et dans le Centre de la France, ces jardins accueillent des poules et des lapins, comme en des temps que l'on pouvait penser révolus.

Dans certains d'entre eux, j'y ai même trouvé des vaches «clandestines» qui permettent à quelques familles de se procurer du lait. Ces animaux sont théoriquement interdits dans les jardins familiaux qui s'appelaient autrefois des jardins ouvriers, du temps où ce terme n'était pas un gros mot, mais les responsables de leur gestion collective avouent facilement qu'ils ne peuvent que fermer les yeux. Les gestionnaires des associations de jardiniers estiment qu'un petit potager peut apporter à une famille des provisions dont le prix annuel dépasse largement 2000 euros. Le prix, souvent, de la survie.

Il y a ensuite les retraités, les volontaires ou ceux que l'on a chassé s prématurément de leurs emplois, qui s'aperçoivent que leurs jardins, encore récemment exclusivement consacrés aux fleurs, constituent la plus efficace des façons de faire face à la crise. Y compris en donnant un coup de main aux enfants en leur fournissant un panier hebdomadaire. Comme celui que le citadin rapportait autrefois de sa famille encore rurale après sa visite hebdomadaire ou mensuelle.

Il y a enfin les classes moyennes en train de comprendre qu'en défonçant leurs belles pelouses, ils peuvent à la fois mieux vivre et consommer moins de légumes ou de fruits trop beaux, je me répète à dessein, pour être vraiment honnêtes. Des jardins qui ne sont plus des fantasmes ou des fantaisies de «bobos» mais des moyens de vivre autrement.
Ce retour aux jardins, pour le plaisir, pour l'écologie ou pour la survie, offre le considérable avantage de rappeler à des millions de gens perturbés par la mondialisation et la noria des légumes et des fruits qui circulent d'un continent à l'autre en gaspillant l'énergie, qu'il existe des saisons, que ces produits poussent en terre et qu'ils n'ont pas besoin d'être beaux, qu'ils n'ont pas besoin être calibrés, comme clonés, pour être bons. Nous sommes en plein re-apprentissage, renvoyés par les crises successives, vers une sorte de rééducation collective et librement consentie. Au point un jour prochain de devenir inaccessibles ou insensibles aux sirènes des « bienfaiteurs » comme Michel-Edouard Leclerc et autres responsables de supermarchés qui proclament à longueur de pages publicitaires qu'ils sont les bienfaiteurs de l'humanité.
Tous aux jardins, donc, pour faire face à la société de consommation qui nous gave mais nous a désappris à nous nourrir en nous offrant des salades de carottes râpées assaisonnées de quelques gouttes de citron que l'on nous vend quatre fois plus cher que les carottes en nous persuadant que nous n'avons plus le temps de les préparer. Ce que démentent les succès grandissants des conserves maisons, des plats-maisons et le refus en cours des nourritures improbables que nous mitonnent des «chefs» industriels.

Il est temps de revivre. Sans prêter la moindre attention à l'énorme et fictive cagnotte anti-crise que les irresponsables des pays de l'euro ont mis en place pour nous faire croire qu'ils se préoccupaient de notre présent et de notre avenir. Et que ce grand retour vers l'autoproduction soit en train de gagner les Etats-Unis et leurs villes désindustrialisées ne peut que me conforter dans l'espoir que je mets dans des dizaines de millions de jardins en route pour une nouvelle indépendance populaire, au plus beau sens de ce mot, même pour l'instant relative.



Source : Mediapart

Publié dans environnement

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Jeno l'écolo 19/05/2010 14:33



Oui, mais moi, après 37 ans de jardin sans blème, je me demande si avec le temps qu'il fait, je ne vais pas abandonner