Larzac : contre l'armée ou le gaz de schiste, les résistants toujours très présents

Publié le par dan29000

 

 

Contre le gaz de schiste, le Larzac de Bové a gagné

Léon Maillé (Sophie Verney-Caillat/Rue89).L'exploration des gaz de schiste sera sans doute bientôt interdite en France. Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a décidé mardi 12 avril qu'une proposition de loi UMP serait examinée en urgence le 10 mai prochain par les députés.

Le gouvernement devrait accompagner ce qui est une grande et innatendue victoire pour les mouvements écologistes.

(De nos archives) La première fois que Léon Maillé a lutté, c'était il y a quarante ans, quand il a refusé de vendre ses terres à l'armée. Il était encore « normal, catho ». Votait à droite.

« C'est après que je suis devenu antimilitariste, bouddhiste et altermondialiste… »

Il a l'accent aigu et la barbe blanche. Ce 19 février, il descend du plateau du Larzac avec le ban et l'arrière-ban, néoruraux et contestataires.

Il se passe quelque chose à Nant, 700 habitants. La coordination du Sud-Aveyron contre le gaz de schiste donne rendez-vous dans ce village du parc national des Cévennes. José Bové arrive de Bruxelles pour animer la réunion. Il dit :

« Si l'autre vallée arrive, c'est que l'heure est grave. »

Il embrasse ses copains venus de Lozère et du Gard. Le maire, candidat aux cantonales, a compris qu'il fallait venir. Le gymnase est plein.

La réunion de la coordination Sud-Aveyron contre le gaz de schiste, à Nant (Sophie Verney-Caillat)

Un meeting aux accents révolutionnaires

Le Larzac a découvert dans un même mouvement qu'il était assis sur un faramineux gisement de gaz et que le gouvernement avait déjà accordé des permis de forer à plusieurs sociétés – dont Total et GDF Suez –, qui pourront planter leurs derricks où elles veulent. Depuis, les « anciens » se repassent le film. C'est la lutte.

Ce soir, ça devait être une petite réunion pour préparer une journée d'action : combien on imprime d'affiches  ? Qui sont les porte-parole  ? Qui monte les réunions dans les villages  ? Comme un coup de grisou, ça s'est transformé en meeting aux accents révolutionnaires. Quand le gaz de schiste est à l'ordre du jour, les salles deviennent trop petites pour contenir tous les citoyens inquiets.

José Bové a pris la tête de la mobilisation contre cette nouvelle source d'énergie. Tout le Sud s'enflamme. Michèle Rivasi, collègue au Parlement européen, « n'a jamais vu une mobilisation pareille » en Ardèche et dans la Drôme  :

« Personne ne veut de ça chez nous  ! Ça bouge sur toutes les facettes de la société. Il y a des géologues, des traducteurs, des juristes, chacun veut apporter sa contribution. »

A Nant, il est plus de minuit quand le député européen met fin à la réunion. Il prévient que la lutte sera longue. Il est sur ses terres, entouré de sa bande de copains. Ceux du Larzac ont fait des enfants, certains ont gardé le même élan qu'autrefois. Les yeux brillent à l'idée de remettre le couvert.

José Bové était présent à la réunion. (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

Des militants supplient Bové de « refaire un Larzac »

Dix ans de batailles sur le causse (1971-1981) pour faire plier l'Etat français et enterrer l'extension du camp militaire. Puis le fauchage des OGM et le moratoire. Et le démontage du McDo de Millau : prison ferme, mais notoriété mondiale pour l'ancien leader de la Confédération paysanne.

Maintenant, José Bové veut un moratoire sur les gaz de schiste. Il ne laissera par trouer le sol à coups de millions de litres d'eau et de produits chimiques. Il ne laissera pas des milliers de camions traverser ces tranquilles paysages agricoles.

Le gouvernement a accordé des permis d'exploration pour cinq ans. Ce « viol » des engagements de Borloo au Grenelle de l'environnement a réveillé la résistance. On parle de désobéissance civile non-violente. Des militants supplient Bové de « refaire un Larzac ».

