28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 00:52

 

 

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Nous profitons de cette fin d'année pour faire un petit bond en arrière afin de revenir sur un livre fort utile et qui nous avait échappé en 2009, date de la création de notre site. Site, qui dès sa création eut pour perspective d'analyser toutes les formes de répression d'un Etat toujours plus nuisible et toujours plus violent avec ceux qui le contestent.

 

L'essai de Guillon s'ouvre donc sur deux décennies d'antiterrorisme, de 1986 à 2006. C'est effectivement à partir de 1986 qu'avec un bel ensemble, (comme souvent diront les mauvaises langues) les gouvernements de gauche et de droite mirent peu à peu en place tout un arsenal répressif afin, disent-ils, de lutter contre l'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. L'excuse de l'époque était alors les attentats islamistes de 1986. Mais on peut sans trop de difficulté transposer durant les années suivantes, en 1995 ou 2008, lors de la chasse aux redoutables épiciers de Tarnac ! Il s'agit de neutraliser préventivement des groupes terroristes, ou supposés terroristes. Même quand les dossiers sont vides...


Le célèbre humoriste en retraite Charles Pasqua parlait en avril 1986 de "Terroriser les terroristes", phrase qui fait toujours autant rire malgré les années de recul. Moins hilarant  les propos édifiants de l'ex-directeur de la DST, Bernard Squarcini, devenu en 2008 le numéro un de la toute nouvelle machine à réprimer nommée DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur)...Cela sonne bien pour cette fusion entre les RG et la DST, au bénéfice de la seconde :

"Notre mission consiste à détecter les personnes dont le comportement présente des risques pour l'Etat et la société, à les surveiller pour anticiper le moment où elles seront tentées de passer à l'acte et à intervenir pour éviter des drames." (p.23)

 

 Puis vint le 11/09. Date fondatrice pour les USA. Plus rien ne fut comme avant avec le tristement fameux "Patriot Act" I et II. Fidèle à ses habitudes l'Europe, avec un peu de retard allait elle aussi installer divers instruments de terrorisation démocratique, comme  le Mandat d'Arrêt Européen (MAE) en 2002, puis la loi antiterroriste  française de 2006 visant à développer massivement la vidéo-surveillance (que certains tentent de faire passer habilement pour de la vidéo-protection), renforcer les contrôles d'identité dans tous les transports en commun, accentuer les connexions entre les fichiers existants, sans oublier le renforcement  du contrôle des échanges téléphoniques ou électroniques, ou encore la généralisation du délit de non-justification de ressource !

 

 Les jeunes épiciers, surtout à la campagne, ont vraiment intérêts à bien tenir leurs livres de compte, au cas où ils seraient en contact étroit avec une cellule dormante d'AL Quaida...

 

 Plus loin Claude Guillon traite aussi de grands dangers publics : les jeunes et les étrangers...

 Et ne parlons pas des jeunes étrangers, diplômés ou non, qu'il vaut mieux tout de suite reconduire à la frontière afin de mieux sécuriser le périmètre hexagonal. Les classes laborieuses, donc dangereuses, d'hier ont donc muté, se transformant en jeunes, facilement reconnaissables (écouter Nadine Morano) à leurs casquettes et leur goût du rap, voire leur localisation géographique dans certaines banlieues bien identifiées par les médias dominants...L'auteur recense douze fichiers de police dédiés au terrorisme et aux étrangers (p.109).

 

 Le pire étant que ce bel ensemble sécuritaire à tendance paranoïaque est mis en place sans faire trop de vagues parmi les élus. Donc on pourrait presque penser que tout cela est démocratique, ce qui est bien entendu tout le contraire. Cela donne une nouvelle occasion de réfléchir sur cette gauche de notables endormis que même la mise en place de lois liberticides ne peut réveiller, à de rares exceptions.

 Un livre qui deux ans après n'a rien perdu de son actualité, les Guéant and co sévissent plus que jamais, surfant sur les peurs et chassant les bulletins de vote du FN. Un livre donc à lire,  au moment où une partie de la campagne électorale qui approche va encore une fois se jouer sur le sécuritaire, terrain de jeu favori de la droite, où hélas la gauche s'aventure aussi parfois.


 En complément du livre, on pourra aller fureter avec profit sur le site de Claude Guillon qui regorge d'informations et de textes particulièrement riches.

