La violence des jeunes en question, un livre intelligent pour comprendre

Publié le par dan29000

Couv_livre_2009_LM-VLG.jpgLes éditions Champ social nous proposent dans leur collection "Questions de société" un livre particulièrement réussi sur une question qui revient sans cesse dans tous les médias : la fameuse violence des jeunes, ces jeunes qui seraient de plus en plus violent, et de plus en plus jeune aussi...Propos souvent catastrophistes destinés à faire vendre du papier et de l'audience alors que la presse et les grandes chaînes de télévision sont en crise ouverte.

Alors la bonne question à se poser était de savoir qui  sont réellement ces fameux jeunes et quelle est leur violence dans une société qui est elle-même violente.

Les deux auteurs de cette étude apportent des réponses précises grâce à des données historiques, des statistiques et aussi des études de dossiers judiciaires. Ce qui n'est pas aisé car tout cela est en mutation constante. D'autant moins aisé que l'arrière plan de cette violence est aussi politique, contexte électoral ou non.

 

Véronique Le Goaziou est sociologue, philosophe et chercheuse associée au CNRS. Elle a déjà publié plusieurs livres dont "Repris de justesse" en 2003 et l'excellent "Quand les banlieues brûlent.Retour sur les émeutes de novembre" en codirection avec Laurent Mucchielli.

 

Ce dernier est aussi sociologue et historien, directeur de recherches au CNRS, auteur de très nombreux livres, souvent à La découverte (Violences et insécurité en 2002 ou La frénésie sécuritaire en 2008).

 

L'ouvrage s'ouvre sur un rappel historique nécessaire de la délinquance juvénile au temps des "blousons noirs". En effet les premiers travaux scientifiques sur la délinquance des jeunes datent de cette décennie des années 60. Les auteurs à juste titre nous donnent à lire des extraits de presse édifiants datant de l'été 1959 et concernant les villes de Rouen, Bandol et Arras. Plusieurs schémas viennent aussi éclairer le sujet sur l'évolution du taux de délinquance. Une fois effectuée cet utile détour historique, nous entrons directement dans les chiffres qui parlent plus que de très longs discours médiatiques à la Paris-Match (le choc du vide, le poids de l'insignifiance).

Instructives sont les enquêtes en population générale qui démentent les statistiques administratives, ce qui permet de passer de la peur (vieille manipulation électoraliste) à l'analyse. Les chapitres suivants sont consacrés aux auteurs et aux victimes et aux réponses de la justice.

Enfin le phénomène des bandes, grand mythe cinématographique (revoir le très beau film de Coppola : RUSTY JAMES) est lui aussi abordé. Certes les bandes existent, c'est une réalité, mais cela demeure marginal. Ce qui augmente c'est surtout le fantasme des bandes dans l'esprit surchauffé de notre gouvernement toujours prêt à légiférer pour un oui ou pour  un non.

Une nouvelle loi rassure, enfin peut-être, une partie de l'opinion publique, surtout dans les périodes pré-électorales.

Quand nous avons lancé ce nouveau site sur les résistances, toutes les formes de résistance, l'un de nos axes de travail fut la dénonciation des politiques sécuritaires du gouvernement Sarkozy. De la construction de nouvelles prisons au maillage du territoire par les caméras, des médias aux ordres au Préfet ex-chef du RAID pour le 9-3, en passant par le dossier vide des épiciers de Tarnac...

L'actualité récente des médias illustre cela.

Ce livre permet une mise à distance salutaire de la fameuse violence des jeunes et surtout permet de découvrir une autre réalité, la vraie, qui parfois s'estompe au profit de la fausse réalité matraquée par TF1 et autres médias de complaisance.

Bref, c'est un livre de sociologie, certes, et on a besoin en ce moment de sociologie, comme de philosophie ou de psychologie, mais il demeure accessible à tous.

Donc aucune raison de ne pas le lire.

Et puis en prime, une belle couverture avec une photo d'un concert du groupe THE CLASH ! 

 

DAN29000

 

Dans les semaines prochaines,  nous vous parlerons d'un autre livre de cet éditeur :

 

Un monde sans fous 

 

 

La violence des jeunes en question

Véronique Le Gouaziou / Laurent Mucchielli

Champ social éditions

Collection Questions de société

150 pages / 2009 / 15 euros

 

Et pour voir leur site :

 

http://www.champsocial.com/

 

 EXTRAIT / La frénésie sécuritaire qui tient actuellement lieu de politique n’est en réalité qu’une forme particulière de gestion de l’urgence. Elle ne voit guère plus loin que le bout de son nez. Une politique digne de ce nom est une politique volontariste qui, au contraire, se projette dans le temps, qui veut changer la donne et qui fait pour cela un pari sur l’avenir. Ainsi la prévention n’est pas une vague sensiblerie que des personnes « laxistes » ou « droits-de-l’hommistes » développeraient envers et contre tout « bon sens ». Elle n’est pas une attitude compatissante qui s’opposerait à la ferme répression. Prévention et répression sont deux choses fondamentalement différentes, qui se situent dans des temporalités différentes. La répression n’est qu’une façon de gérer l’instant, seule la prévention est une véritable politique au sens où elle cherche à préparer l’avenir. La gestion de l’urgence se limite fatalement à désigner des coupables (les jeunes et leurs parents).  

Publié dans lectures

Commenter cet article