Les envies fusent : « descendre sur Paris », « bloquer le pont de Millau en une heure »… Le député sourit derrière sa pipe, serein : « On a le background nécessaire. » Il s'assure que chacun « s'équipe de démonte-valves pour dégonfler les roues des camions ». Léon Maillé, l'ancien catho devenu contestataire :

« La non-violence, c'est comme le judo. Prendre la force de l'adversaire et la retourner contre lui. Du moment qu'on n'a pas peur des flics, c'est eux qui auront peur. »

« On n'est pas là pour se faire gazer »

Il y a quarante ans, il a signé le « Serment des 103 », il s'est dressé avec une poignée de paysans contre l'armée, qui voulait les déloger. Il a frayé avec les soixante-huitards de la ville, « venus à 50 000 dans le désert, en 1973 », le double l'année suivante, ces « néo » (pour néoruraux), comme Bové, élevé à Bordeaux.

Avec lui, Maillé a campé sous la tour Eiffel, fait entrer les brebis dans un tribunal, passé quelques jours en prison. Il a reçu Théodore Monod, Jean-Marie Tjibaou et encore, il y a quelques jours, Stéphane Hessel. Un esprit particulier est né de cette fusion entre anciens et néoruraux. Robert Auger, pâtissier à Nant :

« Ces gens venus d'ailleurs ont amené de nouvelles idées. Un bon prix pour le lait de brebis face à Roquefort, le marché en vente directe, la production d'aromatiques…

Ils ont repeuplé les hameaux, ouvert des écoles… Grâce à eux, la campagne est vivante alors que l'armée fermera un jour ou l'autre son camp. »

Dans une vallée du Larzac (Sophie Verney-Caillat/Rue89).

Il jure qu'il ne se laissera pas « pourrir le paysage » :

« Un petit canal ancestral amène l'eau de la source du Durzon dans chaque jardin. Personne n'est prêt à perdre cette eau gratuite et bonne. »

Chacun a en tête les images traumatisantes du documentaire « Gasland », de l'Américain Josh Fox, où l'on voit le gaz s'échapper d'un robinet et s'enflammer. Hubert Borg, spéléologue, vivement applaudi :

« J'ai pas envie que l'eau brûle demain. Si l'eau vient à manquer, ça va être la guerre. Je suis un père de famille, pas un agitateur, mais on n'est pas là pour se faire gazer. »

Le code minier autorise Schuepbach, l'entreprise titulaire du permis, à planter ses derricks où elle veut. Bernard Saquet, maire de Nant, s'emporte :

« Nos vallées ne sont pas des tickets de métro qu'on peut perforer sans l'accord de leurs propriétaires. »

Léon Maillé travaille sa défense en vieux sage. « Le PDG de Total est plus intelligent que l'armée », dit-il. 

Le camp militaire du Larzac (Sophie Verney-Caillat/Rue89).

Photos : Léon Maillé ; la réunion de la coordination Sud-Aveyron contre le gaz de schiste, à Nant ; José Bové était présent à la réunion ; dans une vallée du Larzac ; le camp militaire du Larzac (Sophie Verney-Caillat/Rue89).

Mis à jour le 28/02/2011 à 15h45. Le nom de la société titulaire du permis est Schuepbach.

 

Publié dans environnement

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Mitsuko 19/04/2011 09:41



Bonjour Dan,


Enfin une bonne nouvelle sur ce dossier sur le gaz de schiste ...


Le Larzac de Bové a gagné ... C'est super mais ne nous emballons pas trop vite, rien n'est encore validé, je suppose ...


J'espère et je croise les doigts pour que tout soit refusé et que l'on ne nous parle plus de gaz de schiste ...


Bon mardi à toi, Dan. A bientôt. Bises.


Mitsuko



dan29000 19/04/2011 10:05



Effectivment tu as raison, il faudra attendre la loi devant l'Assemblée le 10 mai, d'où la poursuite nécessaire du mouvement, et le rassemblement appelé devant l'Assemblée ce jour-là, mais on en
reparlera...Bon mardi