 

Dan29000

 

 

La terrorisation démocratique

Claude Guillon

Collection A boulets rouges

2009 / 160 p / 7 euros

Editions Libertalia

 

 

Pour voir l'excellent site de l'auteur, c'est ICI

 

Merci à JP  Levaray

 

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PRESSE /

 

Télérama

 

Là, nous avons affaire à un véritable essai sur les dérives policières, un mécanisme mis en place de façon très insidieuse, à la face de tous, sans que l’on bronche, depuis quelques années déjà. La peur de l’autre, du voisin, du jeune, du « pas français ». Pas plus tard que hier soir, gare du Nord à Paris, j’ai enfin compris (je galèje) pourquoi je n’ai pas eu le droit au contrôle d’identité en descendant du Calais-Paris (Calais vous savez bien ce qui s’y passe. En sens inverse, c’est aussi valable, Paris-Calais). Et bien, je dois faire « française » et en plus je ne suis pas jeune. Enfin si, toujours, disons que je n’ai plus vingt ans. Dans votre Télérama chéri, vous avez pu lire des choses là-dessus…

 

Le Monde diplomatique


L’intitulé oxymorique de ce petit ouvrage pourra paraître provocateur. Mais le but de l’auteur n’est-il pas, précisément, de provoquer la réflexion sur ce qui est tenu pour une vérité intangible : nous vivons dans un « État de droit » ? En bon anarchiste, Claude Guillon ne se contente pas de récuser toute validité scientifique à cette notion destinée à légitimer la domination de classe. Textes de lois, décrets, code pénal, décisions européennes à l’appui, il montre qu’un régime policier peut se mettre en place sans rompre avec la légalité. La liste des atteintes aux fameux droits de la personne, dont le respect est censé légitimer « nos démocraties », est effarante.

 

 Revue Silence

 
Guillon rappelle opportunément que le terrorisme s’applique initialement à la politique d’État durant la période postrévolutionnaire de la Terreur. D’où sa « terrorisation démocratique » qui montre en quoi la construction de l’ennemi « terroriste » par les démocraties constitue dans le même temps une politique de terrorisation pratiquée par ces dernières.

 

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EXTRAIT DE L'INTRODUCTION

 

Après les arrestations dans l’affaire dite de Tarnac [1], le 11 novembre 2008, trente-deux personnalités s’interrogeaient dans Le Monde : « Les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont-elle compatibles à long terme avec la démocratie [2] ? »

C’était poser bien tard une question mal formulée. En effet, à moins de considérer la « démocratie » comme une abstraction morale et non pour ce qu’elle est - un mode de régulation politique du capitalisme -, force est de constater qu’elle s’est nourrie d’un arsenal législatif « antiterroriste » sans cesse enrichi, surtout depuis 1986. En 2008, à l’heure où les signataires semblent le découvrir, cet arsenal a vingt-deux ans d’âge et il se confond avec le système démocratique qui l’a engendré, dans un consensus politique qui, avec le temps, approche la perfection de l’Union sacrée.

En 1982, après une série d’attentats, le secrétaire d’État à la Sécurité publique Joseph Franceschi proposait de faire du « terrorisme » la métaphore d’une vie sociale où chaque être humain devrait craindre son semblable comme un prédateur, mais d’où la violence de classe aurait miraculeusement disparu : « Les agressions contre les personnes âgées et les femmes seules, vols divers, cambriolages, en bref toutes les atteintes aux personnes et aux biens [font partie] du terrorisme au quotidien [3]. » Sachons lire entre les lignes : qualifier de « terrorisme » le vol à la tire, les graffitis ou le tapage nocturne, c’est associer dans l’esprit du public le poseur de bombes, l’étranger et le jeune. Ces trois « figures dangereuses » - au sens où l’historien Louis Chevalier parlait des « classes dangereuses » - resteront étroitement mêlées dans les décennies suivantes. Le durcissement de l’arsenal « antiterroriste » s’accompagnera d’une répression accrue de l’immigration et de la délinquance des mineurs. Il ne s’agit pas simplement de phénomènes concomitants, traduisant un raidissement autoritaire de la société, mais bien d’une stratégie sociale cohérente qui, comme nous le verrons par de nombreux exemples, s’annonce comme telle, et que nous nommons terrorisation .

C’est qu’en effet les gouvernants ne se contentent pas de « terroriser les terroristes », selon la formule attribuée au ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, qui en usa en 1986 [4]. Il n’en est pas l’inventeur, puisqu’elle se trouve sous la plume du démocrate chrétien Georges Bidault, en 1937, après une série d’attentats à la bombe, fascistes ou d’extrême gauche [5]. Vieille rodomontade, donc, qui inspira, dès la deuxième moitié des années 1930, des mesures contre l’immigration clandestine.

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Published by dan29000 - dans lectures
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Frangine 28/12/2011


Super ton article Frérot ! 

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GARCIA MARQUEZ EST MORT :

DISPARITION D'UNE LEGENDE LITTERAIRE, l'auteur de "Cent ans de solitude", "Chronique d'une mort annoncée, fut Prix Nobel de littérature en 1982, romancier, nouvelliste, journaliste, scénariste et initiateur du "réalisme magique". Il était l'un des romanciers majeurs du 20e siècle.

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NANTES, NDDL, ZAD : dimanche 20 à 10 h, Fosses noires, sortie plantes sauvages, les comestibles et les toxiques.

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